Monde

Sous prétexte d’anti-terrorisme, l’impérialisme avance ses pions

Sommet au Nigeria : Hollande prend (encore) la pose du « chef militaire »

Publié le 16 mai 2016

En France, le « ça va mieux » de François Hollande ne passe pas. C’est pourtant la même rengaine qu’il est allé jouer, en chœur avec son homologue nigérian Buhari, au sommet d’Abuja, au Nigeria, après un bref passage en Centrafrique (où là aussi, « ça va mieux »...). Le sommet, qui regroupait plusieurs chef d’État, était l’occasion de signer plusieurs accords. Militaires d’abord, qui sont mis le plus en avant sous prétexte de lutte contre Boko Haram, et économiques, bien que leur contenu ne soit pas connu pour l’instant.

G.Gorritxo

Affaibli chez lui, Hollande cherche à compenser à l’étranger

On ne peut pas dire qu’Hollande soit très populaire en France. Au plus bas dans les sondages, au cœur d’une crise politique autour de la loi travail et du 49.3, le président français tente encore une fois de se rattraper en adoptant la posture qu’il affectionne, celle de « chef militaire » à l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme. Cela devient une habitude. En septembre 2014, nous écrivions déjà que "bien que sa témérité n’ait pas encore porté ses fruits, Hollande cherche à faire contrepoids à la mauvaise situation économique et à son immense discrédit à échelle nationale, en se montrant ferme sur le plan de la politique extérieure." En effet, il était à ce sommet le seul président occidental. Les Américains, par exemple, avait envoyé le N°2 du département d’État.

Cette fois, il a expliqué avec son homologue, le président autoritaire nigérian Bahuri, que « Boko Haram est amoindri », « a été obligé de reculer ». Dans son « optimisme » habituel, il a vanté le bilan du président local élu il y a un an, notamment pour sa posture de chef militaire, capable de faire revenir l’ordre, y compris de façon très autoritaire comme il l’avait fait auparavant en emprisonnant de nombreux militants des droits de l’homme et syndicalistes.

Mais a toutefois mis en garde : « la lutte contre le terrorisme n’est pas terminée ». C’est qu’il faut justifier les accords militaires à venir, pour l’instant à l’état d’une « lettre d’intention », visant à renforcer la coopération entre les Armées.

Quels accords France-Nigeria ?


Outre cet aspect politique, ce déplacement a des intérêts géostratégiques importants pour l’État français. Premièrement, alors que les États-Unis ont fait part de leur volonté d’établir une base militaire au Sénégal, il s’agit de se réaffirmer dans la région.

Et indépendamment de cette concurrence, le but est aussi de freiner Boko Haram, ou au moins de le contrôler en partie, dans cette zone de prédilection pour l’impérialisme français (et ainsi défendre l’uranium d’Areva du Niger voisin, les intérêts de Bolloré au Cameroun, etc.).

Concrètement, cela se traduirait par des aides militaires et financières à l’Armée nigérienne, pour qu’elle renforce elle-même les interventions de l’Armée tchadienne d’une part, et de la Force Multinationale Mixte (FMM, environ 8000 hommes) de l’autre.

Mais la rencontre entre les présidents n’a pas seulement résulté sur ces accords militaires. Plusieurs accords avec le secteur privé ont été passés, bien que leur contenu ne soit pas encore connu. Plus généralement, c’est sous une argumentation vicieuse que l’impérialisme français a justifié les accords. Partant du principe que Boko Haram est né aussi de causes économiques et sociales, il avance la solution abstraite de « développement du pays ». On ne connaît que trop bien le mécanisme des « aides au développement » qui font le jeu de la Françafrique. Hollande s’est vanté d’avoir déjà versé 25 millions d’euros pour la coopération des armées. Pourtant, au Nigeria, il est connu que l’argent de l’Armée (qui représente 40% du budget national) est majoritairement détourné par les officiers, qui le font fructifier dans des entreprises locales, notamment pétrolières (le pétrole représente 70% des revenus du pays).

Marre de ses virées impérialistes en Afrique ! A bas Hollande et sa clique !

Pour le président(ialiste ?), cela n’est qu’une énième tournée en Afrique. Pour nous, et pour les habitants de la région, une imposition supplémentaire de sa politique guerrière, de la logique « leurs guerres, nos morts ».

Pour lutter contre notre impérialisme, la meilleure solution aujourd’hui est de renforcer la mobilisation en cours contre la loi travail (et son monde), et de mettre toutes nos forces pour rendre possible la grève générale reconductible dès cette semaine.

Au Nigeria, les deux principaux syndicats (le NLC et le TUC) ont appelé à une grève générale illimitée à partir de mercredi si le gouvernement n’annulait pas la hausse du prix du carburant avant mardi minuit. En effet, le gouvernement a récemment augmenté le prix du carburant de 67%, le fixant ainsi à 0.64€/L. Dans ce pays de 170 millions d’habitants, une grève générale suivie pourrait redonner espoir aux travailleurs et populations pauvres du Nigeria et de toute la région, contre les multinationales impérialistes et leurs relais locaux.