Notre classe

Solidarité avec Alain Leclercq, militant SUD Rail menacé de licenciement

SNCF : pressions sur les militants syndicaux, souffrance au travail, suicides… un cheminot raconte

Publié le 4 octobre 2016

Alain Leclercq est entré à la SNCF en 2000 comme agent à la maintenance des voies, dans la région Lilloise. Rapidement, il s’engage dans le syndicalisme et au fil des années, il se voit attribuer différents mandats : délégué du personnel, CHSCT, élu CE, et actuellement élu au comité central d’entreprise à la SNCF. Sans relâche, il se bat contre la dégradation des conditions de travail à la SNCF et chez les sous-traitants et l’insuffisance des mesures de sécurité.

Une détérioration qui présente des risques pour la sécurité et pèse sur les conditions de vie des travailleurs du rail. Pour rappel, à Béziers en avril 2016, un cheminot s’était donné la mort sur son lieu de travail, un suicide qui fait écho à celui d’un de ses collègues, en décembre 2015, sur un réseau ferré de l’Essonne. Face à ces drames, la direction de la SNCF se tapie dans un silence assourdissant. En attendant, la sécurité des travailleurs du rail comme des usagers est mise en danger, comme le rappelle l’accident survenu à Bretigny-sur-Orge de juillet 2013.

Alors quand des militants comme Alain osent élever la voix et se battre contre la destruction à petit feu des services publics, ils deviennent, aux yeux de la direction de la SNCF, l’ennemi à abattre. A la veille de son passage en conseil de discipline pour « faute lourde », ce jeudi 6 octobre, Alain nous livre ici le récit de plusieurs années d’acharnement antisyndical de la direction de la SNCF à son égard. Son parcours militant exemplaire, semé d’attaques de son employeur, révèle avec brutalité ce que la SNCF voudrait obtenir par cette convocation sur un motif passible de licenciement : se débarrasser de tout foyer de résistance à ses attaques. Nous appelons à la solidarité la plus large avec Alain Leclercq et tous les travailleurs qui subissent la répression antisyndicale, à la SNCF et ailleurs. A cette fin, nous invitons nos lecteurs à se rendre nombreux au rassemblement en soutien à Alain et contre la répression syndicale appelé par SUD Rail, qui aura lieu ce jeudi 6 octobre à partir de 12h30 devant le « tribunal patronal de la SNCF », 21 rue d’Alsace à Paris (sur le coté de la gare d’Est).

Propos recueillis par Flora Carpentier

En 2007, un sous-traitant de la SNCF perd sa jambe dans un accident du travail. Alain mène l’enquête malgré les pressions de sa hiérarchie

Pour commencer par le contexte, il faut savoir que depuis de nombreuses années, la direction de la SNCF essaie de mettre en place une politique d’entreprise qui va à l’encontre d’un service public de qualité et sécurisé : suppression de personnels au niveau de l’annonce des circulations de trains, recours à des salariés intérimaires sans formation précise pour travailler sur les voies ferrées alors que la circulation ferroviaire n’est pas arrêtée, et j’en passe… c’est tout le système de sécurité qui est remis en cause, et ça concerne aussi bien le personnel comme les usagers. C’est dans ce contexte que je suis intervenu sur différents dossiers qui ont mis à la mal la politique de la SNCF.

Tout a commencé pour moi quand un jour, en 2007, il y a eu un gros chantier sur Marquillies, dans le département du nord. Il y avait beaucoup de co-activité, avec le recours à de nombreuses entreprises sous-traitantes. A un moment, un salarié d’une entreprise privée se trouvait sur le plateau du camion qui déchargeait les poteaux caténaires à l’aide d’une grue. Lors du déchargement, le poteau a engagé ce qu’on appelle la zone dangereuse, la zone sur laquelle passe le train. Un train est passé à 100 kilomètres heures en tapant dans le poteau caténaire qui a tourné sur lui même sur la grue, et a tapé dans les jambes du salarié. Celui-ci a été projeté à 15-20 mètres en arrière. Il a eu une multiple fracture du crâne, à la hanche, et il a fini par être amputé d’une jambe.

