Politique

Edito

Valls, ça passe ou ça casse ? Le 9 mars et après, c’est possible de le faire reculer

Publié le 7 mars 2016

Premier ministre, c’est un métier compliqué, parfois. Surtout quand personne ne vous aime. En quelques jours, ce pauvre Manuel Valls a perdu de sa superbe. Non seulement il est au plus bas dans les enquêtes d’opinion, mais 70% des sondés selon Le Parisien sont contre la loi Travail de Matignon et de l’Élysée. Ce weekend d’ailleurs, dans les colonnes du Journal du Dimanche avant de recevoir les « partenaires sociaux » hier, il rejetait tout «  chantage à la démission  ». Mais qui te parle de démission, Manuel ? C’est ce que tu crains le plus que tu exprimes tout haut ?

Jean-Patrick Clech

On en a vu d’autres, « droitz dans leurs bottes » ou pensant ferrailler avec panache à l’Assemblée, forcés de faire marche arrière, sur toute la ligne face à la détermination des grévistes et des manifestants. On aura reconnu, ici, Alain Juppé en 1995, et Dominique de Villepin en 2006. Valls pourrait-il connaître le même sort, voire en pire ? C’est tout ce que l’on peut lui souhaiter…

Que le projet de loi sur lequel on a apposé le nom de la ministre du Travail suscite l’hostilité et le rejet n’est un mystère pour personne. La question est comment, pour ce gouvernement, sortir de la mauvaise passe dans lequel il se trouve et, pour nous, comment contrer les manœuvres et massifier un mouvement jusqu’au retrait du projet de texte El Khomri.

Pour Raymond Soubie, l’ancien « monsieur social » du gaullisme hexagonal et de Nicolas Sarkozy, le gouvernement s’est aliéné durablement la confiance des « syndicats contestataires » et ne propose pas assez d’ouverture pour regagner celle des « réformistes », à savoir la direction de la CFDT. Le cadre est sans doute assez juste, mais la réalité plus complexe.

Toute une partie de l’intersyndicale, la plus frileuse, trépigne à l’idée de pouvoir négocier à la marge le texte (sur les indemnités prud’homales, par exemple) pour entretenir le petit jeu du « dialogue » et du « rapport privilégié ». Pour ce qui est des plus « contestataires », pour l’instant, ils n’ont encore rien fait pour faire décoller le mouvement avec plus de vigueur, ce qui aurait impliqué un appel interprofessionnel à la grève dès le 9 mars.

Face à cela, un nombre croissant d’équipes militantes et d’UL, d’UD et de fédérations, y compris au niveau de la CFDT, soulignent que le problème n’est pas un article, isolé, du projet de loi Travail, mais les 52 articles du texte. Et arrondir les angles sur l’un d’entre eux pour faire passer les autres aura du mal à convaincre. Pour contrer la propagande gouvernementale, la seule garantie est la construction de la mobilisation et d’exiger que tous ceux qui disent être contre le projet de loi rompent tout rapport avec le gouvernement. Pour faire gamberger Hollande et son premier ministre, rien de mieux que la solitude du pouvoir.

Mais sur le plan de la mobilisation, également, tout est à construire. En montant les uns à la suite des autres les marches du perron de Matignon, FO d’abord et la CGT ensuite (suivis de la CFDT enfin et des patrons de la CGE-PME), voilà que les confédérations syndicales qualifiées de « contestataires » ont fait montre de leur disponibilité à discuter. Mais rien n’est à discuter, de ce texte de loi. Et pour faire comprendre cela à Jean-Claude Mailly et à Philippe Martinez, rien de mieux qu’une participation massive à la journée du 9. Une façon aussi de montrer que la date du 31 mars proposée par la CGT n’était en rien une erreur de calcul mais une façon de donner du temps au temps… là où il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Les organisations de jeunesse l’ont compris. Les travailleurs et les jeunes du Havre qui vont commencer à bloquer la ville dès le 9 également. Voilà un exemple qu’il faudrait démultiplier !

Qu’il s’agisse d’une semaine sous haute tension et à haute tension pour le gouvernement et le président, tout le monde le sait. Qu’il soit possible de faire disjoncter le dispositif sur la loi Travail, c’est à portée de main et il faut le répéter.

C’est pour cela qu’il faut massifier les AG, multiplier les convergences entre salariés et jeunes, exiger que cessent toutes les discussions avec le gouvernement sans retrait et exiger que celles et ceux qui disent être contre cette loi au sein de l’intersyndicale appellent clairement à poursuivre le combat, par la grève et dans la continuité. C’est ça le mandat qui va être donné par les manifestants, et nous serons nombreuses et nombreux, le 9 mars. Il faut que cette exigence soit respectée.