Société

Témoignage

Vente de places dans les files d’attente, l’expression de la dégradation des services publics

Publié le 23 novembre 2016

Etienne L.P.

En lisant la presse, je vois un article du Figaro dénonçant le fait que des personnes revendraient des places dans les files d’attente à la CAF des Bouches-du-Rhône. En effet, pour ne pas attendre des heures dans des files d’attente interminables certains usagers paieraient 4 euros pour se retrouver devant, ou paieraient quelqu’un pour faire la queue à leur place.
Comme dénonce un délégué syndical de la CGT cité dans l’article, cette situation est l’expression de la dégradation des services publics et des conditions de travail des salariés. Mais la vente de places dans les files d’attente est loin d’être un phénomène exclusif de la CAF des Bouches-du-Rhône.

Je me souviens de quand je devais aller au service d’immigration de la préfecture de Bobigny : des files d’attente interminables, sous la pluie, dans le froid (très froid), sans chaise pour s’assoir. Des anciens, des mamans avec leurs enfants. Pendant des heures, on restait dehors. Et une fois à l’intérieur, la salle était remplie et on attendait encore pendant des heures, pour tout simplement déposer un dossier ou prendre un RDV. Une procédure qui pouvait se faire tranquillement sur internet ou par courrier.
Les visages devenaient parfois familiers car on revenait 2 ou 3, voire 4 fois par an, et c’était plus ou moins les mêmes personnes qui revenaient aux mêmes dates. Aussi, on reconnaissait les vendeurs de café ou autres boissons chaudes. Et on reconnaissait les vendeurs de places dans la file d’attente. Il y en avait un que je reconnaissais car systématiquement il me proposait une place devant. Et devant c’était souvent l’embrouille. « Tu penses que tu es plus malin que les autres ? ». Et parfois c’était quelques coups par-ci, quelques coups par-là. Ce qui s’ajoutait à l’irritation normale d’une telle situation d’humiliation. Je n’ai jamais su combien coûtait la place devant, mais une chose était sûre : c’était risqué.

Un jour je vois ce « vendeur de places » qui se rapproche de moi pour me vendre du café. Ca m’a fait plaisir car un café c’est toujours bien dans le froid. Et je me suis fait la réflexion : « finalement il a changé de ‘métier’ pour un plus ‘décent’ ». Je lui achète un café. Quand il me tend le café, par le bas et avec un regard mi-malin mi-complice, il me dit : « tu veux une place devant ? »... En fait, il avait juste « diversifié ses activités ».

Mais, même si on peut considérer comme très malhonnête de payer pour passer devant des vieillards et des familles qui attendent depuis des heures dans des conditions pénibles, il serait très cynique de s’en prendre à ces personnes qui vendent des places dans les files d’attente. Un « métier » qui est l’expression d’une profonde précarité. Le problème de fond c’est le manque de moyens et des services publics de mauvaise qualité.

Même si depuis, l’accueil pour les étrangers à Bobigny s’est un peu amélioré et il y a un peu moins d’attente... à l’extérieur, les perspectives ne semblent pas très prometteuses pour le futur. Gagne qui gagne à la présidentielle de 2017, ils s’attaqueront encore aux services publics, notamment ceux qui sont essentiels pour les couches populaires. Si finalement François Fillon remporte le primaire de droite et puis la présidentielle et met en pratique ce qu’il promet, 500.000 à 600.000 suppressions de postes de fonctionnaires, il va falloir s’habituer au « commerce des places dans les files d’attente » pour les différents services publics. C’est pour cela qu’en tant qu’usagers il semble très important de soutenir les mobilisations des fonctionnaires des services publics essentiels exigeant des améliorations de leurs conditions de travail qui se traduiront pour un meilleur accueil pour tous.