En tant que membre du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), j’avais mené une enquête malgré les pressions de la SNCF et des entreprises sous-traitantes. Malgré le refus de ma direction, je l’ai envoyée au procureur de la République et à la CPAM de Toulon - d’où provenait le salarié -, la CPAM du Nord pas de Calais, la caisse de prévoyance, l’inspection du travail. Dans cette enquête, je mettais en avant les problèmes liés à l’organisation des chantiers, ce qui engageait la responsabilité de certains cadres de la SNCF. Donc forcément, à ce moment-là, j’ai commencé à avoir des pressions de la part de ma hiérarchie. C’était des pressions financières : on me retirait les primes de travail, les paniers-repas, les heures de nuit. Quand j’étais en délégation, je ne pouvais pas sortir à plus de deux kilomètres pour ne pas avoir droit aux paniers-repas. Tout était fait pour m’isoler des salariés. Deux ans plus tard, la SNCF m’a remboursé 9000 euros suite à l’intervention de mon organisation syndicale.

« J’avais instauré un certain rapport de force entre les salariés et la direction »

Puis j’ai pris des responsabilités syndicales au niveau national et suis devenu permanent. Tout est allé ensuite relativement bien jusqu’à ce qu’arrive notre nouveau directeur d’établissement. Il a essayé d’embaucher des salariés intérimaires, ce qui existait déjà dans le groupe SNCF mais pas dans notre service, parce qu’on est soumis au risque ferroviaire. C’est un risque important, il y a le risque par heurt de circulation ferroviaire et le risque électrique. On a normalement des formations assez poussées à la SNCF mais les salariés intérimaires ne faisaient qu’une formation sur deux heures et le lendemain, on les envoyait travailler sur les voies.

Syndicalement, j’avais instauré un certain rapport de force à l’époque, entre les salariés et la direction. Dès qu’il y avait des salariés intérimaires, on appliquait un droit de retrait. On demandait aussi l’embauche des salariés intérimaires au statut cheminot, avec une véritable formation. Mon directeur d’établissement a été contraint d’embaucher certains salariés intérimaires. Il y a eu une pression qui a été mise sur lui avec des pétitions signées par les collègues.

Les conditions de travail des cheminots continuent à se dégrader au prix de la sécurité

Depuis un an, la direction de l’entreprise met en place la mobilité forcée. Avant, on travaillait dans certaines zones. Par exemple, moi qui a un point d’attache sur Lille, je travaillais normalement dans un rayon de 3 kilomètres. Si toutefois il y avait besoin de renforts ailleurs, on demandait aux volontaires et après l’entreprises s’arrangeait comme bon lui semblait. Aujourd’hui, la SNCF rend les agents mobiles et ne nous demande plus notre avis. Parfois certains agents sont prévenus trois jours à l’avance que pendant deux mois ils vont travailler à 100 km de chez eux, sans tenir compte des contraintes familiales, ni rien.

En puis auparavant, lorsque l’agent sortait de son unité d’affectation, il avait des primes de déplacement. Aujourd’hui, tout est calculé par rapport à la réglementation, pour ne plus payer les primes aux salariés. En plus, après avoir cassé les effectifs depuis quelques années, la SNCF n’a plus assez d’embauchés pour effectuer les chantiers correctement, aussi bien au niveau technique que du point de vue sécuritaire. Tout ça, je le dénonce depuis des années, ce qui gêne fortement le chef d’établissement.

« A mon retour à la production en 2013, ils ne voulaient pas que je ‘contamine l’équipe’ »

En 2013, alors que j’étais permanent syndical, j’ai voulu retourner à la production. A ce moment-là, on a essayé de me mettre la pression parce que certains dirigeants m’avaient connu à l’époque où j’étais sur le terrain et savaient que j’avais fait arrêter des chantiers parce qu’il y avait des risques. Donc à mon retour en équipe en 2013, la première chose qu’ils ont tenté de faire ça a été de changer mon poste de travail. Ils ne voulaient pas que je « contamine l’équipe » comme ils disaient. C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc. Ils ont tenté de me créer un poste de gestion des stocks, à compter des boulons au fin fond d’un hangar, loin de tous les salariés. Ca ne s’est pas fait parce que je suis intervenu avec mon organisation syndicale et l’inspection du travail. Mais ce qu’ils ont fait ensuite, c’est qu’ils ont tenté de changer mon unité d’affection pour que je ne sois plus avec la même équipe. Encore une fois, je me suis défendu et ça n’a pas pu se faire. Autant dire que tout ça ne plaisait pas à mon directeur d’établissement.

Mais ça ne s’est pas arrêté là. Comme je suis retourné sur mon poste de travail, il me fallait des vêtements de travail et des chaussures de sécurité. Et bien il m’a fallu 6 mois pour les avoir. J’ai dû en référer au conseil des prud’hommes, ça a été le seul moyen d’obtenir mes vêtements de travail.

