Monde

Restriction des libertés par les autorités chinoises

Thaïlande. Joshua Wong, militant de la révolution des parapluies, refoulé vers Hong-Kong et interdit de commémoration du massacre des étudiants thaïlandais de 1976

Publié le 6 octobre 2016

Décidément, Joshua Wong n’est pas le bienvenu en Asie du Sud. Après avoir été interdit d’entrée en Malaisie en mai 2015, ce militant hongkongais, emblématique de la révolution des parapluies qui avait secoué la Chine il y a quelques mois, est de nouveau refoulé vers Hong-Kong, alors qu’il voulait se rendre à la commémoration du massacre des étudiants de Thammasat, en Thaïlande, perpétré le 06 octobre 1976 par les forces de police thaïlandaises et des milices ultra-royalistes d’extrême-droite. Arrivé mardi soir en avion, il a été reconduit vers Hong-Kong le mercredi au matin. Le militant pro-démocratie n’était pas le bienvenu dans un royaume de Thaïlande très conciliant avec les autorités chinoises.

Boris Lefebvre

C’est à l’initiative des étudiants thaïlandais de l’université de Thammasat que Joshua Wong avait été invité pour commémorer l’un des événements politiques les plus tabous de Thaïlande : le massacre de plusieurs dizaines – peut-être une centaine – de jeunes étudiants et de travailleurs de gauche par des milices d’extrême-droite royalistes et gouvernementales en 1976.

En raison de son combat démocratique mené pendant la révolution des parapluies, qui avait secoué la Chine par la détermination et la résistance que la jeunesse et les travailleurs avaient opposé au régime liberticide et inégalitaire, Joshua Wong a acquis une certaine notoriété qui rendait sa présence légitime pour commémorer un massacre commis au nom des pires idéaux réactionnaires.

Il n’en sera pourtant rien, car la Chine a directement intercédé auprès des autorités thaïlandaises pour interdire à Joshua Wong de pouvoir prendre la parole à l’occasion de cette commémoration. C’est donc dès son arrivée à Bangkok qu’il a été arrêté par les services de l’immigration et retenu pendant dix heures « très inquiétantes », selon ses propres déclarations. Le parti politique pro-démocratie Demosisto (« démocratie et résistance ») que dirige Wong, a « fermement dénoncé » cette atteinte à la liberté de mouvement. De leur côté, des étudiants thaïlandais ont protesté, parapluies à la main, au cri de « Joshua Wong a le droit d’être ici » pendant qu’un rassemblement avait lieu devant l’ambassade de Thaïlande à Hong-Kong.

Cet épisode de répression contre les militants pro-démocratie prend place dans un contexte de volonté expansionniste de la Chine en mer du sud. Alors que le Vietnam cherche à se protéger de l’influence chinoise, la Thaïlande semble jouer la carte du partenariat, voire de la soumission, comme l’indique les récentes « courbettes » de la junte militaire envers le régime de Pékin. Comme le souligne Sophie Richardson, directrice de Human Right Watch en Chine : « L’arrestation en Thaïlande de Joshua Wong, un militant connu de la démocratie à Hong Kong, montre malheureusement que Bangkok est disposée à se plier aux volontés de Pékin ». En tout cas, la volonté de Joshua Wong reste intacte pour continuer de défendre la démocratie contre toutes les atteintes liberticides du gouvernement chinois.