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Politique

"De Rousseau à Doriot" ?

En roue libre ! Quand BHL assimile les Gilets jaunes à un collabo nazi

Réagissant au micro d'Europe 1 à l'altercation entre des Gilets Jaunes et Alain Finkielkraut, Bernard Henri-Levy s'est empressé de synthétiser la trajectoire des Gilets jaunes : « On commence avec Rousseau et on finit avec Doriot ». Autrement dit, pour BHL, les Gilets jaunes seraient assimilables à des fascistes collabos.

lundi 18 février

Pour BHL, jamais à court de formule pour pointer aux intellectuels au service de la bourgeoisie, le mouvement des Gilets jaunes a « commenc[é] avec Rousseau et [se] finit avec Doriot ». Rousseau, le penseur du Contrat Social et des hommes devenus citoyens, pour le Référendum d’initiative citoyenne. A vrai dire, pourquoi pas.

Et pour Doriot - le fondateur du Parti Populaire Français, collabo de premier plan sous le régime de Vichy qui a combattu dans la Waffen-SS ? C’est pour « l’antisémitisme » qui, d’après BHL se trouve « au cœur » du mouvement des Gilets jaunes. Comparant la séquence politique actuelle avec la fin du 19ème siècle, défiance contre la représentation nationale et contre les médias, elle ne peut selon lui mener le mouvement des Gilets jaunes – comme à l’époque avec l’affaire Dreyfus - qu’à l’antisémitisme. Le point Godwin aura donc été rapidement atteint pour BHL.

De fait, depuis quelques jours, une offensive politico-médiatique est en cours, amalgamant le constat d’une montée des actes antisémites en France avec l’altercation verbale entre Alain Finkielkraut et des Gilets jaunes ce week-end, pour mieux pointer un prétendu antisémitisme ayant gangréné le mouvement. Dans ce type d’offensive, qui culmine avec la manifestation du 19 février en forme de « front républicain », BHL est évidemment comme un poisson dans l’eau.

Pourtant, lorsqu’on consulte les revendications des Gilets jaunes : contre la vie chère, contre les taxes, contre ces députés et ces sénateurs qui gagnent des fortunes, pour que plus personne ne dorme dehors, pour le retour de l’ISF... on se rend bien compte que ce n’est pas l’antisémitisme, pas plus que le racisme, qui structure les revendications des Gilets jaunes.

Évidemment, un tel constat ne conduit pas à nier la présence ponctuelle de militants ou d’actes antisémites à l’intérieur des Gilets jaunes. Mais BHL, qui voit l’antisémitisme « au cœur » et non pas « à la marge » du mouvement – ce qui ne le rend pas plus tolérable - pourrait pour une fois faire preuve d’honnêteté intellectuelle et admettre pourquoi les Gilets jaunes le dérangent tellement. Parce qu’après des années de silence à encaisser l’austérité, les humiliations, l’invisibilisation politique et sociale, à voir les profits des uns grimper de manière vertigineuse tandis que de l’autre côté les services publics fermaient un à un, à voir le chômage augmenter et la précarité se répandre, ceux qui sont devenus les Gilets jaunes ont décidé de relever la tête.

Les Gilets Jaunes ont commencé avec Rousseau, peut-être. Mais le danger réel aujourd’hui, pour lui et la bourgeoisie qu’il représente, c’est qu’ils terminent avec Marx et Lénine !

Crédit photo : CHARLES PLATIAU - REUTERS.




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