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Politique

SOUTIEN À L'UNEF

Dissolution de l’UNEF : l’ensemble des organisations de gauche sont menacées

Suite à la polémique sur les « réunions en non-mixité » de l’UNEF, des députés de la droite et de LREM appellent à la dissolution de l’organisation et Blanquer dit réfléchir à « des évolutions législatives » pour rendre « illégal » le fait d'organiser des « réunions en réalité racistes ». Comme l’ont fait 300 anciens dirigeants de l’UNEF dans une tribune publiée sur Le Monde, il est central de dénoncer ces attaques qui, en s’appuyant sur la récente dissolution de Génération Identitaire, préparent le terrain d’une répression systématique des organisations qui se battent contre les oppressions.

lundi 22 mars

Crédit photo : BERTRAND GUAY/AFP

La droite et le gouvernement poursuivent leur offensive réactionnaire contre l’UNEF

Depuis plusieurs semaines, l’UNEF est sous le feu d’une offensive réactionnaire émanant de l’extrême-droite et de la droite, mais aussi du gouvernement. S’engouffrant dans le sillon tracé par les attaques de Vidal contre « l’islamo-gauchisme qui gangrène l’université », l’extrême-droite a en effet commencé à revendiquer la dissolution du syndicat étudiant suite au relai par ce dernier d’un collage à Sciences Po Grenoble qui dénonçait publiquement les noms de professeurs qui auraient tenu des propos islamophobes dans le cadre de leurs cours. Sous pression à sa droite, le gouvernement a condamné à plusieurs reprise le syndicat, expliquant que celui-ci aurait « appelé au meurtre » car « traiter quelqu’un d’islamophobie peut le tuer », selon les mots de Vidal. Mais la polémique ne s’arrête pas là.

Ces derniers jours, des députés LR et LREM ont saisi l’occasion d’une interview de Mélanie Luce, présidente de l’UNEF, pour repasser à l’offensive contre le syndicat étudiant. Au micro de Europe 1 ce 17 mars, elle a évoqué les réunions de personnes racisées en non mixité, organisées en interne de l’UNEF. Comme elle l’a précisé par la suite, il ne s’agit pas de réunions décisionnelles pour la vie du syndicat mais de « simples groupes de parole, de partages de témoignages ». Contrairement à ce que sous-entendent ses détracteurs, cette pratique n’a rien de nouveau mais constitue au contraire un outil bien connu des militant·es de gauche, visant à libérer la parole de groupes opprimés au sein des organisations politiques. Comme le rapporte Le Figaro à propos des réunions non-mixtes de l’UNEF : « Ces groupes auraient permis de faire apparaître l’existence d’agressions sexuelles envers les femmes au sein de l’organisation. Et auraient engagé le syndicat vers davantage de diversité alors qu’il était auparavant très masculin. ».

La réaction ne s’est pas faite attendre : sur les réseaux sociaux puis dans le champ politique, des voix se sont élevées à droite et au sein de la majorité pour dénoncer une forme de « séparatisme » et de « racisme anti-blanc » : selon Le Figaro le sénateur LR Bruno Retailleau a adressé un courrier au ministre de la Justice dans lequel il dénonce une « offensive des tenants du retour de la race dans le débat public » ; le député LR Éric Ciotti a affirmé que « la question de la dissolution se pose clairement » ; Christophe Castaner a également réclamé « des moyens judiciaires ».

Encore une fois, le gouvernement s’est empressé de se couvrir sur sa droite, à travers l’intervention du ministre de l’Éducation Nationale. « Les gens qui se prétendent progressistes et qui distinguent les gens en fonction de leur peau nous mènent vers des choses qui ressemblent au fascisme », a-il assené ce vendredi. Le ministre dit réfléchir à « des évolutions législatives » pour rendre « illégal » le fait d’organiser des « réunions en réalité racistes ».

250 anciens dirigeants de l’UNEF dénoncent les attaques de la droite et du gouvernement

Dans une tribune publiée ce lundi sur Le Monde, plus de 250 anciens dirigeants de l’UNEF ont affirmé leur opposition aux appels à la dissolution de l’organisation et aux propos tenus par Blanquer.

Parmi eux : Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, l’historien Benjamin Stora, l’écrivaine Annie Ernaux, les députés La France insoumise Alexis Corbière, Clémentine Autain, Eric Coquerel ou encore Caroline De Haas. « Nous ne pouvons accepter que des députés proposent la dissolution de cette organisation. Nous ne pouvons encore moins admettre l’idée que l’UNEF soit renvoyée dos à dos avec un groupuscule d’extrême droite, condamné pour incitation à la haine raciale. Nous ne pouvons tolérer les propos d’un ministre qui banalisent le fascisme et participent ainsi à la confusion idéologique ambiante », ont affirmé ces anciens militants de l’UNEF passés au PS ou à la France Insoumise.

Cette réponse, nécessaire, défend l’organisation sur le plan démocratique. Mais, parmi les signataires, nombreux sont ceux qui s’opposent par ailleurs aux méthodes de l’UNEF, « pour certaines et certains avec des désaccords parfois profonds avec des pratiques et des orientations syndicales et idéologiques de l’UNEF » comme rappelé dans la tribune.

Appels à la dissolution de l’UNEF : une menace pour toutes les organisations de gauche

Or, au-delà de l’attaque anti-démocratique que constitue la menace de dissolution qui pèse sur l’UNEF, il s’agit de dénoncer les fondements politiques de cette offensive réactionnaire. En effet, derrière les appels à la dissolution de l’UNEF, ce sont tous les militants de gauche qui sont menacés.

Comme nous l’écrivions au moment de la dissolution de Génération Identitaire, les mesures de répression par l’État, même à l’encontre de groupes d’extrême-droite, ne sont jamais une bonne chose pour notre classe : « Non que ces organisations ne soient dangereuses mais parce que toutes les mesures de l’Etat se retourneront plus violemment encore contre notre propre camp, dès lors que nous relèverons la tête. L’Etat ne lutte pas en réalité contre les idées nauséabondes et racistes de Génération Identitaire mais seulement contre ses propensions à coloniser ses propres prérogatives. »

C’est exactement ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui. Reprenant à son compte de manière odieuse, en la vidant de son sens politique, la lutte contre le racisme, les secteurs les plus réactionnaires de la classe dirigeante ainsi que le gouvernement qui marchent sur leurs plate-bandes cherchent en réalité à entraver la capacité des étudiants de gauche à s’organiser. Dans la continuité de l’amendement avorté de la LPR qui visait à réprimer les militants sur leurs lieux d’études, il s’agit de criminaliser la construction de courants politiques de gauche dans la jeunesse, dans un moment où cette dernière traverse une profonde détresse sans précédent et pourrait bien trouver une issue politique à situation qui lui est imposée.

De ce point de vue, il est central non seulement de dénoncer l’offensive dont fait l’objet l’UNEF, mais aussi d’apporter une réponse politique depuis nos lieux d’études, en lien avec les enseignants également visés par cette offensive et avec les travailleurs de l’université, à l’instar du séminaire récemment organisé à l’université du Mirail en réponse à Vidal et ses attaques. Plus largement, il est urgent de construire un rapport de force depuis nos facs et en lien avec les secteurs du monde du travail qui relèvent la tête, à l’image des grévistes de l’Infrapôle ou encore des salariés de Chronodrive qui appellent à la grève ce samedi, pour construire une alliance à même de faire reculer le gouvernement et ses attaques.




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