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Décret Socle / Loi travail même combat !

SNCF : Une grève attendue depuis deux ans

Publié le 13 juin 2016

Mi-février a été publié par le gouvernement un premier « décret socle » pour fixer les nouvelles conditions de travail. A la suite de celui-ci doit être mis en place une convention collective entre le patronat du transport et les syndicats, puis enfin des accords d’entreprises, notamment à la SNCF. Une déclinaison de la loi travail à la SNCF avec une remise en cause sans précédent des conditions de travail des cheminotEs (nombre de repos, encadrement de ceux-ci, flexibilité).

Basile Pot

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Le lien est évident : des dispositions de la loi travail s’appliquent ou s’appliqueront à court terme à la SNCF (hiérarchie des normes, validité des accords d’entreprise, etc).

Un mouvement long

Si la mobilisation a commencé en même temps que la loi travail, il y a trois mois, le rythme de mobilisation à la SNCF n’a pas été le même. Rapidement, la question de la grève reconductible a été posée. Suite à de nombreuses grèves de 24h, le mouvement de grève reconductible a démarré le 18 mai. D’abord à l’appel de Sud Rail, puis à partir du 31 mai de la CGT.

Depuis bientôt un mois, il y a à la SNCF de nombreux cheminotEs en grève qui participent quotidiennement aux assemblées générales, ce qui fait un des mouvement les plus long qu’ait connu l’entreprise. La grève se maintient avec des taux de grévistes qui peuvent être très forts dans certains métiers, comme chez les conducteurs (50 % voire plus). Cette fois-ci, la mobilisation est un peu plus forte en Île-de-France qu’en province. Le mouvement combine une radicalité et un ras-le-bol qui dépassent en partie la loi travail, et dont on avait déjà pu apprécier l’étendue à l’automne, notamment par la popularité suscitée par « l’affaire » de la chemise du DRH d’Air France. C’est donc l’exaspération des politiques d’austérité qui s’exprime sur des questions éminemment concrètes : nos conditions de travail et de vie.

Dissensions au sommet

Pour tenter de désamorcer cette grève, le gouvernement tente depuis le début de la déconnecter de la loi travail, appuyé pour l’occasion par les principales bureaucraties syndicales de la SNCF. Ainsi, une pression a été exercée sur la direction de la SNCF, qui a même été mise de côté par le gouvernement, pour la négociation de l’accord d’entreprise. La CFDT s’est précipitée pour expliquer que « grâce à leur négociation », ce dernier était à la hauteur du RH 077, voire mieux ! Totalement faux : l’accord prévoit par exemple un article 49 qui introduit l’équivalent de l’article 2 de la loi travail sur l’inversion de la hiérarchie des normes ou met encore en place une délai de prévenance qui permettra à l’entreprise de modifier les journées de travail la veille pour le lendemain et les horaires de travail jusqu’à une heure avant la prise de service. Plus flexible, ce n’est pas possible...

De plus, avec la loi travail, un accord d’entreprise ne sera valable que 5 ans et dénonciable à tout moment par l’entreprise. Or, si l’accord d’entreprise est jugé « trop avantageux » par rapport à la concurrence, basée sur le décret socle et la convention collective, les cheminotEs SNCF seront vite considérés comme « pas assez concurrentiels » et l’accord d’entreprise sera encore revu à la baisse. Il est évident que le décret socle et la convention collective doivent reprendre le meilleur de la réglementation du travail pour l’ensemble des cheminotEs, qu’ils soient du public ou du privé.

Chantage patronal

En faisant mine de lâcher du lest sur l’accord d’entreprise, le gouvernement tente de calmer la contestation afin de préserver la loi travail. Le tout est accompagné d’un chantage odieux dont seuls les patrons ont le secret : les syndicats qui ne signent pas l’accord d’entreprise pourront toutefois le signer à tout moment, à la condition qui ne l’aient pas dénoncé. S’ils l’ont dénoncé en revanche, ils ne pourront pas intervenir dans les « négociations locales », laissant la CFDT et l’UNSA qui représentent 30 % des voix des salariéEs, faire ce qu’ils veulent avec la direction. Il est hors de question d’accepter cet accord d’entreprise au rabais, de plus sous la menace de ce chantage. CGT et Sud-Rail réunis doivent non seulement ne pas signer la convention collective et l’accord d’entreprise mais également les dénoncer, ce qui obligerait le gouvernement et la direction de la SNCF à revenir à la table des négociations. C’est ce qui ressort des nombreuses motions votées dans les assemblées générales.

Voyant que la grève ne faiblissait pas, le gouvernement a fait planer le doute sur la réquisition des cheminotEs pour le lancement de l’Euro. Cette intimidation avait pour objectif de montrer à celles et ceux qui relèvent la tête que ce gouvernement est prêt à tout pour étouffer la contestation. En brandissant cette menace, il a surtout rajouté de l’huile sur le feu.

Et la convergence des luttes ?

Le rythme d’une grève reconductible ne correspond pas au rythme des journées d’actions, mises en place par les confédérations, d’autant que celles-ci peuvent être espacées de 20 jours. Si à cela on ajoute que ceux qui sont prêts à partir en grève reconductible, comme à la SNCF ou dans les raffineries, ne le font pas de manière coordonnée, on peut aisément comprendre que construire la convergence des luttes est un combat de tous les instants. C’est pourquoi, dans plusieurs gares, des cheminotEs n’hésitent pas à s’adresser aux collègues de la RATP ou d’autres transports urbains, des raffineries, de l’automobile, des déchetteries, d’ErDF ou plus largement aux usagers dont l’accueil est bien plus encourageant que ce que l’on peut voir dans les médias. C’est dans ce sens qu’il faut militer.

Enfin, il est également primordial de favoriser tout ce qui peut aller dans le sens d’une auto-organisation de la lutte. En 2014, sur l’Île-de-France par exemple, avait été mis en place une « AG des AG » qui réunissait régulièrement des cheminotEs, syndiqués et non syndiqués, de différentes gares. Cette fois-ci, preuve que chaque expérience enrichit la suivante, ces rencontres se sont mises en place bien plus rapidement et à un niveau supérieur. Des cheminotEs des différentes assemblées générales se réunissent régulièrement à la Bourse du travail de Paris. Dans plusieurs gares, des comités de mobilisation ont été aussi mis en place qui, bien qu’encore modestes, tentent de faire vivre la grève au quotidien. Un acquis précieux de la mobilisation de ce printemps.

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