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Société

« A cause de mon style vestimentaire, de ma tête ou de mes traits ils m’ont discriminé. »

Vénézuélien et skieur ? Impossible ! Retour à la frontière !

Il est vrai qu’il y a peu de pistes de ski au Vénézuela, mais ce n’est pas pour ça que réaliser sa passion est impossible. Adrián Solano en est la preuve : il est vénézuélien et skieur de fond. Un paradoxe qui dépasse de loin l'entendement des forces de police qui aiment tant les frontières nationales. Le skieur a dû être renvoyé au Venezuela. Muriel Radler

Les 51es championnats du monde de ski nordique débutent ce mercredi à Lahti (Finlande). 683 athlètes de 61 nationalités différentes s’y affronteront sur différentes épreuves.

Les pays riches et montagneux de l’hémisphère nord sont surreprésentés dans la compétition, mais les pays du sud envoient de plus en plus de compétiteurs. Ce soi-disant pays sans ski qu’est le Vénézuela n’a pourtant pas manqué un championnat depuis 1998.

Adrián Solano, 22 ans, passe par la France pour se rendre en Finlande. Mais dans le pays des « droits de l’homme », et bien qu’avec des « papiers en règle », son rêve s’écroule au contact des policiers qui se moquent de lui :

« Quand je suis arrivé à Paris, le 19 janvier, j’ai expliqué que j’allais en Suède pour m’entraîner. Ils n’ont pas cru que je faisais du ski au Venezuela. Je leur ai répondu que je faisais du ski sur roues. Je n’avais que 28 euros et les policiers m’ont accusé d’immigration parce que ça se passait mal dans mon pays. »

Adrián Solano qui a dû travailler en cuisine et demander de l’aide à ses amis pour financer le voyage a été retenu pendant six heures malgré ses papiers en règle et une lettre d’invitation de son entraîneur et des quatre autres skieurs de la délégation vénézuélienne de la compétition.

Il a ensuite dû attendre que la justice française soit « certaine » de son cas : il a passé plusieurs jours dans un hôtel à Paris avant de passer devant un juge afin de « démontrer qu’il se rendait à la compétition ».

Mais, apparemment la justice non plus ne croit pas aux skis à roulettes et l’athlète a été renvoyé au Vénézuela !

« A cause de mon style vestimentaire, de ma tête ou de mes traits ils m’ont discriminé. »

Si Adrián a dû demander au consulat du Venezuela de payer son billet de retour, son entraîneur n’en critique pas moins son gouvernement qui n’a pas apporté de soutien. « Personne ne s’est mouillé pour notre skieur qui n’a pu rejoindre la Finlande que ce lundi pour participer aux jeux qui débutent jeudi ».

« Maintenant je suis désavantagé, j’ai perdu un mois d’entraînement sur la neige », déplore Adrian Solano, ajoutant que faire de la compétition est son rêve. Les rêves de ces sportifs sont déjà compromis par les disparités géographiques et économiques des pays du sud qu’aggravent encore l’Etat français et sa police raciste.

Souhaitons bonne chance à Adrián et comme lui n’hésitons pas être réaliste et à demander l’impossible !




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