Il y a encore autre chose. Suite à des départs en retraites, je devais devenir délégué du personnel, puisque j’étais en fin de liste. Mais mon directeur d’établissement ne voulait pas. Il disait « tant que je suis à mon poste, Alain Leclercq ne sera pas délégué du personnel de mon établissement ». Du coup, il y a eu une intervention de l’inspection du travail qui est allée voir mon directeur d’établissement à plusieurs reprises en lui disantque je devais être délégué du personnel. Il n’a jamais voulu ! Donc l’inspection du travail a dressé un délit d’entrave auprès du procureur de la république, et moi je me suis cautionné partie civile avec mon syndicat. Ca, mon directeur d’établissement l’a en travers de la gorge. D’autant que là c’est à titre individuel, c’est sa personnalité morale qui est engagée.

« En 2013, avec toutes les pressions que je subissais, j’ai eu des envies suicidaires »

Depuis 2013, mon employeur a mis un veto au niveau de mon déroulement de carrière, sur des motifs bidons : tout ça parce que j’ai refusé d’aller chercher une machine à Arras, alors que j’avais appelé le magasin à Lille et qu’il y en avait une de dispo, donc j’étais allé la chercher à Lille, c’était beaucoup plus pratique.

Après, il y a eu les pressions financières, sur tout ce qui concerne les primes et tout ça. En 2013, ils ont recommencé à ne plus me payer de primes de paniers, à me mettre à l’écart. Quand les agents de mon équipe étaient de nuit, on me laissait tout seul.

C’est là que j’ai pété un câble. Avec toutes ces pressions, j’ai eu des envies suicidaires, j’en avais ras le bol. Après j’ai consulté, j’étais sous antidépresseurs.

Depuis, avec mon syndicat, on a décidé de saisir la justice et on a lancé une procédure pour harcèlement discriminatoire. Cette procédure là aussi, mon directeur l’a en travers de la gorge. J’avais demandé copie de mon dossier professionnel, il ne voulait pas me le remettre. Il a été contraint de le faire par le conseil des prud’hommes, sous peine d’amende. Pour mon avocat, la SNCF me doit 20 000 euros sur trois ans, pour toutes les primes que je n’ai pas touchées, à la différence de mon équipe, entre janvier 2013 et décembre 2015.

« On a mené trois enquêtes sur les risques psychosociaux, qui ont donné des résultats assez préoccupants »

Malgré toutes ces pressions que je subis, je continue à me battre, je suis un militant qui gêne. En tant que président de la commission santé et conditions de travail dans le Nord-Pas-de-Calais, on a mené trois enquêtes sur les risques psychosociaux, qui ont donné des résultats assez préoccupants. On a des cheminots qui se sont suicidés, des situations familiales qui se sont compliquées, des séparations, des divorces liés à la politique de l’entreprise. Un même week-end, deux cheminots se sont suicidés sur le lieu de travail. Après ça, les élus de l’époque ont lancé une première expertise sur la souffrance au travail, qui a démontré qu’il existait bien une souffrance liée à l’organisation du travail et à l’indifférence de l’entreprise vis-à-vis des salariés.

La direction régionale n’a pas aimé qu’on aille les chatouiller là où ça n’allait pas. On les a mis en difficulté à travers des études qui ont été faites par des cabinets d’expertises agréés par le ministère du travail, dont ce n’est pas rien. L’ancien Directeur des Ressources Humaines (DRH) a voulu contrecarrer cette première expertise et il a donc proposé de faire une contre-expertise pour démonter la première. Ils ont envoyé un questionnaire à tous les cheminots de la région. Généralement, seulement 14% de salariés répondent à ce type d’enquête. Mais chez nous, sur la région Nord-Pas-de-Calais, le retour a été de 40%. Donc c’était déjà énorme et ça montrait qu’il y avait une volonté des cheminots de s’exprimer sur leur souffrance au travail. Cette étude a été encore plus loin que la première, en mettant en avant les problèmes dans l’organisation du travail et les responsabilités de l’employeur en matière de sécurité du personnel. Au moment de la restitution de cette expertise, en présence de la direction de la SNCF et du CHSCT, on a appris qu’un cheminot s’était suicidé et que son poste devait sauter deux mois plus tard. Ca a mis un froid dans la salle. L’entreprise n’avait pas d’autre solution que de prendre des mesures. Mais ça s’est réduit à refaire la peinture des locaux, avoir une meilleure machine à café… pour caricaturer un peu leurs moyens de prévention.

