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Politique

Escalade répressive

Durant l’acte IX, la police a tiré au fusil à pompe des munitions "non létales"

Durant l’acte IX des Gilets jaunes, le samedi 12 janvier à Montpellier, la brigade de recherche et d’intervention (BRI), unité spécialisée de la police anti-terroriste, a tiré au fusil à pompe sur des munitions en plastiques dite « bean bags ». Confirmé par Médiapart, l’information a été sortie par le journal Montpelliérain Le Poing.

vendredi 25 janvier

Comme l’affirme Médiapart, « c’est une étape de plus dans l’escalade de la répression policière face aux gilets jaunes ». Après sorti les fusils d’assaut automatique HK G36, équipant les CRS pour la première fois pendant l’acte IX sur ordre de Castaner, les forces de police ont fait un opéré un saut dans la répression ce samedi en tirant au fusil à Pompe des munitions en plastique sur les manifestants. Le journal Montpellierain Le Poing questionnait la préfecture : "Des policiers « d’élite » se sont-ils servis d’un fusil à pompe contre des manifestants le samedi 12 janvier à Montpellier lors de l’acte IX des gilets jaunes ?"

Pour enlever tout doute sur la véracité des faits, c’est la police nationale elle-même qui confirme les faits. Contacté par Médipart, le Sicop (Service d’information et de communication de la police nationale) a confirmé l’information. Ainsi deux fusils à pompe de marque américaine Kel-Tec ont bien été engagés sur la manifestation des gilets jaunes le 12 janvier par la BRI de Montpellier.

Plus encore, une vingtaine de tirs ont eu lieu « a priori lors de violences contre les policiers de la Bac et de la BRI » a expliqué la police nationale. Il n’y aurait eu aucune interpellation selon le Sicop. On ne sait pas si des personnes ont été blessées, explique Médiapart.

Une nouvelle escalade répressive : Des fusil à pompes utilisés contre des manifestants

Comme l’affirme Mediapart, « il s’agit d’une première depuis le début du mouvement des gilets jaunes, marquant une escalade inquiétante dans sa répression par les forces de l’ordre. Cette arme et ces munitions, dont seules les unités spéciales de la police (comme le Raid et les BRI) sont équipées, sont habituellement réservées à des interventions contre le grand banditisme ou des opérations antiterroristes. « C’est a priori une arme et une munition plutôt utilisées pour maîtriser un individu très violent sur une scène d’une grande violence », explique le Sicop. »

Suite à l’utilisation de cette arme, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a finalement demandé le 18 janvier aux forces de police un retrait de cette arme sur les mouvements de gilets jaunes. La justification est des plus loquace. Le problème ce ne serait pas les blessés que pourraient engendrer cette arme mais le fait qu’il puisse y avoir « confusion [avec une arme à balles réelles – ndlr], car c’est une arme impressionnante ». Il semble donc que ce n’est pas tant l’utilisation de fusil à pompe par des brigades anti-terroristes qui pose problème mais le fait qu’elle sont « impressionnantes ».

Une arme « moins que létale » potentiellement plus « pénétrantes » que les balles de LBD

C’est dans le centre-ville de Montpellier, au milieu de policiers en civil de la BAC, qu’un agent cagoulé, casqué et muni d’un treillis militaire, portait un fusil à pompe, sans brassard de police. C’est dans la rue de l’Aiguillerie que cet homme était en possession d’une arme ressemblant à un fusil à pompe Kel-Tec KSG. Une cartouche verte de calibre 12 de marque Fiocchi a été retrouvée par un manifestant ce jour-là. La BRI a tiré une vingtaine de balle dite « moins que létale » selon un armurier.

De calibre 12, plus petit que les balles de LBD 40, ces munitions sont donc « potentiellement plus pénétrantes », selon Mediapart. Pour le Sicop, « c’est plus petit que les balles des LBD 40 [de diamètre 4 cm – ndlr], donc l’impact est traumatisant, mais c’est un filet granuleux donc c’est moins dur ». Selon le site de l’armurier italien Fiocchi, ces cartouches vertes « peuvent contenir trois types de projectiles, en gomme ou en plastique, dont des « granulés de plastique ».

Les mêmes armes utilisées pour réprimer les quartiers populaires dans les années 90 ?

Comme l’affirme Mediapart, « certaines unités de sécurité publique de la police nationale, comme les Bac, utilisaient dans les années 1990 des fusils à pompe avec des balles en caoutchouc de calibre 12, dites gomme-cogne, dans les quartiers populaires. Mais ces armes ont depuis été remplacées par les flashball. » Médipart continue : Laurent Bonelli, sociologue, rapportait ainsi les propos d’un commissaire de police qui décrivait son travail dans les cités : « [Les gardiens de la paix] utilisent des fusils à pompe. Les balles sont certes en caoutchouc, mais pour le policier, le principal geste est fait : braquer quelqu’un avec un fusil à pompe ».

Toujours selon Mediapart, le premier ministre avait demandé début janvier au ministre de l’intérieur Christophe Castaner de procéder à une « actualisation du schéma national d’ordre public ». Serait-ce pour envisager l’usage de ces fusils à pompe en maintien de l’ordre ? Comme l’affirmait le commissaire : « Avant, ces armes collectives ne sortaient pas des armureries, ou alors, pour des missions très ponctuelles et encadrées. […] Cela vient des consignes de tenir le terrain à tout prix, même en sous-effectif. » Le terrain occupé par les Gilets jaunes est-il donc à récupérer quelqu’en soit le prix ? Non, manifestement, les milliers de blessés et de mutilés n’ont pas suffi pour le gouvernement.




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