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Contrôle aux frontières

Réfugié-e-s. Rome multiplie les blocages à l’action des ONG en Méditerranée

Dernier coup de force des autorités italiennes à l'encontre des ONGs venant en aide aux migrants en difficulté en Méditerranée : la mise sous séquestre du Luventa, le navire de l'ONG allemande Jugend Retter et son blocage à Lampedusa. Confrontée à une montée d'un climat anti-migrants entretenu par le gouvernement et la droite populiste, l'Italie cherche par tous les moyens à restreindre l'action des ONGs et l'accueil des migrants sur son sol. Crédit photo : Spiegel Online

Contrôler les ONGs et restreindre les sauvetages

Pour les autorités italiennes comme pour les autorités françaises, il n’est pas bon d’avoir des velléités humanitaires envers les migrants. C’est, en somme, le message que le gouvernement italien a souhaité envoyer par la décision du procureur de Trapani (Sicile) de mettre sous séquestre le navire Luventa de l’organisation non gouvernementale allemande Jugend Retter, qui porte secours aux réfugiés cherchant à traverser la Méditerranée au péril de leur vie.

Du côté des ONGs, et mêmes si les autorités italiennes s’en défendent, cette décision s’expliquerait par la non ratification du « code de bonne conduite », édicté par le ministère de l’Intérieur italien et entré en vigueur le 1er aout dernier. Une manière de taper du poing sur la table à un moment où le gouvernement italien souhaite par-dessus tout restreindre les entrées de réfugiés sur son sol.

Ce « code de bon conduite », seules trois ONGs l’ont pour l’instant ratifié. Et pour cause, il prévoit entre autres, l’obligation à la géolocalisation des navires des ONGs – afin de limiter leur rapprochement des côtes libyennes-, la présence de forces militaires italiennes à leur bord, l’interdiction des transbordements. Des mesures destinées à réduire au minimum les interventions des ONGs, à les contrôler et surtout à limiter leurs capacités à procéder à des sauvetages au plus tôt, soit avant que les drames ne surviennent.


Climat anti-migrant et propagande anti-ONGs

Pour les autorités italiennes, cette mesure serait justifiée par une soi-disant collaboration de l’ONG en question avec les passeurs libyens. Depuis le mois de mai dernier plusieurs ONGs sont dans le viseur des autorités dont Médecins Sans Frontières et Save The Children. Ambrogio Cartosio, procureur de Trapani et surtout le procureur de Catane (Sicile), Carmelo Zuccero, soutenu par le ministre des Affaires étrangères Angelino Alfano qui s’est dit « 100% d’accord » avec le procureur, ont porté publiquement ces accusations et ont engagé une enquête, sans qu’aucune preuve n’aient été établies pour l’instant. A l’instar des associations françaises de Calais dont les autorités cherchent à délégitimer l’activité de soutien aux réfugiés en dénonçant leur caractère « politique », en Italie on souhaite faire passer les ONGs comme des « complices » de « trafic d’êtres humains ». Ces accusations, bien entendu, n’ont d’autre but que de limiter l’action de secours des ONGs en les coupant du soutien de l’opinion publique.


Mais il faut également comprendre l’accélération de la réaction anti-migrant des autorités italiennes des derniers mois au regard de sa situation avec ses voisins, notamment européens. L’Italie, qui continue à être le seul pays à ouvrir ses ports aux navires des ONGs, a été largement déçue par ses partenaires, et en particulier par la France. Le 3 juillet dernier une rencontre avait lieu entre les ministres de l’Intérieur français, italien et allemand au cours de laquelle les promesses attendues d’ouverture des ports français et espagnols n’ont pas été annoncées. En effet, en matière de politique migratoire, Emmanuel Macron a décidé de maintenir le cap fixé par l’ancien premier ministre de Hollande, Manuel Valls : sous couvert d’un discours pseudo-humanitaire qui prétend en finir avec les réfugiés qui se retrouvent sans abri, Macron souhaite accélérer les expulsions et instaurer des hotspots en Libye dès cet été pour contenir les flux de migrants. A aucun moment, il n’a été question de l’ouverture du port de Marseille, une option que l’Italie aurait souhaité, et qui aurait permis d’augmenter les capacités d’accueil des réfugiés traversant la Méditerranée. Sur fond de tensions franco-italiennes alimentées par la position unilatérale de la France en Libye, à la nationalisation des chantiers STX de Saint Nazaire, Rome ne souhaite pas être le dindon de la farce d’une politique d’Europe forteresse et fait dans la surenchère.

En attendant, ce sont encore 2300 migrants qui sont morts cette année dans la Méditerranée. Des drames quotidiens, à l’instar de celui qui a fait le tour des réseaux sociaux, fin juillet, qui laissent dans l’indifférence les dirigeants européens, pourtant complices des situations de guerre et de misère sur le continent voisin, que ces millions d’hommes, d’enfants et de femmes cherchent à fuir.




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