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Lynchage policier

Hedi, mutilé par la police : des vidéos révèlent les mensonges de la BAC

Les policiers cherchaient à criminaliser Hedi, 22 ans, amputé d’une partie de son crâne après avoir été lynché par la BAC en juillet à Marseille. Tir rapproché de LBD dans le dos, coups de pied et de poing, insultes… les images de vidéosurveillance rendues publiques par Mediapart démontent les mensonges policiers.

Raji Samuthiram

3 octobre 2023

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Hedi, mutilé par la police : des vidéos révèlent les mensonges de la BAC

Dans la nuit du 1er au 2 juillet, au moment des révoltes qui ont eu lieu après l’exécution de Nahel, alors qu’il se promenait dans les rues de Marseille, Hedi, 22 ans, est victime d’un tir de LBD dans la tempe puis d’un violent lynchage par des policiers de la BAC. Lourdement blessé, il doit subir une opération qui le prive d’une partie de son crâne. La vidéo de son témoignage auprès du media Konbini, vue des millions de fois, est devenue le symbole de la brutalité de la répression policière à la suite du meurtre de Nahel.

Cette semaine, Médiapart publie les images de caméras de vidéosurveillance de ce lynchage. Jusqu’ici gardées confidentielles, ce sont ces images qui ont servies de preuve dans la mise en examen pour « violences volontaires aggravées » de quatre des cinq policiers de l’unité en juillet.

Dans les vidéos, on voit une unité de cinq policiers de la BAC équipés de LBD et de gants coqués marcher dans les rues du centre-ville de Marseille. On y voit également Hedi et un de ses amis tomber nez à nez avec les agents de la BAC alors qu’ils se promènent. Pris de panique et de peur, les deux jeunes s’enfuient. C’est à ce moment qu’un policier tire dans le dos de Hedi avec son LBD. Touché à la tête, il s’effondre. La violence de l’impact l’envoie rouler sur le sol. Un des policiers le traine ensuite à l’angle de la rue. La commandante et l’auteur du tir le rejoignent. Alors qu’Hedi est encore sous le choc du tir, trois des policiers le rouent de coups de pieds et de coups de poing. Des images d’une violence inouïe, qui montrent les policiers lyncher un jeune homme racisé en présence de leur commandante, avant de le relâcher en l’insultant.

Ces vidéos font s’écrouler les versions policières qui accompagnent toutes leurs violences : alors que la commandante de l’unité assure n’avoir rien vu, rien entendu selon Mediapart, les vidéos prouvent sa présence lors du lynchage. Quatre autres policiers sont clairement identifiables quand deux d’entre eux niaient tout simplement leur participation au lynchage, et le troisième la minimisait. Quant à la version de l’auteur du tir de LBD, elle est également mise à mal : ce dernier cherchait en effet à criminaliser la victime du tir en invoquant la légitime défense, mais c’est bien un tir dans le dos à très faible distance qui apparait sur les enregistrements. Le policier avait par ailleurs déclaré avoir tiré à une distance de «  10-15 mètres, peut-être 15-20 mètres » alors que les calculs de Médiapart montrent que le policier se situait à une distance de 5 à 8,15 mètres …

Les policiers impliqués dans ce lynchage protestaient contre leur mise en examen et pour certains leur mise en détention, avec une fronde qui s’est étendue dans tout le pays et à tous les corps de police, menée par les syndicats policiers. Cette fronde à coups d’arrêts maladies fictifs a pu compter sur le soutien de la hiérarchie. Le Directeur Général de la Police Nationale (DGPN), Frédéric Veaux, avait notamment affirmé à propos du premier policier détenu : « [Le savoir en prison m’empêche de dormir ». Gérald Darmanin, avait ensuite apporté son soutien total à Veaux, ainsi qu’aux forces de répression « insult[ées], vilipend[ées] », à tort, selon lui. Ces vidéos rappellent, une fois de plus, l’objet réel de cette fronde : obtenir légalement un permis de tuer et de lyncher dont la police bénéficie déjà dans la pratique.

Le policier auteur du tir a été libéré le 1er septembre, et, comme le rapporte Mediapart, « les policiers viennent de récolter près de 6 000 euros à la suite d’une tombola et d’un concours de pétanque organisés en soutien par le syndicat Alliance, le 29 septembre à Plan-de-Cuques, près de Marseille. Le 25 septembre, Hedi, lui, a subi une nouvelle opération. »

Dans le même temps, des centaines de jeunes dorment toujours en prison, condamnés suite au soulèvement des quartiers populaires en réponse à l’assassinat de Nahel. En tout, près de 1 800 personnes ont écopé de prison ferme. Obtenir vérité et justice pour Nahel, Hedi, Mohamed, et toutes les autres victimes de violences policières, devra passer par la construction d’une véritable réponse du mouvement ouvrier, en indépendance de l’État qui réprime toute contestation sociale et renforce une police structurellement raciste qui mutile et qui tue.


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