En 2012-2013, on a lancé une troisième étude, dans le cadre de ces obligations de résultats en matière de mesures préventives et il en est ressorti que la SNCF a fait de la prévention tertiaire, un tout petit peu de secondaire et pas de primaire [NLDR : la prévention primaire vise à réduire et à éliminer les risques professionnels avant l’apparition de leurs éventuelles conséquences néfastes sur la santé ; la prévention secondaire contribue au dépistage des maladies professionnelles ou en relation avec le travail, si possible avant même que ces maladies se déclarent ; la prévention tertiaire vise à limiter les conséquences des maladies professionnelles installées, à prévenir les rechutes et favoriser la réinsertion sociale des salariés] Avec tout le travail qu’on a mené au niveau syndical, quand on parle de faire grève, on est suivis. Donc ça gêne la direction. Je dérange dans le cadre de mes responsabilités syndicales, que ce soit au niveau local, régional ou national.

« Le 6 juin, en pleine journée d’action contre la loi travail et le décret socle, ils ont inventé un motif pour m’épingler »

Cette année, dans le cadre de la réforme de la SNCF, le statut des cheminots était mis à plat et il y a eu deux négociations : une sur la nouvelle convention collective des travailleurs du rail, et l’autre sur un nouvel accord d’entreprise qui met à plat les 35 heures chez nous. Le 6 juin 2016, c’était le dernier jour des négociations sur l’accord d’entreprise, et en même temps il y avait tout ce qui se passait dans le cadre du mouvement contre la loi travail. Il y a eu différentes actions au niveau national à la SNCF, pour peser sur les négociations. A Lille, il y a eu une action devant un bâtiment stratégique qui s’appelle Socrate : c’est le cerveau de la SNCF au niveau informatique sur le plan national, qui gère la billetterie électronique, l’enregistrement des cartes bleues, etc. C’est un bâtiment hautement sécurisé, avec une centaine de caméras autour, c’est aussi bien protégé qu’une prison avec des barbelés, une double barrière et tout ça. Donc ce jour-là, on a organisé un rassemblement là-bas. Il y avait Sud Rail, la CGT, Solidaires (Sud Education, Sud Santé Sociaux), la CNT, des antifas, des autonomes de Lille, la Jeunesse Communiste... et tous les citoyens qui étaient venus. On était près de 200 personnes.

Il y a eu un petit blocage à l’entrée, de 6h à 10h, avec des pneus brûlés et des palettes. Personne n’a été empêché d’entrer, on empêchait seulement le stationnement pour avoir le temps de parler un peu, inciter les gens à se mettre en grève, parler de ce qui se passait à la SNCF. Dans ce bâtiment il n’y a pas que des cheminots qui travaillent, donc c’était important de discuter également sur la loi travail etc. C’est pas mal de sous-traitants, ainsi que des cadres de la SNCF, une centaine de personnes au total. Mais comme tout est informatisé, ce sont des ordinateurs dont on peut prendre le contrôle à distance. Donc en fin de compte notre rassemblement était surtout symbolique. Ce n’est pas parce qu’on était là que ça bloquait l’entreprise. Pour bloquer l’entreprise il aurait fallu rester là pendant au moins une semaine ou quinze jours !

Sur place il y avait la police. Ils n’intervenaient pas, c’était un petit blocage ; si les salariés voulaient, ils pouvaient passer par un autre accès, la seule chose c’est qu’ils ne pouvaient pas se garer à l’intérieur.

J’ai été interviewé par France 3 Nord Pas de Calais. Un copain de la CGT est passé dans le même reportage. Mais moi j’ai eu la chance de recevoir une « demande d’explication écrite » par la SNCF, disant que c’était une faute lourde – donc légalement, ça amène au licenciement – parce que j’avais soi-disant porté atteinte au droit du travail des salariés et à la confidentialité de l’entreprise, ce qui serait contraire au règlement sur l’éthique SNCF, etc. Pourtant, sur nous deux qui avons été interviewés, je suis le seul à faire l’objet d’une mesure disciplinaire. Ca démontre bien qu’il y a une volonté de me cibler moi.

