Société

Citoyenneté et handicap

Témoignage. « Exister, comme n’importe qui »

Publié le 17 octobre 2016

Le 12 septembre 2016, je devais siéger comme jurée. C’était sans compter sur le manque d’accessibilité, à toutes les étapes, du tribunal où j’avais été désignée. Un exemple parmi d’autres du parcours du combattant que les personnes en fauteuil traversent au quotidien pour vivre comme tout le monde.

Dominique Miñana

Le 12 septembre 2016, je devais siéger comme jurée et quand je suis arrivée devant le tribunal d’Assises, j’ai eu une première difficulté pour y entrer : le trottoir n’est pas abaissé et mon fauteuil roulant ne franchissait pas l’obstacle. Je faisais signe aux gardiens à l’intérieur, mais vu l’affluence, ils ne me voyaient pas.

J’ai hélé une personne qui rentrait et je lui ai demandé de dire à un gardien qu’il y avait une personne en fauteuil dehors. L’agent est venue, elle n’avait pas de solution, mais elle m’a dit qu’elle allait trouver une planche.

Plusieurs minutes plus tard, elle est arrivée avec une planche (pas terrible).

J’ai pu franchir le trottoir. Le sort m’avait désignée jurée, je voulais siéger.

L’ascenseur était bien prévu à l’intérieur pour accéder à l’étage.

Lorsque je suis à l’intérieur, je vois bien que la « table de justice » est totalement impraticable pour moi, alors que je pensais que le tribunal avait déjà réfléchi à la question.

La loi du 11 février 2005 qui devait être appliquée au 1er janvier 2015 est intitulée : « loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Dans un tribunal, je pensais que la loi était respectée en « priorité » et que tous les aménagements nécessaires avaient été mis en œuvre dès le vote de la loi. Onze ans après ce vote, alors que la limite de l’application était fixée au 1er janvier 2015, rien de prévu pour que je puisse siéger.

La greffière me demande en préambule ma dispense médicale.

Je lui réponds que je veux siéger.

Elle reste perplexe, me fait répéter et va chercher le Président qui m’assure qu’une solution va être trouvée.

Ils installent des rampes sur les 3 premières marches (mais avec mon fauteuil électrique à 6 roues, cette installation de fortune n’est pas adaptée, je fais un test hors public pour qu’ils comprennent que ça ne peut pas aller), mais aucune solution pour la deuxième partie.

Tout le monde est conscient que ce n’est pas une solution.

Le tirage au sort me désigne comme jurée en 2e, la défense et la partie civile ne me récusent pas et là j’entends l’avocat général dire « récusée ».

Au nom de quoi l’avocat général me récuse-t-il ?

Le fauteuil ne passe pas les marches, mais pourquoi le tribunal n’a-t-il pas réalisé les travaux en temps et en heure ?

Pourquoi les toilettes, que le Premier Président de la cour prétend avoir refaites, ne sont-elles pas construites de sorte que je puisse y aller sans aide ?

Pourquoi chaque jour, s’exonérer de ma citoyenneté en faisant semblant de me considérer « comme tout le monde », mais en me laissant la plupart du temps dehors - à côté du chien ?

Quand les commerces, les théâtres, les cinémas, les écoles, les médecins, etc. se mettront-ils aux normes afin que je puisse aller, venir, sans me soucier de la façon dont l’environnement est conçu ?

Même au niveau des transports : ici à Montpellier, le tram est facile d’accès, mais la potence centrale avec les gens assis autour ou agrippés complique les manœuvres ; et dans les bus : la plateforme est capricieuse. Quant à la SNCF, ses élévateurs sont souvent en rade ; dans l’avion vous ne pouvez pas amener votre fauteuil roulant électrique et vous n’êtes pas certain de retrouver votre fauteuil manuel en « bon état » à la sortie...

Le quotidien est difficile, je veux pouvoir exister comme n’importe qui.

Voici la lettre envoyé au président de la cour d’assises :

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