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Société

Le risque nucléaire aujourd'hui en France

Tchernobyl, le trentième anniversaire du déni de la catastrophe

Quelles ont été les conséquences sanitaires et politiques de la catastrophe de Tchernobyl ? Comment les autorités ont-elles réagi dans les premiers temps, et quelles leçons en tirent-elles aujourd’hui ? Géraud Bournet, illustrateur et auteur d’un livre sur le risque nucléaire en France, fait le bilan de l’accident de Tchernobyl, produit le 26 avril 1986. Tchernobyl, ou trente ans de déni. Propos recueillis par Jean-Numa Lascar

Quel bilan sanitaire peut-on tirer de l’accident nucléaire de Tchernobyl ?

La première leçon qu’on pourrait tirer de Tchernobyl, c’est que les conséquences d’un accident nucléaire sont planétaires. À l’inverse du professeur Pellerin, qui nous avait annoncé en 1986 que le nuage s’était arrêté à la frontière française, Tchernobyl nous a fait prendre conscience de l’étendue des territoires contaminés par les retombées radioactives. À ce jour, il existe entre 6 et 8 millions de personnes qui habitent sur des territoires contaminés, et on observe une incidence d’un certain nombre de pathologies qui, malheureusement, ne sont pas prises en compte par les instances de santé officielles. Il existe à ce titre de nombreuses pathologies « radio-induites » qui touchent un grand nombre d’habitants, et notamment les enfants. Ainsi, le ministère de la Science et de la Santé en Biélorussie estime qu’en 2000, la proportion d’enfants malades était de 85 %, alors qu’elle était de 15 % avant l’accident de Tchernobyl.

En termes de sécurité nucléaire, y a-t-il eu un avant et un après-Tchernobyl ?

Tchernobyl s’est produit dans un contexte de Guerre froide, où le régime soviétique était en quelque sorte considéré comme un régime archaïque, qui n’avait pas la même maîtrise technologique que le Bloc de l’Ouest, ce qui n’a pas vraiment permis de mettre en évidence le risque lié au nucléaire. Néanmoins, la catastrophe de Fukushima est arrivée dans un pays au niveau de développement comparable à celui de la France, et la leçon qui a été tirée par l’Autorité de sûreté nucléaire et le gouvernement français est que le risque est aujourd’hui accepté, c’est-à-dire que les autorités acceptent la probabilité d’un accident majeur en France. Cela est très récent, et le président de l’Autorité de sûreté nucléaire s’est récemment exprimé à ce sujet dans Le Monde daté du 22 avril.

Voir aussi : Tchernobyl : « Des leçons ont été tirées de la catastrophe mais ce n’est pas au bénéfice des populations »

Quelle est la situation de l’industrie nucléaire aujourd’hui en France ?

Un des principaux problèmes qu’il se pose est économique, c’est celui du financement de la mise aux normes d’un parc qui est vieillissant. Il faut savoir qu’en France, on va bientôt avoir 60 % de nos réacteurs qui auront dépassé les trente ans, ce qui correspond à la durée de vie pour laquelle ils avaient été conçus. À cela s’ajoutent les problèmes techniques d’un certain nombre d’équipements des centrales nucléaires, comme les cuves, qui ne sont pas remplaçables (on ne peut pas changer une cuve défectueuse), mais aussi, du fait de la pyramide des âges et du départ d’un certain nombre d’employés d’EDF qui partent à la retraite, les problèmes liés une perte de la mémoire des travailleurs, qui se couplent à un recours massif à la sous-traitance. Aujourd’hui, plus de 80 % des opérations de maintenance sont réalisées par des sous-traitants. Le risque que nous font courir les autorités de régulation, les exploitants et le gouvernement est donc inacceptable, d’autant que la population française, et des pays voisins (qui seront inévitablement touchés en cas d’accident grave), est considérée comme cobaye, et cela malgré elle.

Géraud Bournet, Franckushima, essai graphique sur la catastrophe de Fukushima et le risque nucléaire en France, Lutopiquant, 2016 – www.franckushima.com

Un extrait de ce livre résumant la catastrophe de Tchernobyl :




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