« L’avertissement, ça veut dire que pendant un an je ne pourrai plus défendre les cheminots comme je les défends aujourd’hui »

Alors ce que j’ai fait c’est que j’ai envoyé une réponse à la demande d’explication écrite. Suite à ça, fin août, j’ai reçu une proposition de sanction pour faute lourde – donc déjà il y a une erreur dans la procédure parce que la faute lourde normalement ça implique le licenciement. Alors que là, la proposition est 4 jours de mise à pied, accompagnée d’un avertissement. Les 4 jours de mise à pied, ce n’est pas ça qui va changer ma vie. Par contre, l’avertissement, c’est le dernier : ça veut dire que pendant un an je dois me tenir à carreau, que je ne pourrai plus défendre les cheminots comme je les défends aujourd’hui. Donc c’est ça l’enjeu aujourd’hui. Bien évidemment, la sanction on va la dénoncer aux prud’hommes avec mon syndicat. Mais un dernier avertissement c’est valable un an, et les prud’hommes, si on fait un dossier aujourd’hui, on passe dans deux ans...

J’ai pu consulter le dossier la semaine dernière, et j’ai constaté qu’il y avait plein de choses incohérentes. Mon directeur d’établissement propose de me mettre une sanction de niveau égal ou supérieur à 6 sur l’échelle interne à la SNCF : c’est ce dont j’ai écopé. Mais ce courrier qu’il a envoyé à ma hiérarchie est daté du jour où j’ai reçu la demande d’explication écrite : ça veut dire qu’il a proposé la sanction avant même que j’ai la parole, que je puisse m’expliquer. Lors de l’entretien préalable, mon directeur m’a dit qu’il avait des attestations sur l’honneur contre moi, selon lesquelles j’aurais bloqué l’accès aux salariés ; mais quand on est allé consulter le dossier, ce qu’on a vu c’est que les attestations ont été datées et signées au mois de septembre ! Donc il n’avait même pas les attestations le jour de mon entretien préalable. Il n’avait donc aucun fait sur lequel se baser, juste la volonté de me saquer.

Le fait de dire que j’ai porté atteinte à la confidentialité de l’entreprise, c’est faux également : quand on tape sur internet « SNCF Socrate Lille », on trouve plein d’articles ! Sur Wikipedia, des journaux locaux etc. Il n’y a rien de confidentiel dans ce que j’ai dit ! Du coup il m’a répondu qu’il n’avait pas dit que c’était confidentiel, mais qu’il faut demander l’accord du directeur d’établissement pour pouvoir parler à la presse. Mais là aussi, je lui ai expliqué qu’en France, il existait la liberté d’expression syndicale ; que j’étais en grève ce jour-là, et que j’exerçais ma liberté d’expression syndicale dans le cadre de mes mandats. Donc on va savoir démonter le truc.

« La répression antisyndicale, c’est un peu partout à échelle nationale. Ils tapent sur tous les meneurs et ils ont bien compris que moi, je ne me ferai jamais acheter »

La réalité c’est que depuis début 2016, à Sud Rail au niveau national on est une centaine de militants à avoir eu des sanctions disproportionnées, et à la CGT ils sont à peu près 300. Et au-delà de la SNCF, à la Poste, à France Telecom, dans le cas des Goodyear et des Air France, dans toutes ces entreprises et puis même à l’extérieur de l’entreprise, on voit les atteintes à la liberté d’expression qui se manifestent un peu partout ; les atteintes aux représentants du personnel dans les grosses boîtes privées, ou chez nous, pour pouvoir préparer l’ouverture à la concurrence et passer en force tous les projets, toutes les restructurations, qu’ils aient les mains libres pour pouvoir mettre en place toutes leurs politiques nauséabondes.

Il y a un film intéressant à regarder en tant que cheminot syndicaliste, c’est The Navigators, de Ken Loach. C’est sur la privatisation du chemin de fer en Grande Bretagne ; et on voit que c’est vraiment comme ça qu’ils s’y sont pris : ils ont tapé sur tous les syndicalistes un peu meneurs, les vrais militants. Ils ont bien compris que moi, je ne me ferai jamais acheter : donc pour eux il faut essayer de casser ça. A partir du moment où on lutte, tous les moyens sont mis pour nous faire taire.

En solidarité avec Alain, soyons nombreuses et nombreux au rassemblement contre la répression syndicale ce jeudi 6 octobre à partir de 12h30 devant le 21 rue d’Alsace à Paris (sur le coté de la gare d’Est). En savoir plus sur Démosphère.