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Politique

La majorité hors de portée

Sénatoriales. Revers pour LREM et incertitudes pour la réforme de la Constitution

Le scrutin de dimanche est loin d’avoir été favorable au mouvement d'Emmanuel Macron. En revanche, la droite tire son épingle du jeu et confirme sa victoire électorale des municipales de 2014. Le projet du gouvernement de réformer la Constitution semble donc de plus en plus compromis.

La République En Marche ne tablait pas sur un raz de marée aux sénatoriales de ce dimanche, tant il est dur pour un jeune mouvement de conquérir des sièges dans cette institution où le vote est confié aux 76359 grands électeurs. Ces derniers reflètent les tendances politiques qui les ont porté à des responsabilités politiques, dans les communes essentiellement. Les dernières élections municipales de 2014 ayant vu les Républicains rafler la mise, le résultat des sénatoriales s’en ressent. La droite sort, en effet, de ce scrutin avec 171 sièges sur 348.

Toutefois, le score de LREM ce dimanche est largement inférieur à ce que les prédictions affichaient. Au lieu des 60 sièges espérés, les sénateurs d’En Marche ! perdent l’un des leurs et passent de 29 à 28 sièges dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg. Bernard Accoyer, secrétaire général de LR, y voit la démonstration que « les grands électeurs ont aussi voulu, manifestement, faire entendre leur inquiétude face à une politique gouvernementale recentralisatrice, souvent brutale et réductrice », ce que la baisse de 300 millions d’euros alloués aux collectivités locales, la suppression de milliers de contrats aidés et la suppression de la taxe d’habitation laissaient déjà présager.

Afin de masquer son désarroi, François Patriat, patron des sénateurs macronistes, préfère renvoyer à 2020 quand LREM gagnera ses premières mairies et conseils généraux ou départementaux. Il faut cependant reconnaître que le groupe sénatorial se retrouve dans une situation complexe pour impulser une dynamique en faveur de la réforme de la Constitution. « Construire des majorités d’idées » et des coalitions risque d’être difficile entre un faible nombre de sénateurs LREM et une droite qui se repositionne vers des lignes plus dures et qui entend bien faire du Sénat un « contre-pouvoir » face à celui qui les a éliminés du second tour des présidentielles.

Dans ces coordonnées, Macron peut de moins en moins compter sur une alliance avec les centristes pour réformer la Constitution qui vise à réduire d’un tiers le nombre de parlementaires et à introduire une dose de proportionnelle au Parlement. Malgré l’appui de ces derniers, qui comptent 41 sénateurs, il restera encore plus de 160 parlementaires à convaincre, parmi les Socialistes et les Républicains constructifs, pour obtenir une majorité de trois cinquième au Parlement, condition nécessaire pour réformer la Constitution. Lucide, un député de la majorité présidentielles constate que « la réforme constitutionnelle a du plomb dans l’aile parce que la majorité des 3/5 est hors d’atteinte ».

La dernière option un tant soit peu crédible qui reste à Macron est donc la menace du referendum . Christophe Castaner a rappelé, à l’issu du scrutin de dimanche, que le président ne s’interdirait pas d’y aller si cela s’avère nécessaire. Néanmoins, cette opération paraît délicate à réaliser, surtout à l’horizon de l’été 2018. Bien que la réforme puisse être populaire par certains aspects, le gouvernement pourrait aussi se voir opposer un vote sanction en raison des mesures anti-sociales très nombreuses qu’il essaye de faire passer par l’intermédiaire de ses ordonnances et de sa Loi Travail XXL. Macron joue donc son va-tout avec cette menace de référendum et met dans la balance la crédibilité, déjà fort contestée, de son mandat.




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