^

Jeunesse

Village 6 auto-organisé

Distribution alimentaire autogérée à Bordeaux : organiser la solidarité pour lutter contre la précarité

Ce mardi 16 mars, le Comité de lutte contre la précarité étudiante du Village 6 organisait sa première distribution alimentaire : plus de 100 colis ont été distribués aux étudiants précaires des cités universitaires du CROUS où la précarité explose !

jeudi 18 mars

La résidence universitaire Village 6 est parmi les plus précaires et insalubres du Campus Centre de Bordeaux. Renommée et connue sous le nom « Cafard-Land », depuis quelques semaines ses habitants commencent à prendre en main son organisation tant sur le plan sanitaire qu’au niveau de la vie et l’animation du Village 6. La précarité matérielle se découle directement dans une détresse psychologique due à l’isolement et difficulté à suivre la continuité pédagogique contre laquelle les étudiants du Village 6 ont commencé à s’organiser dans un Comité de lutte contre la précarité étudiante.

En animant et faisant vivre le Village 6, le but du Comité est d’organiser la solidarité pour qu’aucun étudiant ne reste isolé dans la précarité qui est la même pour tous : il vise la visibilisation des conditions de (sur)vie des étudiants au niveau économique, social, et l’organisation des étudiants précaires pour les améliorer. D’autant plus que la précarité toujours grandissante du Village 6 c’est notamment la précarité des étudiants étrangers provenant de pays hors Union Européenne qui subissent jour à jour l’oppression du racisme structurel de l’Etat français, que ce soit par le refus de leur accorder un visa, de la recherche d’emploi ou de logement pour lesquels c’est toujours plus difficile… créant ainsi un cercle vicieux dont la sortie n’est pas facile car la pression du CROUS et de l’université s’y ajoutent.

Le Comité a pu se rendre visible lors de sa première action de solidarité alimentaire au sein de la résidence ce 16 mars, dans la continuité du rôle joué dans la dénonciation de la précarité étudiante avec notamment l’organisation d’une Assemblée générale ou sa participation à la journée contre la précarité étudiante, organisée le 9 mars sur le parvis de l’Université Bordeaux Montaigne.

D’un côté, cette première distribution a été une grande réussite : plus de 100 colis alimentaires distribués, une grande satisfaction pour les étudiants du Comité qui ont reçu des remerciements, faisant preuve d’un élan d’espoir pour beaucoup de résidents dans le besoin matériel urgent depuis des mois voire des années.

De l’autre côté, c’est aussi une réussite qui vise à se pérenniser afin d’avancer dans les liens de solidarité et lutte : le comité souhaite tenir les distributions en maintenant la distribution de 100 colis par semaine, y compris avec davantage de produits adaptés aux habitants de la résidence (notamment des produits sans porc et halal) ou encore la distribution de vêtements.

Toutefois, la tâche n’a pas été facile car en plus des aspects logistiques et organisationnels de la distribution, la direction du CROUS au Village 6 a tenté d’empêcher la libre expression des étudiants par l’interdiction au comité de communiquer le repas solidaire auprès des résidents en affichant au sein de la résidence.

Mail du directeur CROUS de la résidence à destination des étudiants du Village 6, reçu lundi 15 mars

Cette interdiction d’affichage est même dans le règlement intérieur de la résidence selon lequel « aucun affichage n’est autorisé en dehors des espaces dédiés » alors qu’il n’y a qu’un seul petit espace à l’entrée, très peu visible, et même pas réservé aux résidents étudiants puisque d’innombrables pubs envahissent le panneau. En réalité le CROUS empêche toute organisation des étudiants par eux-mêmes, ne serait-ce que pour organiser la distribution alimentaire « une autorisation du responsable de la résidence universitaire doit être sollicitée au moins huit jours à l’avance pour toute activité collective, de quelque nature que ce soit, organisée par les résidents ou par une association ». La distribution alimentaire de mardi était donc considérée comme illégale aux yeux du CROUS, ce qui lui donne tous les droits d’entraver son organisation ou son affichage.

Article 14 du réglement intérieur des résidences universitaires du CROUS

Cela révèle plus que jamais le fonctionnement anti-démocratique des instances universitaires ainsi que du CROUS qui ne laisse en réalité aucun espace d’expression aux étudiants, encore plus lorsqu’ils s’auto-organisent pour trouver des perspectives collectives de lutte contre la précarité. Plutôt que de donner les moyens aux étudiants de s’organiser, le CROUS cherche systématiquement à coopter les actions et initiatives indépendantes. Ce dernier a donc tenté de trouver un terrain d’entente en accordant au Comité le droit d’afficher avec son accord 48h à l’avance : mais cela reste ridicule, l’interdiction d’affichage dans le règlement intérieur doit immédiatement être abolie pour que les étudiants aient véritablement le droit de contrôle et d’organisation de leur propre lieu de vie !

D’autant plus, cette proposition et tentative de cooptation des étudiants par le CROUS est hypocrite lorsque cela fait des années, et encore plus pendant la crise sanitaire, que le CROUS laisse vivre les étudiants dans des conditions de vie précaires entre les cafards, les punaises de lit, l’insécurité alimentaire et la solitude. Ici, c’est seulement parce que les étudiants commencent à relever la tête face à leur précarité en s’organisant et en médiatisant leurs conditions de vie, que le CROUS réagit de manière opportuniste afin de contenir et de garder la main sur la colère qui s’exprime afin qu’elle ne touche pas leur image publique. Pour autant il reste que c’est directement l’inaction de l’Etat et donc du CROUS qui maintient les étudiants dans la précarité.

De la même manière que les étudiants devraient avoir un contrôle démocratique sur leur lieu de vie et d’études, les étudiants du Village 6 ont impulsé l’Assemblée Générale et le Comité comme cadres d’auto-organisation indépendants : nous n’avons rien à attendre des institutions du CROUS pour combattre la précarité étudiante car elles gèrent la misère appliquée par les politiques d’austérité du gouvernement ! Pour mettre fin à la précarité étudiante, il faudra directement s’affronter aux responsables des politiques qui nous précarisent, s’affronter au gouvernement et au CROUS par l’organisation des étudiants eux-mêmes qui prennent leur lutte en main !




Mots-clés

Université de Bordeaux   /    Onzième Thèse   /    Bordeaux   /    Précarité   /    Jeunesse