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Jeunesse

Enquête alarmante à l’Université Paris 8 : 61% des étudiants se disent en situation de détresse psychologique

Il y a trois semaines, nous lancions, depuis notre collectif étudiant Le Poing Levé Paris 8, une grande enquête sur la situation des étudiant.e.s de Paris 8. Les résultats alarmants nous permettent d’exposer les conséquences néfastes qu’a eu la gestion de la crise sanitaire et économique sur la condition étudiante, la dégradation de la santé mentale et l'accentuation des inégalités sociales préexistantes. Les conséquences ont été encore plus néfastes pour les étudiant.e.s étranger.e.s, en première ligne face à la crise sanitaire.

mercredi 3 février

Le collectif étudiant Le Poing Levé Paris 8, animé par les militant.e.s du NPA-Révolution Permanente, a réalisé une enquête sur les conséquences de la crise sur les conditions de vie des étudiant.e.s de l’Université Paris 8. Celle-ci, auto-administrée via un formulaire sur internet qui a été diffusé très largement sur tous les canaux de diffusions disponibles (réseaux sociaux, listes mails de promotions auxquelles nous avions accès, etc) a recueilli 315 réponses du 11 janvier au 19 janvier 2019, soit plus d’un étudiant sur 75. Malheureusement, les organisations étudiantes n’ayant pas accès aux listes de diffusion générales de l’université, elle n’a pu être communiquée par mail qu’à une petite partie des étudiant.e.s de l’université. Malgré une marge d’erreur due aux limites dans sa diffusion imposée par la présidence de l’université, les résultats nous semblent significatifs et soulignent une situation dramatique qu’ont aussi mis en lumière une série d’enquêtes nationales, comme celle réalisée par l’Observatoire de la Vie Étudiante en septembre 2020.

Pertes d’emplois, précarité et installation d’une misère étudiante

Depuis le début de la pandémie, des milliers d’étudiant.e.s se sont retrouvé.e.s plongé.e.s dans de graves situations de misère. L’enquête de l’Observatoire de la Vie Étudiante réalisée en septembre met en lumière que 21% des étudiant.e.s français.e.s et 44% des étudiant.e.s étranger.e.s “estiment que leur alimentation a été moins ou beaucoup moins satisfaisante pendant le confinement”. Pour ce qui est de l’Université Paris 8, l’enquête révèle que 23,51 % des étudiant.e.s affirment ne pas avoir toujours pu manger à leur faim durant le mois précédant, et 12,80% disent avoir eu recours à des aides alimentaires d’urgence. En cause notamment, l’arrêt brutal des jobs étudiants et l’absence ou l’insuffisance des aides, les étudiant.e.s n’ayant ni droit au chômage, ni au RSA, ni au chômage partiel si ils n’avaient pas de CDI, ni aux bourses pour la plupart d’entre eux et notamment les étudiant.e.s étranger.e.s.

À l’Université Paris 8, l’enquête du Poing Levé révèle que parmi les étudiant.e.s qui travaillaient avant la crise sanitaire, 34,11% d’entre elleux ont perdu leur travail depuis le début de celle-ci, soit plus d’un tiers des étudiant.e.s de Paris 8. Dans notre université, où environ un.e étudiant.e.s sur 5 est étranger.e.s, ces derniers ont été 52,46% à avoir perdu un emploi depuis le début de la crise, contre 28,92% des étudiant.e.s de nationalité française. Par ailleurs, parmi ces étudiant.e.s qui travaillaient avant le début de la crise, 23% des étudiant.e.s étranger.e.s déclarent avoir perdu plusieurs fois leurs emplois contre 6% pour les étudiant.e.s nationaux.

Cet écart peut sans doute s’expliquer par la quantité d’étudiant.e.s étranger.e.s qui sont contraints de travailler sans contrat, et pouvant donc être mis à la porte du jour au lendemain. En effet, nous avons demandé aux étudiant.e.s s’ils travaillaient avant la crise sanitaire en leur demandant de préciser s’ils avaient ou non un contrat de travail. 43% des étudiant.e.s étranger.e.s qui travaillaient avant la crise sanitaire n’avaient pas de contrat de travail contre 26% pour les étudiant.e.s nationaux, les premier.e.s étant utilisés comme main d’oeuvre précaire par les employeurs, notamment du fait de la difficulté d’obtenir des autorisations de travail. Plus grave encore, 40,51% des étudiant.e.s ayant répondu à l’enquête affirment être en situation de recherche d’emploi sans parvenir à en trouver.

Continuité pédagogique, isolement et détresse psychologique

Ces situations, les cours à distance et la fameuse “fracture numérique” ont des conséquences importantes sur l’abandon des études. À l’Université Paris 8, 42,72% d’étudiant.e.s estiment ne pas suivre les cours dans de bonnes conditions matérielles, soit près d’un.e étudiant.e sur deux. Ainsi, sur la totalité des étudiant.e.s interrogé.e.s, 64,10% n’arrivent plus à suivre les cours en distanciel. Les étudiant.e.s se retrouvent devant un doute total face à la validation de leur année : 30,91% ont abandonné l’idée même de valider leur année.

Cette situation de décrochage est donc due au fait de grave difficultés matérielles, mais aussi à l’aggravation de la santé mentale des étudiant.e.s. Si nationalement, l’enquête de l’OVE révèle que 50% des étudiant.e.s interrogé.e.s ont déclaré “avoir souffert de solitude ou d’isolement pendant le confinement”, à Paris 8 ce sont 69% des étudiant.e.s qui affirment se sentir isolé.e.s, et 61,66% se disent en situation de détresse psychologique. En conséquence, les étudiant.e.s sont 75,38% à “ressentir le besoin de retourner à l’université”.

