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État d’urgence social !

[Vidéos] Cabaret d’urgence de Jolie Môme. Le plein de spectateurs et d’énergie contre la répression !

Publié le 18 octobre 2016

Jaque Mate
Crédit photo : Marion Jongle

Le cabaret d’urgence, organisé par la Compagnie Jolie Môme le dimanche 16 octobre, a fait le plein de visiteurs venus profiter du programme proposé tout au long de la journée à la Cartoucherie.

Le théâtre de l’épée de bois a ainsi accueilli entre 1200 et 1500 personnes se succédant pour assister à l’une des 3 parties du spectacle abordant les thèmes de l’état d’urgence, de la politique d’un gouvernement socialiste totalement subordonné au Medef et de la répression policière mais aussi judiciaire s’exerçant contre ceux qui luttent pour s’opposer à la destruction systématique des droits des travailleurs.

Une tribune qui donne la parole à tous ceux qui refusent de baisser la tête

En cette agréable journée et dans un cadre dépaysant, c’est un public très nombreux qui est venu assister à ce cabaret d’urgence alternant représentations théâtrales, entractes musicaux et interventions de représentants syndicaux et militants ayant participé au mouvement contre la loi travail et s’opposant plus largement aux politiques libérales toujours plus offensives mises en place par les gouvernements successifs.

Le spectacle a été présenté en 3 parties thématiques successives permettant de répartir les représentations et interventions tout au long de la journée afin d’en faire profiter le plus grand nombre. De nombreux stands ainsi que des projections d’extraits de films et de documentaires étaient proposés pour patienter et profiter de cet événement pour échanger et s’informer.

Sont notamment intervenus Eric Coquerel (PG), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Olivier Besancenot (NPA), François Ruffin (Fakir), Hervé Kempf (Reporterre), Pierre Rimbert (Monde diplomatique), Monique Pinçon-Charlot, Agathe Martin (ancienne gréviste de PSA-Aulnay), Xavier Mathieu (ex Continental), Gaël Quirante (Sud Poste 92) ou encore Mickael Wamen (Goodyear) qui a clôturé les interventions en appelant à se mobiliser massivement les 19 et 20 Octobre à Amiens pour soutenir les Goodyear.

Loïc Canitrot membre de la compagnie et militant CGT Spectacle poursuivi pour avoir participé à l’occupation pacifique du siège du Medef en juin dernier et dont le procès est prévu le 8 décembre, a fait le point sur les poursuites le concernant.

 
François Ruffin (réalisateur de « Merci Patron ») nous a décrit une société alternative dont il a rêvé, sorte d’achronie où, au lendemain de son élection, François Hollande déjeune « en compagnie d’ouvriers de PSA-Aulnay, des condamnés de Goodyear, des Zadistes […] » et où il aurait créé « un ministère de la spéculation et de l’évasion fiscale dont la charge serait confiée à Jean Marc Rouillan ».

 

Le soutien aux travailleurs de Goodyear au cœur de ces 8 heures contre la répression

A 2 jours de la grande mobilisation à Amiens contre la condamnation des 8 travailleurs de Amiens Goodyear à de la prison, Mickael Wamen a rappelé l’importance de se mobiliser massivement contre la répression et notamment en soutien aux 8 Goodyear : « On ne va pas se la raconter. Je vais vous la faire simple : si on n’est pas relaxés, vous êtes tous dans la merde. Parce que s’il y en a un d’entre nous qui va en prison, c’est la mort du syndicalisme et de ceux qui luttent dans notre pays. Ne l’oubliez jamais. Donc les excuses à deux balles, du genre ‘j’ai la gastro, je peux pas venir, j’ai ceci, j’ai cela’, cette fois-ci vous oubliez ! »

 
Guillaume Vadot, enseignant victime de violences policières et militant au NPA et à Révolution Permanente a raconté sur scène les 2 versions de l’histoire : la version authentique, et celle, bien plus « amusante », des policiers. Il a également tenu à saluer l’initiative du cabaret contre la répression : « Avant de vous raconter l’histoire qui m’est arrivée, je voulais saluer ce qui est en train de se passer ici. Parce que les violences policières, la répression, ça vise à nous broyer, mais quand on se retrouve avec le théâtre, la musique, à plus d’un millier, entre les différents secteurs, avec les différentes expériences qui sont racontées là, ça fait particulièrement chaud au cœur et ça me semble important à souligner ».

