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Politique

Après les 8 perquisitions simultanées de la France Insoumise

Un « syndicat » policier appelle Castaner à poursuivre Mélenchon : le parquet de Paris s’exécute

Hier, alors que le gouvernement annonçait son remaniement, le Parquet de Paris menait 8 perquisitions simultanées dans des locaux et des logements des militants de la France Insoumise, dont celui de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, le parquet décide de poursuivre Mélenchon pour violence et menace sur personnes dépositaires de l’autorité publique.

Le parquet de Paris applique les souhaits du syndicat Alliance

Au lendemain de l’impressionnante opération de perquisition, plusieurs syndicats de policiers ont publiquement dénoncé des « menaces » et des « violences » de la part de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre des forces de l’ordre, créant ainsi la polémique. C’est le cas de plusieurs « syndicats » policiers, dont le SGP police-FO qui a réclamé des « excuses publiques » à Mélenchon, ou encore, selon RTL, du « syndicat » Alliance, dont le secrétaire général, Jean-Claude Delage a appelé Christophe Castaner, tout nouveau ministre de l’Intérieur, à porter plainte contre le leader de la France Insoumise et ancien candidat à la présidentielle. Demande entendue par le parquet de Paris qui a ouvert, ce mercredi matin, une enquête pour « menaces et violences contre dépositaires de l’autorité publique » après la perquisition du siège de LFI par les forces de polices et les magistrats.

Une scène de « catch » passée sous silence

Parmi ces violences dénoncées par les forces de police, évidemment pas un mot, sur celles qui ont eu cours, côté policier, lors des perquisitions : l’obstruction de l’entrée du local de la France Insoumise aux élus et militants Insoumis, et surtout, l’agression de « Manu », militant de la FI et responsable légal du local du Xème arrondissement, pris par une clef d’étranglement à la gorge qui lui ont valu des marques au cou et au poignet. Une véritable scène de « catch » pour le Quotidien, ou encore d’une assistante, qui selon Mélenchon, a été commotionnée.

Pas un mot non plus sur les irrégularités de la procédure, en l’occurrence, l’absence de procès-verbal permettant d’établir la liste des documents de la FI consignés.
Mais c’est bien l’échange, entre Jean-Luc Mélenchon, excédé, et un représentant du procureur, capté par les caméras de Quotidien et de Libération qui fait l’objet d’une véritable distorsion médiatique et d’une nouvelle poursuite judiciaire de la part du procureur de Paris. En poursuivant Jean-Luc Mélenchon pour « violences » et « menaces », l’actuel procureur de Paris François Molins, bientôt remplacé par Rémy Heitz, qui lui succédera avec la bénédiction d’Edouard Philippe, dédie un dernier fait d’arme avant d’être surement « recasé » pour ses « bons et loyaux services ».

Le procureur de Paris à la manœuvre en toute « indépendance » politique ?

Si lors de sa passe d’arme avec Mélenchon à l’Assemblée Nationale, Edouard Philippe n’a eu cesse de se cacher derrière la sacro-sainte « indépendance de la justice » inscrite dans la Constitution, la réalité de cette « indépendance » est bien factice. Et ce sont les journaux patronaux, eux-mêmes, qui le disent eux-mêmes. Dans un article paru ce mardi du journal Les Echos, le quotidien affirme de but en blanc : « De fait, si la Constitution garantit l’indépendance judiciaire, elle soumet le parquet à un lien hiérarchique avec l’exécutif qui ne cesse d’alimenter la polémique et crée la suspicion d’une mainmise du ‘politique’ sur les ‘affaires’. »

L’on y apprend, par ailleurs, des informations pour le moins croustillantes concernant la nomination du nouveau procureur de Paris, ainsi que les nombreuses « tractations entre la chancellerie, Matignon et l’Elysée » pour désigner le remplaçant de François Molins. S’il est vrai comme l’affirme Edouard Philippe à l’Assemblée Nationale que « la perquisition réalisée ce matin n’a pas été demandée » par « un procureur » qu’il aurait « nommé après un entretien préalable », le nouveau procureur de Paris qui vient de passer son grand oral, ce mardi, devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), a bien été choisi par l’Elysée.

Tout l’été, Matignon a auditionné les candidats aux postes de procureur, un « fait inédit » selon Les Echos qui pointe « Un entretien ‘assumé’ par Edouard Philippe, qui désire ‘être certain’ qu’il sera ‘parfaitement à l’aise’ avec le futur procureur. On ne peut être plus clair. Après l’affaire Benalla, il y a une volonté d’assurer les arrières de la Macronie en mettant à ce poste stratégique d’où partent les poursuites judiciaires, un fidèle parmi les fidèles.

Cette procédure avait même provoqué l’ire des magistrats : le syndicat de la Magistrature dénonçait en juillet dernier « une manœuvre grossière », « tentative de main mise sur la Justice », « une nomination gouvernementale ». Non pas que la règle normale de désignation des procureurs soit la garante d’une « indépendance de la justice » : la nomination se fait habituellement par décret présidentiel sur proposition de la Ministre de la Justice et après avis du Conseil Supérieur de la Magistrature. Mais dans le cas de la nomination de Remy Heitz, procueur de Paris, c’est clairement Matignon et l’Elysée qui ont eu la main.

Les perquisitions : une opération politique pour criminaliser le mouvement social ?

Lors de son audition à l’Assemblée Nationale, Mélenchon y est peut-être allé un peu vite en besogne : il a pointé la nomination de Remy Heitz, sans prendre en compte, qu’officiellement, le parquet était encore mardi, sous l’autorité de Francois Mollins, nommée en 2011. Cependant, nul doute que l’exécutif n’ait été mis au courant de cette opération de police, d’une telle envergure, de ces quinze perquisitions simultanée, d’une centaine de force de police mobilisées, le tout… le jour du remaniement présidentiel, tant attendu et tant reporté.

Edouard Philippe, au sujet des perquisitions de la FI, a beau s’être caché derrière « l’indépendance de la justice » comme derrière son petit doigt. Il y a là un « coup politique » comme l’affirme Mélenchon. Un coup qui vise par ailleurs à intimider non seulement, La France Insoumise, mais plus globalement l’ensemble des organisations politiques, qui s’opposent au macronisme, et surtout l’ensemble des militants qui souhaitent s’organiser politiquement et militer pour faire face à Macron et à ses contre-réformes sociales.




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