Notre classe

Lutte contre le décret socle

SNCF. Grève reconduite jusqu’à lundi à Paris-Nord

Publié le 20 mai 2016

Philippe Alcoy

Ce matin s’est tenue l’assemblée générale des grévistes de Paris-Nord à laquelle ont aussi participé les cheminots de plusieurs gares de banlieue ainsi que les salariés du Technicentre du Landy (93). La grève a été reconduite, au moins, jusqu’à lundi dans un contexte où les grévistes de plusieurs établissements de Paris et de province reconduisent également et où les transporteurs et les raffineurs continuent leur lutte contre la Loi El Khomri.

La journée a commencé avec une tournée d’un groupe de grévistes dans les différents services pour discuter avec les collègues qui ne sont pas encore en grève ou qui, pour diverses raisons, ont repris le travail (temporairement) mais qui continuent à s’opposer au décret socle et à la Loi Travail.

Certes, les difficultés sont réelles. Beaucoup de salariés hésitent encore ; certains attendent que d’autres secteurs rentrent dans la lutte. Cependant, le constat c’est que, malgré les discours du gouvernement et de la presse dominante sur un supposé affaiblissement de la grève, la journée d’hier a démontré que le nombre de grévistes et de manifestants avait augmenté par rapport à la veille.

En effet, même si dans les médias on essaye d’invisibiliser la grève elle a déjà un impact réel. Des grévistes rapportaient en effet que des repos des conducteurs de trains ont été décalés par la direction pour remplacer le personnel gréviste et essayer que le trafic soit le moins perturbé.

Concernant le blocage persistant de la direction de la CGT-Cheminots vis-à-vis de la grève reconductible, des grévistes ont dénoncé que même lors des journées de grève appelées par la CGT elle ne participe pas aux AGs, ne discute pas, ou très peu, avec les autres salariés pour les convaincre de se mobiliser. On a reporté le fait que dans certains endroits des dirigeants locaux de la CGT-Cheminots sont allés à des assemblées de grévistes seulement pour s’assurer que les salariés reprennent le travail… alors qu’ils ne participaient pas aux AGs les jours de grève. Et cela malgré le fait que dans plusieurs établissements des syndiqués CGT et même des sections appellent à la grève reconductible.

Pour beaucoup, la stratégie de la CGT-Cheminots consistant à appeler à faire grève tous les mercredis et jeudis ne sert qu’à épuiser les salariés. C’est pour cela que des travailleurs ont pris la parole pour signaler que c’est maintenant qu’il faut partir en grève reconductible ; que même si au début la grève est minoritaire cela peu constituer un point d’appui pour convaincre les autres collègues.

Il faut lancer une grève militante. Profiter de la grève pour faire le tour des services, faire des actions, converger avec d’autres secteurs en lutte. Cela est d’autant plus important qu’en ce moment les raffineurs et les transporteurs sont en grève reconductible. En effet, la grève des raffineurs commence déjà à avoir des répercussions et certaines stations service sont déjà en pénurie de carburant. Comme un cheminots le disait à l’AG : « il ne faut pas que les gens se rabattent sur le ferroviaire face à la pénurie de carburant et qu’on aide à briser leur grève ».

Une question centrale qui se pose à chaque AG est celle de la perte de salaire. La grève de presque 15 jours en juin 2014 a marqué les esprits. En ce sens, penser à comment organiser une caisse de grève, à l’image de ce qu’avaient fait les raffineurs en 2010 en grève contre la réforme des retraites de Sarkozy, ou les ouvriers de PSA Aulnay en 2013 en lutte contre la fermeture de leur site, peut être déterminant pour convaincre les collègues encore hésitants.

Un autre salarié expliquait l’importance de renforcer des liens avec les militants de Nuit Debout et avec les étudiants et étudiantes (notamment de Paris 8 et de Paris 1) qui sont venus plusieurs fois soutenir les cheminots dans les piquets et assemblées. Il a évoqué notamment l’assemblée interprofessionnelle qui s’est tenue hier à Place de la République.

Lundi prochain donc les grévistes de Paris-Nord décideront de la poursuite ou pas de leur grève, mais l’état d’esprit des grévistes était de se dire qu’il fallait continuer à se battre. Dans ce cadre ils ont décidé de se rendre au piquet des salariés du Technicentre du Landy à Saint-Denis lundi à partir de 6h pour motiver des collègues à rejoindre la lutte et à se mettre en grève. Une proposition de faire une action conjointe avec les autres grandes gares parisiennes a aussi été votée.

C’est un signal très important que les grévistes de Paris-Nord envoient aux autres cheminots et secteurs en lutte contre le décret socle et contre la Loi Travail. La lutte doit et peut continuer contre ces contre-réformes de recul social du patronat et du gouvernement Hollande-Valls.