Notre classe

Le monde de la loi Travail

Témoignage. Quand la répression dans la rue se poursuit par la répression au boulot

Publié le 4 octobre 2016

Nous relayons ci-dessous un témoignage qui nous a été envoyé. Bien décidé à enterrer la mobilisation contre la loi Travail, exemplaire dans sa radicalité et sa longévité, le gouvernement et le patronat auront tout fait pour faire rentrer les militants et militantes dans le rang, comme le montre la longue suite de procès que nous aurons vu cet automne. Mais c’est aussi au travail, dans leur vie personnelle, que certains ont du payer leurs 4 mois de mobilisation. Ce témoignage, similaire à tant d’autres et en même temps particulier à une situation personnelle difficile en cette rentrée, doit nous donner un seul mot d’ordre : ne laisser aucun camarade sur le carreau, isolé face à une répression dont les formes peuvent être multiples. Pour resserrer nos liens et faire front, n’hésitez pas à nous envoyer vos témoignages, nos pages leur sont ouvertes.

Le mois de septembre est passé et avec lui la fin des vacances, la reprises des cours ou celle du travail. Mais pas pour tout le monde. Mikael1, ne retournera pas dans l’établissement scolaire, qui l’employait l’année précédente. Pourtant ils sont en manque d’effectif car beaucoup de personnes occupant le même poste que lui ne résigneront pour des raisons personnelles, mais ce n’est pas son cas. Lui voulait revenir mais on ne lui en laissera pas la possibilité.

Retour sur un engagement contre la loi travail (et son monde) lourd en conséquences.

En janvier, Mikael déjà investi depuis de nombreuses année dans le milieu associatif, vient de monter un nouveau projet qui lui prend énormément de temps, mais aussi assez lourd financièrement. Il lui faut donc trouver un travail pour pouvoir vivre mais il faut aussi quelques chose de compatible avec son activité bénévoles, mais aussi plus important, qui n’interfère pas avec ses principes. Il a connue le monde du travail, dans diverses branches, et ne veux plus participer à cette mascarade, pour des entreprises de moins en moins humaines et toujours plus attirées par le capital.

Il découvre le métier d’Auxiliaire de Vie Scolaire par des connaissances et y voit une véritable chance. Quelque chose d’humain, participer à l’éducation et aider des personnes en situation de Handicap. Et cerise sur le gâteau, c’est un mi-temps où les horaires peuvent être légèrement aménagés. Après un entretien, il signe son contrat en C.D.D. ( en C.U.I.-C.A.E.2) de 6 mois, jusqu’au vacances scolaires et on lui fait savoir que les contrats (quand tout se passe bien) sont renouvelés en cour d’année pour une reprise en septembre. Tout se passe pour le mieux, même si jongler entre ses deux emplois, bénévole et salarié, demande un minimum d’organisation.

Mais le 17 février, c’est le drame : l’annonce de l’avant-projet de loi sur la réforme du travail, dit loi El Khomri. Après s’être documenté sur le texte en question, Mikael, qui n’est déjà pas spécialement enjouer par le monde du travail en l’état actuel décide qu’il ne veut pas laisser les choses se passer ainsi. Dès le début mars il participe à des réunions au sujet d’éventuels mouvements sociaux en réponse à ce texte rétrograde.

Le 9 mars, néanmoins, il ne participera pas à la grève nationale à l’appel de l’intersyndicale, pensant que les élèves dont il à la charge ne comprendraient pas vraiment la raison profonde de tout ceci, et n’y verraient qu’un abandon. Après de longues discutions, il se rend compte que non, ils comprennent très bien. C’est décidé, il sera de la prochaine. Et de la suivante. Et de celle d’après ... Les manifestations s’enchainent et se ressemblent.

Puis vient Nuit Debout. Les premières éditions sont festives, on y discute, on y rêve, c’est un vent d’air frais dans un horizon noir. On y parle convergence des luttes et on y retrouve pas mal d’amis avec qui on s’était déjà investis sur d’autres fronts (Anti-fascisme, Anti-sexisme, Écologie …). Les manifestations continuent (et leur impact financier), les nuit debout aussi (et leur impact sur le sommeil) mais tous semble s’empatter. Il rejoint alors divers comités, participe à diverses réunions, et surtout essaye d’informer un maximum de gens sur la nécessité de s’impliquer. Enfant des internets, il inonde les réseaux sociaux d’articles et de publications anti loi travail mais aussi contre les politiques, le systèmes.
Il commence à prendre part à d’autres types d’actions tel que des blocages économiques, des opérations escargot3 …