La peur d’un avenir incertain

Sur la confiance qu’ont les étudiant.e.s sur leur avenir, les chiffres sont consternants. Pour plus de 80% des étudiant.e.s interrogé.e.s, la crise aura forcément des impacts négatifs sur leur avenir. Parmi les étudiant.e.s qui ont eu à chercher des stages, 86,76% n’ont pas réussi à en trouver et 58,58% ont dû revoir leurs exigences du fait de la crise.

Une situation dramatique qui appelle à la révolte

Si les chiffres nationaux issus des différentes enquêtes, notamment celle de l’OVE, ont révélé une aggravation importante des conditions de vie étudiante pendant la crise, la situation à l’université Paris 8 est particulièrement préoccupante, notamment du fait du nombre important d’étudiant.e.s étranger.e.s qui sont les plus exposé.e.s à la précarité salariales, qui n’ont pas droit aux bourses et qui sont isolé.e.s de leurs familles.

Sur la totalité des étudiant.e.s de Paris 8 intéressés, 80,66% jugent l’action du gouvernement vis à vis des étudiant.e.s et la crise économique mauvaise ou très mauvaise, et 78,27% jugent son action vis à vis des étudiant.e.s et la crise sanitaire mauvaise ou très mauvaise.

En effet, la situation n’est pas tant due au virus qu’à la gestion criminelle par un gouvernement qui n’a apporté que des aides financières ridicules aux étudiant.e.s, et a fermé les universités de manière unilatérale sans en augmenter les budgets de manière à pouvoir y accueillir les étudiante.s dans de bonnes conditions sanitaires. Dans ce contexte, et alors que plusieurs milliers d’étudiant.e.s sont descendus dans les rues pour exiger des moyens pour la réouverture des universités les 20 et 26 janvier, Le Poing Levé revendique un programme d’urgence en 4 points pour répondre à la situation dramatique que nous vivons :

1 / Réouverture des universités d’urgence avec des moyens supplémentaires.

La fermeture des universités depuis plusieurs mois doit cesser. L’isolement pérenne des étudiant.e.s, l’absence de rapports sociaux hormis sur Zoom plonge dans la détresse la majorité d’entre nous. Mais ce qu’a révélé le Covid, c’est que le manque de moyens dans les universités est un problème structurel qui indexe la réouverture des universités à l’embauche massive de personnels, à la réquisition de nouvelles infrastructures, et à la mise en place d’un dispositif sanitaire conséquent à commencer par des masques gratuits et des centres de dépistage dans chaque établissement. Nous devons élaborer collectivement des protocoles sanitaires conséquents avec personnels, enseignant.e.s et étudiant.e.s, à l’image de ce qu’ont fait les enseignant.e.s de nombreux établissements du secondaire en Ile-De-France à la Toussaint.

2 / Un revenu étudiant à la hauteur du SMIC pour combattre la précarité et la misère étudiante.

Avec la crise et les pertes d’emplois et de revenus se développent la misère étudiante et la faim, dans des logements exigus et souvent insalubres. Or, les étudiant.e.s, n’ont droit ni aux allocations chômage, ni au chômage partiel car la plupart du temps ils ont des contrats précaires qui prennent fin dès que les activités s’arrêtent ou ralentissent, ni au RSA. Face à la situation il nous faut un revenu pour tous.tes les étudiant.e.s à la hauteur du SMIC en urgence, et l’augmentation des aides sociales pour les plus précaires. Et qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses, quand le gouvernement ne cesse d’arroser de milliard d’euros des grandes entreprises qui continuent de licencier.

3/ Il faut répondre aux besoins vitaux de soins psychiatriques pour les étudiant.e.s en détresse

Le sous-effectif structurel de personnel médical qualifié dans les universités est criminel, et plonge dans le désarroi une très grande majorité d’étudiant.e.s dont certain.e.s vont jusqu’à attenter à leur jour à défaut de suivi psychologique. Il faut dans l’urgence augmenter drastiquement le nombre de psy sur les campus tout en imposant la gratuité des soins psychiatriques.

4/ Aucun.e étudiant.e ne doit être sélectionné.e du fait de la crise !

La détresse que nous vivons particulièrement en période d’examens est le signe que le problème se situe aussi au niveau de la sélection et de la pression scolaire. Récemment, c’est une nouvelle étudiante qui a mis fin à ses jours après les résultats du concours de médecine. Pour stopper l’hémorragie d’une jeunesse étudiante en plein burn out, il faut mettre un terme à la sélection en imposant la validation automatique de l’année pour tous.tes les étudiant.e.s.

Ce programme d’urgence est une nécessité face à la situation, à l’Université Paris 8, au Poing Levé nous portons ces revendications au sein des mobilisations de jeunesse, et c’est pourquoi nous invitons l’ensemble des étudiants à participer aux prochaines manifestations, notamment celle du 4 février ! Nous les porterons aussi aux élections des conseils centraux qui se dérouleront en ligne les 9, 10 et 11 février. Pour les faire entendre, et parce que nous avons besoin d’élus qui font la transparence sur les décisions (ou l’absence de décisions) prises dans les conseils d’universités, et qui s’y battent pour y faire entendre les revendications étudiantes contre la précarité et la sélection sociale à l’université, nous invitons l’ensemble des étudiants de l’université à voter et à faire voter Le Poing Levé à ces élections !




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