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Changement climatique. L’OMM tire la sonnette d’alarme : des constats accablants

La température de la surface moyenne de la terre pour 2018 est passée à 1 ° C au-dessus du niveau de référence préindustriel. Bilan.

vendredi 29 mars

Crédits Photo : Archives AFP

Ce jeudi 28 mars, l’Organisation météorologique mondiale nous livrait son traditionnel rapport sur l’état du climat en 2018. Et les chiffres sont pour le moins préoccupants. Sur twitter, cette institution des Nations Unies donne le ton : “ le climat de l’état du monde met en évidence l’élévation record du niveau de la mer, ainsi que les températures exceptionnellement élevées des terres et des Océans au cours des quatre dernières années ”.

Parmi les nombreuses données communiquées, nous y apprenons qu’aujourd’hui 821 millions de personnes sont sous-alimentées en partie à cause de la sécheresse, soit 17 millions de plus depuis 2016 ; plus de 35 millions de personnes touchées par les inondations ; l’on dénombre 2 millions de déplacés à cause de catastrophes climatiques ; 1600 décès sont associés aux vagues de chaleur et aux incendies de forêt ; l’acidification des océans est toujours en cours ; la diminution de l’oxygène océanique global continue ; la concentration de gaz à effet de serre atteint un nouveau record et continue d’augmenter ; le niveau mondial moyen de la mer pour 2018 est le plus élevé jamais enregistré, la hausse s’accélère ; les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, la tendance devrait se poursuivre. Ainsi, la température de la surface moyenne de la terre pour 2018 est passée à 1 ° C au-dessus du niveau de référence préindustriel.

Les effets de tels bouleversements se traduisent déjà, avec différentes intensités, partout à travers le monde. Pour les illustrer par des exemples récents, nous pouvons citer la fonte des très importantes réserves de glace de Himalaya. Dans un article pour Le Monde, Julien Bouissou nous rappelle que ce “ troisième pôle [...] pourrait fondre d’ici à la fin du siècle en retenant l’hypothèse la plus optimiste d’un réchauffement climatique qui ne dépasse pas 1,5° C d’ici à 2100 ”. Pour les populations environnantes, elles pourraient être exposées à de nouveaux dangers tel des “tsunamis de montagne”. L’agriculture pourrait elle aussi souffrir de nouvelles maladies susceptibles de ravager des récoltes. 

Néanmoins, plus loin dans cet article, nous trouvons la réaction étonnante d’un professeur d’université à Calcutta, qui nous invite à tirer les avantages de la circonstance : “ Il est possible de tirer profit de cette nouvelle situation à condition que les populations locales aient accès aux technologies et apprennent à gérer les ressources en eau autrement ”. Ainsi pourraient être commercialisés des “systèmes d’alerte” pour aider les habitants “ à échapper aux catastrophes naturelles comme les inondations ”. Quant aux cultures, “ des scientifiques pourraient en outre les aider à [en] choisir des [...] mieux adaptées aux conditions climatiques ”. “Il faut laisser les soucis à celui qui est au-dessus de nous”, disait un proverbe alsacien.

Dans une autre partie du monde, en Espagne, Beatriz Hervella, porte-parole de l’Agence de météorologie du pays, indique que " trente-deux millions de personnes sont affectées [...] par le changement climatique, par l’accumulation des années très chaudes lors de la dernière décennie, l’allongement de l’été et l’augmentation de la fréquence des nuits tropicales ". Ruben del Campo, lui aussi porte-parole de l’Agence, nous dit que “ l’été augmente de neuf jours tous les dix ans. Un été de la décennie actuelle compte donc pratiquement cinq semaines de plus qu’un été du début des années 80 ". Nul risque à parier que des multinationales trouveront là de nouvelles occasions de “tirer profit” de la situation.

Aussi faut-il rappeler ici l’un des secrets du capitalisme, sa capacité d’adaptation. Dans son livre “La nature est un champ de bataille”, Razmig Keucheyan insiste : “Le capitalisme est à vrai dire non seulement capable de s’adapter à la crise environnementale, mais de surcroît d’en tirer profit. Il n’est pas dit en effet que la crise écologique aggrave la crise économique. Au contraire, elle permet peut-être au capitalisme de trouver des solutions durables au déclin du taux de profit, en marchandisation des secteurs de la vie sociale et naturelle jusque-là à l’abri de la logique du capital”.

Mais loin de tomber dans toute sorte de catastrophisme, de nombreux mouvements ont émergé contre le réchauffement climatique. Très récemment, des grèves scolaires et étudiantes s’étaient tenues partout dans le monde. Ainsi le 15 mars, près de 200 000 jeunes s’étaient mobilisés en France, et plus de 1,6 million sur tous les territoires, nous dit Greenpeace. Une nouvelle grande date est sur la table, celle du 19 avril avec le mot d’ordre : “Bloquons la République des pollueurs”.




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