Le mouvement social prend de l’ampleur et le gouvernement durcit la réponse : plus de policier, les matraquages et les gazages deviennent monnaie courante, les interpellations et les procès aussi4, sans parler des affrontements entre les diverses mouvances au sein de la lutte. Ce n’est plus seulement la loi travail qu’il faut combattre, mais aussi le gouvernement, La police, la justice et même certains syndicats leur décisions dangereuses (en choix de parcours, d’actions ou autre) et leurs membres et service de sécurité trop zélés. Et comme à son habitude cela se retrouve dans tous ses propos, toutes ses discutions, et surtout toutes ses publications et c’est là que les ennuis commencent.

Dans sa ville on retrouve toujours les même têtes lors des rassemblements, manifestations et actions, que ce soit du coté du mouvement (même s’il faut parfois reconnaître un simple regard sous une tenue noire) ou du coté de la répression. Toujours les mêmes policiers, toujours les mêmes donneurs d’ordres (certains seront affublé de surnoms presque amicaux à force de toujours se retrouver face à eux). Malheureusement si il les reconnaissait, la réciproque était vrai aussi. Là ont commencé les appel direct lors des actions : « toi un jour on va te chopper », « à la moindre incartade t’es bon pour un mauvais moment », « On sait ce que tu fais, tu vas le payer ». Lors de contrôle de proches, il a été mentionné par les forces de l’ordre « toi tu traines avec ce mec là ? C’est qui ? Comment il s’appelle ? »

Plusieurs matins, les jours de manifestations en se rendant au travail il a eu le droit à une voiture de la B.A.C. garée proche de son domicile. Plusieurs fois des manifestants lui ont signalé que des agents de police recherchaient une personne correspondant à son signalement dans le cortège. Malgré tout cela (et avec beaucoup de chance) pour lui tout se passe bien et il continue, ce qui ne fut pas le cas pour quelques unes de ses connaissances.

Nous sommes début juin, c’est le moment où les contrat sont renouvelés dans son établissements. On discute de qui re-signe l’année prochaine, de qui déménage, de qui change de vie, et Mikael exprime son envie de continuer ce qu’il considère comme un travail gratifiant. Pourtant le temps passe et rien. Lors d’un entretient informel, son responsable lui fera comprendre à demi mots qu’il ne sera pas repris, malgré un travail satisfaisant. L’établissement aurait reçu un enchainement de coups de téléphones indiquant qu’il n’était pas souhaitable dans l’établissement. Que plus que ses actions, c’était ses propos sur les réseaux sociaux qui en étaient la cause et ce même si il n’a jamais amené ses revendications au contact des élèves.

La pilule est dure à avaler, mais il continuera à s’impliquer dans le mouvement, tout en essayant de fournir un travail correct au seins de cette structure qui ne veut plus de lui.

La aurait put s’arrêter, l’histoire, malheureusement ce n’est pas le cas. Étant seulement en C.D.D. de six mois à mi-temps, il avait décidé de rester inscrit à Pôle -Emploi, par sécurité. Or la veille de la fin de son contrat, donc juste avant de repasser dans la catégorie A des demandeurs d’emplois, il est radié. Et il est parti pour de longues démarches administratives, malheureusement étant en mi-temps il a eu le droit à la Prime d’activité, qui est versée par la C.A.F..

Il ne touchera donc ni l’allocation chômage (n’arrivant toujours pas à se faire ré-inscrire), ni le R.S.A. (la déclaration étant trimestrielle et basée sur ses 3 derniers mois où il percevait un salaire), voilà donc 3 mois qu’il subsiste avec 500€ par mois (A.P.L. et Prime d’Activité confondus).

Le plus dur pour lui semble arriver à son terme, avec le retour prochain du R.S.A. Socle, la rentrée du mouvement est maintenant bien commencée et voilà pourquoi il a tenu à se confier sur un passage de sa vie assez difficile, mais qu’il ne regrette pas le moins du monde.




1 : Le prénom à été modifié
2 : Contrat Unique d’Insertion - Contrat d’Accompagnement à l’Emploi
3 : Pour des raisons évidentes de légalité toutes ne seront pas énumérées.
4 : Durant le mouvement plusieurs de ses proches seront interpelés et jugés, lui même y échappant de justesse plusieurs fois.