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Politique

Lutte des classes

SNCF. Pépy rassemble 800 cadres supérieurs pour préparer la guerre contre les cheminots

La bourgeoisie a bien conscience de la lutte des classes. Pour preuve, elle s'y prépare, à sa manière. Après un entretien de Guillaume Pépy dans les Echos qui annonçait la destruction du statut des cheminots, on en apprend aujourd'hui un peu plus sur les moyens qu'il compte mettre en place. Et c'est une véritable armée qu'il met sur pied. Pépy a réuni pas moins de 800 cadres au séminaire annuel des managers de la SNCF. La ligne était annoncée : il s'agit de mettre en ordre de bataille la direction et les exécutants pour mener à bien une réforme clé du quinquennat Macron.

Malgré la promulgation de la loi, Pépy et la direction savent très bien que la bataille du Printemps n’a pas mis un terme à la combativité des cheminots. Loin de là. C’est pour se préparer à la bataille qui s’annonce qu’il a réuni l’ensemble des managers de l’entreprise pour s’assurer de leur donner la ligne à suivre.

Ces derniers jours le ton était donné par Pépy à travers plusieurs annonces. La cible est claire : en ligne de mire le statut des cheminots. Guillaume Pepy l’a explicitement déclaré dans le journal patronal Les Échos : « fin du statut, disparition d’une partie des emplois, changement radical du contenu de beaucoup d’autres », « D’ici à 2026, 10 à 15 % des 140.000 postes actuels vont disparaître du fait de la digitalisation. D’autres vont naître de la croissance du trafic et des innovations industrielles. Et 35 % des postes vont voir leur contenu changer radicalement. Pour une entreprise industrielle, c’est un choc sans précédent. Les salariés se posent des questions sur le maintien de leur employabilité. Nous leur apporterons des réponses précises ». Le patron de la SNCF est donc très clair, il ouvre une deuxième phase d’offensive contre les cheminots, et pas des moindres.

Dans les pages du Monde il en ajoutait une couche sur la nécessité de l’ouverture à la concurrence et la fin annoncée du statut : « Il y a eu un leitmotiv ces deux jours, comment faire gagner la SNCF dans un univers qui devient concurrentiel. Nous avons une stratégie, celle du volume. Nous allons augmenter le nombre de voyageurs de 20 % en cinq ans, repartir à la conquête du fret en regagnant des parts de marché sur la route. Le tout avec une boussole et une seule : la satisfaction du client. »

Ce nouvel assaut ne tombe pas n’importe quand. Une réforme d’une telle d’ampleur n’a pu être menée que de concert avec le gouvernement. Et là réside l’explication du timing choisi par Pépy : au moment où Macron connait une crise importante ouverte après le départ de son ministres de l’Intérieur Gérard Collomb, il s’agit pour Macron de reprendre la main et relancer son quinquennat en s’attaquant aux cheminots.

Mais le pari est risqué pour Macron, si ce dernier entend se refaire en attaquant les cheminots, la situation n’est plus la même : Macron est plus affaibli que jamais, et le retour de flammes pourrait être dangereux pour le gouvernement.

Dans cette situation, les directions syndicales, y compris la CGT, restent dans une position attentiste, voire servent de béquille gauche au gouvernement en négociant la casse de l’assurance-chômage. Malgré une rhétorique radicale, en réalité, aucun plan de bataille à la hauteur n’a été avancé, aucune leçon n’a été tirée de l’échec patent de la stratégie du 2/5. Pire encore, la direction de la CFDT cheminots a été jusqu’à se féliciter de la déclaration de Guillaume Pepy, son secrétaire général déclarant : « On sait que Guillaume Pepy veut donner une plus grande part au choix pour récompenser le mérite ».

Les stratégies de journées saute-mouton ont montré leur incapacité à faire plier Macron. Et au moment où Jupiter vacille sur son nuage, il ne tombera pas tout seul. Il faut exiger un retrait des cadres de négociations et un plan de bataille à la hauteur qui s’appuie sur les armes réelles de notre classe : grèves et manifestations. Guillaume Pépy prépare 800 de ses cadres ? Pour commencer, montrons-leur dans la rue le 9 octobre combien nous sommes.




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