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14 tombés à l’eau et Steve disparu

Fête de la musique à Nantes : la charge de la police intervient après une chanson antifasciste

Alors que Steve est toujours porté disparu, 5 jours après une charge policière d’une très grande violence lancée sur les quais de Loire dans la nuit de la Fête de la musique du 21 juin à Nantes, les motivations idéologiques et politiques de la police sont de plus en plus pointées du doigt. Pour cause, cette charge est intervenue après qu’une chanson antifasciste ait été lancée.

mercredi 26 juin

Crédits Photo : Ouest France/Franck Dubray

Avec la disparition de Steve, vu sur le Quai Wilson à Nantes peu avant la charge de la police sous les coups de 4 heures du matin, les témoignages affluent. Alors que les policiers lâchent chiens et matraques et que les gaz lacrymogènes enlèvent toute visibilité, ce sont prêts de 14 personnes qui sont tombées à l’eau et qui ont été recensées les jours suivants. « Il y en a un qui criait que quelqu’un se noyait » rapporte Jérémie Bécue, tombé à l’eau cette nuit là à Presse Océan.

Dans un premier temps, les versions policières abondent pour dédouaner l’intervention. « Côté police, on assure avoir été pris à partie par des fêtards alcoolisés et drogués » explique le Parisien. Les médias se relayent pour justifier les violences policières et stigmatiser les « fêtards ».

Dans son témoignage pour Presse Océan, Jérémie précise ce qui aurait motivé cette cette violente charge policière. Après avoir coupé une première fois, l’un des murs, le Bunker « a remis une dernière musique. Pas du tout de la techno comme avant, mais une chanson antifa que tout le monde connaît. Tout le monde a chanté ». Vraisemblablement le tube des Berurier noir, « la jeunesse emmerde le front national ». C’est à ce moment là que la charge est donnée sans sommation. « La police est revenue, et sans prévenir, a commencé à jeter des gaz lacrymogènes ».
Selon le site Nantes révoltée, d’autres témoins auraient entendu prononcer « sale gaucho » durant la charge de la police.

Le syndicat FO Police (Unité-SGP-FO) s’est désolidarisé de cette attaque policière, mais en gardant le soin de placer la focale et la responsabilité à un niveau purement individuel, expliquant ces violences policières par le manque de « discernement » du commissaire. Dans le Parisien le syndicat a en effet mis en cause « la vision de la sécurité de ce commissaire » en charge du commandement ce soir là, qui aurait commis une « faute grave de discernement » a rapporté .

Trois jours après les faits, face au scandale de la disparition de Steve sans laquelle l’opération policière aurait été passée sous silence, la police des polices, l’IGPN, a été saisie par Christophe Castaner. Pas de doute que la réaction du ministre de l’Intérieur et la prise de distance des syndicats de police sont l’effet du scandale.
Comme cela s’est vu lors des mobilisations des Gilets Jaunes, pendant la Loi Travail, et depuis plusieurs décennies, dans les quartiers populaires, les violences policières sont couvertes et encouragées. Elles n’ont aucune valeur d’exception mais font partie intégrante du système policier. Habituées à ce traitement, les forces de police nantaises n’ont fait qu’appliquer l’escalade répressive dans un contexte d’une Fête de la Musique où se rassemble la jeunesse nantaise, très impliquée ces dernières années dans les luttes sociales, qu’elles soient à Notre-Dame-des-Landes, la Loi Travail, le mouvement des Gilets Jaunes.

Il est possible que la préfecture de Nantes et le ministère de l’Intérieur cherche à dédouaner l’institution policière de la disparition de Steve en incriminant l’influence de l’extrême-droite au sein de ce bataillon de police, en réduisant la responsabilité à celle du seul commissaire en charge des opérations. Le dossier est documenté : au sein des forces de police, l’influence de l’extrême-droite est de plus en plus forte tant du point de vue des bases militantes que des votants. Mais cette radicalisation de la police est surtout consubstantielle à l’escalade répressive instaurée par la Macronie depuis 2017. Mettre le curseur uniquement sur le rôle du commissaire reviendrait à masquer le fait que cette répression féroce de la fête de la Musique à Nantes, qui plus est dans le contexte que l’on vient de décrire – suite à une chanson antifasciste – s’insère profondément dans le tournant autoritaire et répressif à l’égard des mouvements sociaux pour lequel a opté le gouvernement.

Sans la disparition de Steve, qui choque l’opinion publique et met la lumière sur les violences policières pourtant systématiques, l’affaire de Nantes n’aurait très certainement engendré aucune réaction… 




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