Société

Riposte solidaire

Tribune. Réfugiés : la violence de l’Etat doit cesser

Publié le 11 août 2016

Nous relayons ci-dessous la tribune publiée dans Libération le 9 août par un collectif d’associations : Association KÂLÎ, Le BAAM, le Collectif Austerlitz, le Collectif de soutien du Xe et du XIIIe aux migrants d’Austerlitz, le Collectif OEIL, le Collectif Urgence notre police assassine La CSP75, le Mouvement pour la dignité et les droits des Maliens, Almamy Mam Kanouté, le Collectif parisien de soutien aux exilé.e.s, le Collectif de La Chapelle debout.

Depuis un an, les pouvoirs publics nous ont habitués à ornementer la moindre action liée à la « crise migratoire » d’opérations de communication bien ficelées. A Paris, point de chute de la majorité des exilé.e.s, les responsables politiques se gargarisent, lorsqu’un campement de fortune de plus est évacué, du nombre de personnes temporairement relogées.

Et comme pour sonner le glas de nombreuses critiques, la Mairie de Paris a récemment annoncé l’ouverture prochaine de deux centres d’accueil, censée résoudre tous les maux et mettre définitivement fin au renouvellement inexorable des campements parisiens. L’envers du décor est beaucoup moins reluisant selon nous, associations, collectifs et citoyen.e.s solidaires œuvrant au quotidien auprès des personnes migrantes pour pallier la défaillance des autorités.

Des violences physiques et verbales

Nous constatons depuis quelques jours un usage croissant et quotidien de la violence verbale et physique de la police à leur égard. Ainsi, le 22 juillet, le dernier démantèlement du camp qui s’était formé aux abords du métro Jaurès (XIXe arrondissement) a donné lieu à des charges policières aveugles et de jets de gaz lacrymogènes.

Un cap a depuis été franchi lors de la première semaine d’août. Dans la nuit du dimanche 31 juillet, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à charger brutalement et à matraquer indistinctement les migrant.e.s, dont une vingtaine de femmes et des mineurs, pour les empêcher d’installer un nouveau campement à même le sol.

En parallèle, la police harcèle quotidiennement ces personnes en organisant des opérations massives de « vérification des situations administratives » comme elle le fait régulièrement pour traquer les personnes sans-papiers. Ces rafles ont conduit environ 400 personnes migrantes au commissariat et 80 d’entre elles, qui n’avaient pas eu le temps d’effectuer les démarches de demande d’asile, se sont vues notifier leur obligation de quitter le territoire français.

Nous ne sommes pas dupes : nous savons que cette mécanique sécuritaire gouvernementale est bien rodée et que la brutalité policière est de plus en plus commune à différentes franges sociales. Elle existe depuis de trop nombreuses années dans les quartiers populaires où la police contrôle, harcèle, frappe et tue sans ne jamais être inquiétée. On ne compte plus les personnes arrêtées mortes par « asphyxie » – comme Ali Ziri, Lamine Dieng, Wissam El Yamni ou et, très récemment, Adama Traoré –, les « bavures » – comme la mort de Zyed et Bouna ou comme à Pantin sur une mère de famille et ses deux enfants mineurs en décembre dernier ou encore les tués par balle – comme Amine Bentounsi.

L’intimidation policière décomplexée

Les manifestant.e.s en font également largement les frais lorsqu’ils et elles se heurtent à des policiers qui frappent, gazent, matraquent, blessent et tuent. Les exemples ne manquent pas : opposant.e.s à la loi El Khomri, zadistes de Notre-Dame- des-Landes, éborgnés du flash-ball, manifestant.e.s contre la COP 21 à Paris en novembre 2015 ou encore la mort de Rémi Fraisse. Les migrant.e.s ont donc rejoint la liste des personnes ciblées par une gestion étatique des problèmes sociaux qui ne prend presque plus que la forme de l’intimidation policière décomplexée.

À travers cela, le gouvernement nous fait savoir qu’il n’y a pas de discussion possible. La réponse sécuritaire est devenue la règle, et les migrant.e.s se voient traités en ennemis politiques et « condamnés » avant même d’avoir pu entamer leurs démarches de demande d’asile. Nous nous interrogeons sérieusement : réelle incapacité à gérer la crise migratoire ou manœuvre visant à décourager les migrant.e.s de la part du pays des droits de l’homme ?

Nous, associations, collectifs et citoyen.ne.s accompagnant les migrant.e.s et luttant contre les violences policières, dénonçons le fait que des personnes précaires, des racisé.e.s, des révolté.e.s sociaux, des exilé.e.s ayant fui la mort puissent faire l’objet d’une violence étatique à travers son bras armé légitime : la police. Nous fustigeons les démonstrations de force policière qui visent à effrayer pour mieux faire régner l’ordre de la terreur chez les citoyen.e.s.

Riposte solidaire

Nous condamnons l’impunité des forces de l’ordre qui est l’un des pires ennemis d’un État de droit, et qui renforce chaque jour le règne de la toute-puissance policière en France. Nous appelons les citoyen.e.s à prendre conscience de cette violence, à se fédérer et à s’organiser. Le temps de la réflexion collective est venu pour construire une riposte solidaire : manifester, filmer les bavures, déposer des plaintes, etc. L’impunité ne peut continuer à gagner du terrain, elle doit cesser partout, et pour tout le monde, maintenant.