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Monde

Crise dans le Golfe

Vers un accroissement des tensions ? Un ultimatum adressé au Qatar !

L'Arabie Saoudite, le Yémen, les îles Maldives, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques et mis sous embargo le Qatar depuis le 5 juin. Pour mettre fin à la crise, ces pays ont transmis treize conditions à remplir par Doha.

Crédit photo : YASSER AL-ZAYYAT AFP

13 conditions pour sortir du conflit ou pour accentuer la pression sur Doha ?

La première et principale de ces conditions est l’arrêt de tout contact et soutien à des « organisations terroristes », en premier lieu les frères musulmans, force politique qui monte dans la région à l’exemple de l’Égypte où ceux ci avaient gagné les élections après le renversement de Moubarak en 2011 avant de se voir chasser du pouvoir par le coup d’état du Maréchal Al-Sissi. Le Qatar doit rompre également ses liens avec l’État islamique, Al-Qaida (dont le fondateur Oussama Ben Laden est membre d’une grande famille saoudienne) et le Hezbollah. Il est également question de stopper le soutien du Qatar aux partis d’opposition dans dans les pays engagés dans un conflit ouvert avec le Qatar depuis le 5 juin dernier. Ces derniers réclament l’expulsion de tous les opposants hébergés au Qatar et considérés comme « terroristes » . Les Frères musulmans sont particulièrement visés, dont le religieux égyptien Youssef Al-Qaradawi.

Le soutien du Qatar à ces groupes prend différentes formes : hébergement de certains cadres, documents de voyage, financement direct ou par des personnalités résident chez lui, diffusion de leur idéologie violente, etc. C’est pour cela que nous incluons les médias dans nos demandes. Nous n’avons rien contre eux en tant que tels, c’est leur message qui doit changer

Anwar Gargash, ministre des affaires étrangères des Émirats Arabes Unis

Au total, ce sont 49 individus que le front anti-Doha souhaite voir arrêtés ou extradés tandis que le média visé par Anwar Gargash n’est autre que la chaîne d’information Al-Jazira ainsi que d’autres médias financés par lui. De plus, Doha est sommé de réduire ses relations avec l’Iran qui est l’un de ses principaux partenaires commercial et soutien politique. Tout comme la Turquie. Il est aussi question de la fermeture de la base militaire turque installée sur le sol qatari et de stopper leur coopération militaire.
Enfin, il est réclamé au Qatar de payer des « réparations » financières à ses voisins et de se soumettre à un contrôle économique pendant dix ans. L’Arabie saoudite a récemment organisé un sommet pour montrer l’unité des pays musulmans au côté des USA contre le terrorisme. Ainsi ses dirigeants tentent de se poser en rassembleur des pays sunnites de la région. Or, l’Arabie saoudite attaque diplomatiquement et économiquement l’un de ces pays sunnites et fissure ainsi cette alliance entre « pays frères ». Ils dénoncent les liens particuliers avec les chiites iraniens. Toujours selon Gargash, « le Qatar a le droit d’avoir sa politique étrangère. Oman et le Koweït ont des relations étroites avec l’Iran et cela ne nous pose pas de problème. Mais il faut que le Qatar cesse de jouer contre son camp ».
Si le ministre des affaires étrangères émirati concluait en expliquant que les demandes, notamment celles concernant les relations du Qatar avec l’Iran et la Turquie, sont annexes, il n’empêche qu’il voit d’un mauvais œil le lien militaire avec la Turquie qui a des visées stratégiques dans la région comme on peut le voir également dans la guerre en Syrie.

Le Qatar peut compter sur le soutien de la Turquie et de l’Iran

Le Qatar a déclaré ce samedi 24 juin que les exigences n’étaient pas « raisonnables ». Le directeur du bureau de communication gouvernemental, le cheikh Saif ben Ahmed Al-Thani a en effet déclaré que ces 13 conditions n’étaient « pas destinée à combattre le terrorisme mais à empiéter sur la souveraineté d Qatar et à s’ingérer dans sa politique étrangère ».

Le Qatar peut compter sur deux soutiens de poids dans la région, la Turquie et l’Iran. Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le président iranien Hassan Rohani ont tous deux condamné toutes les exigences formulées par Riyad à l’attention de Doha, estimant que celles-ci allaient « trop loin ».
Dimanche, Erdogan estimait que c’était « contraire au droit international ».
La demande des pays anti-Qatar sur l’arrêt de la coopération militaire avec la Turquie et le démantèlement de sa base militaire est justifié par le fait que le 7 juin, soit deux jours après le début du conflit, le parlement turc a approuvé la mise en œuvre d’un accord datant de 2014 permettant le déploiement de milliers de soldats sur une base turque au Qatar. Ces troupes viennent s’ajouter à celles se trouvant déjà dans le pays, où elles participent à des exercices conjoints. La Turquie, tout comme l’Iran, envoie par avion et par mer des denrées alimentaires au petit émirat gazier, passant outre l’embargo que celui-ci subit par ses voisins du Golfe. Erdogan ne semble pas prêt à transiger. « Allons-nous demander la permission pour coopérer en matière de défense avec un pays ? Sans vouloir offenser quiconque, la Turquie n’est pas un pays ordinaire » a-t-il affirmé dimanche.
Le président iranien Hassan Rohani s’est entretenu avec l’émir du Qatar, le cheikh Tamin ben Hamad Al Thani. Il a lui aussi dénoncé la situation dans laquelle se trouve le petit émirat tout en appelant à trouver une solution diplomatique. « Les pressions, l’intimidation et les sanctions ne sont pas des solutions viables pour mettre un terme aux conflits régionaux ». Il n’en a pas moins réaffirmé tout son soutien au Qatar en qualifiant le pays de « pays frère » de l’Iran.

Vers une accélération du conflit ?

Si les Émirats n’ont pas précisé les représailles si le Qatar ne satisfait pas les exigences, ils restent néanmoins menaçant : « Il est plus sage que le Qatar prenne au sérieux les demandes et les préoccupations de ses voisins. Autrement, le divorce sera effectif » affirme Gargash. Les Émirats et l’Égypte considèrent les Frères musulmans comme les mères idéologiques du djihadisme sunnite et donc considèrent Doha comme le principal responsable.

L’Arabie saoudite a connu cette semaine un spectaculaire changement dans l’ordre de succession. Cette révolution de palais s’est faite au dépend de Mohammed ben Nayef qui aurait dû prendre la succession de son père. C’est le prince Mohammed ben Salmane, adepte de la méthode forte et qui est aussi ministre de la Défense qui prendra la place du roi Salmane, âgé de plus de 80 ans.
Or, cette montée de tension dans le Golfe semble correspondre aux méthodes musclées du futur monarque, et la possibilité d’un accès au trône ne calmera pas sa fougue guerrière, bien au contraire. Selon Claire Beaugrand, chercheuse à l’Institut français du Proche-Orient, « Il est l’initiateur et le stratège d’une guerre particulièrement désastreuse au Yémen » qui a entraîné des massacres, une épidémie de choléra et la famine. « L’interventionnisme et l’agressivité saoudienne contre le Qatar portent tout à fait sa marque ». Alors que les tensions s’exacerbent dans les pays du Golfe, reste à savoir quelle seront les stratégies des principales forces impérialistes occidentales, et, en premier lieu, des États-Unis. En effet, les positions d’entre deux de ces puissances attisent fortement les tensions régionales, et tout changement de cap pourrait fortement influer sur le déroulement du conflit.




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