 
Arlette Laguiller (LO) est également intervenue pour dénoncer la répression dont sont victimes les travailleurs et les syndicalistes : « Aujourd’hui comme hier, les attaques dans les entreprises sont quotidiennes. Dans ce pays - et je ne vous parle de ce qu’il se passe par exemple en Turquie, à l’usine Renault de Bursa où des dizaines d’ouvriers ont été licenciés pour avoir fait la grève - il ne se passe pas un jour sans qu’un militant syndicaliste ou même un travailleur sans mandat soit menacé d’une sanction ou d’un licenciement, uniquement pour avoir fait son travail de militant ouvrier dans une entreprise, ou tout simplement parce qu’il a relevé la tête ».

 
Olivier Besancenot (NPA) a souligné l’importance du mouvement de ces 6 derniers mois tout en pointant ses limites : « (...) L’état d’urgence, c’est pas seulement les procès, les mises à pied, les gaz lacrymos qu’on a bouffé pendant des mois. C’est aussi la tournure autoritaire qu’ont pris les manifestations du mouvement ouvrier. (…) Si on veut faire respecter le droit de manifester qui est remis en cause ces derniers mois, il faut qu’on soit nombreux à ne pas baisser les bras. (…) Si les 5 ou 6 grandes journées de manifestations, d’actions et de grèves, on les avait pas eu à 2-3 semaines d’intervalle, mais 3 jours d’affilée, on aurait été nuit et jour debout, et Hollande nous aurait parlé différemment. »

 
Gaël Quirante, syndicaliste SUD Poste 92 visé lui aussi par la répression patronale, a encouragé à poursuivre cette démarche de convergence des luttes à Amiens et au-delà : « ‘Qu’est ce qu’on veut ?’, nous demandait-on pendant ces 4 mois de lutte contre la loi travail ? Et bien on veut tout ! On veut pouvoir décider de notre avenir dans les entreprises, les quartiers et nos lieux d’études. On veut pouvoir discuter sans avoir la pression de la loi du profit, la pression de cette lutte des classes qui est aujourd’hui dirigée contre nous, par le patronat et le gouvernement. La question de la convergence des luttes est fondamentale. Il dépend aussi de nous de regrouper toutes celles et tous ceux qui veulent se battre. A Amiens ce sera l’occasion de le faire, mais il nous faudra aussi d’autres dates. (…) Comme le dit la compagnie Jolie Môme, c’est dans la rue que ça se passe, par la grève. Il faut qu’on bloque l’économie, comme l’ont fait les raffineries ».

 
Agathe Martin, ancienne gréviste de PSA Aulnay, est revenue sur le rôle du Medef dans la situation actuelle et la responsabilité historique des organisations patronales qui prennent en charge la lutte des classes avec pour seul objectif : exploiter toujours plus les travailleurs.

 
Malgré le challenge que représentait l’organisation d’une représentation sur une journée entière et proposant plus d’une vingtaine d’interventions, la compagnie Jolie Môme a une nouvelle fois réussi son pari ! Ce cabaret d’urgence organisé en soutien à Loïc a permis de montrer que la détermination et la volonté de continuer à lutter est toujours présente mais aussi une prise de conscience croissante de la nécessité de construire un front réunissant l’ensemble des exploités et des victimes d’oppressions seul à même d’apporter une réponse à la hauteur des attaques subies !