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Répression gouvernementale et solidarité internationale

Un rassemblement interdit et violement dispersé à Rabat et des manifestants réprimés dans la ville d’Al-Hoceïma, où le mouvement de contestation populaire, hirak, se durcit, après une vague d’arrestations et de lourdes condamnations.

Lundi soir, à Rabat, un rassemblement censé se tenir devant le siège du Parlement au cœur de la capitale, a été interdit, et les activistes ont été dispersés par les forces de l’ordre. Il y a eu plusieurs blessés, parmi eux des militants de l’Association marocaine des droits de l’homme.

Au moins deux nouvelles personnes ont été arrêtées vendredi à Al-Hoceïma, épicentre de la contestation qui secoue depuis sept mois le nord du Maroc. Parmi eux, le directeur du site d’information RifPress, Mohammed Al Hilali.

Depuis la condamnation, le 14 juin, de vingt-cinq militants à dix-huit mois de prison, les manifestations qui ont lieu chaque soir tournent à l’affrontement avec la police.

Plus d’une centaine de personnes ont été interpellées depuis fin mai à Al-Hoceïma, dans une vague d’arrestations visant le noyau dur du mouvement de contestation. Ces principaux dirigeants, dont Nasser Zefzafi, ont été emprisonnés à Casablanca accusés « d’atteinte à la sécurité intérieure ». Ils protestent contre leurs conditions de détention et cinq d’entre eux, parmi lesquels Zefzafi et Nabil Ahamjik, et ont menacé d’entamer une grève de la faim.

A l’origine du hirak, la mort tragique, le 28 octobre 2016, du poissonnier rifain Mohcine Fikri, arrêté pour une supposée vente illégale de poisson, broyé dans un camion à ordures alors qu’il tentait de s’opposer à la destruction de sa marchandise. La scène avait choqué et indigné tout le Maroc. Il s’en était suivi une vague de solidarité nationale. La population n’a pas arrêté depuis de protester contre l’injustice et la marginalisation du Rif, cette région du nord marocain qui souffre depuis de nombreuses années d’un manque d’infrastructures criant et surtout d’un taux de chômage très élevé, surtout chez les jeunes : pas de travail, pas d’universités, peu de services de soins. Le mouvement de contestation, hirak, réclame de meilleurs services publics, la fin de la corruption de l’Etat et surtout du travail pour tous et toutes.

La solidarité avec le hirak s’organise en Algérie

Une manifestation a eu lieu lundi 12 dans la ville de Tizi Ouzou, à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, ainsi qu’une autre mardi 13 à Béjaïa, cette dernière organisée par le Comité de soutien Bgayet-Arif. La vague de répression qui s’est abattue sur les militants du Rif au Maroc a poussé activistes, universitaires, journalistes, étudiants et autres militants berbéristes à « réfléchir autour des possibilités de soutien au combat du Rif », explique Mourad Ouchichi, professeur d’économie à Béjaïa et un des principaux organisateurs du mouvement solidaire. Il ajoute : « En Kabylie et dans le Rif, il existe le même sentiment identitaire fort et contestataire, le même ressentiment face à la marginalisation de régions entières parce qu’elles sont historiquement frondeuses ».

La première révolte dans l’Algérie indépendante éclata en Kabylie en 1963 quand l’un des chefs historiques du FLN, Hocine Aït Ahmed, pris le maquis en créant le Front des forces socialistes (FFS) contre l’autoritarisme de Ben Bella. En 1980, le Printemps berbère secoua toute cette région qui s’étend sur une bonne partie du Nord-Est algérien, dénonçant l’interdiction d’une conférence de l’écrivain et ethnologue Mouloud Mammeri, jugé « berbériste » par le pouvoir central de l’époque. Mais surtout, en 2001, la région se soulève après la bavure d’un gendarme qui tua un jeune lycéen au sein d’une brigade : plus d’une centaine de morts endeuilleront les villages et les villes de la Kabylie.




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