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Jeunesse

#JusticePourThéo Interview d’une lycéenne mobilisée

« La répression individuelle, c’est aussi une technique pour que ces jeunes ne reviennent pas en manifestation »

lundi 27 février 2017

Peux-tu te présenteret expliquer pourquoi tu t’es mobilisée jeudi 22 février ?

Je suis en 1ère ES au lycée Sophie Germain, j’ai bloqué mon lycée jeudi 23 février et j’ai participé à la manifestation qui a suivi le blocus, pour demander justice pour Théo et protester contre les violences policières. Je pense que ce n’est pas un cas isolé, que ça arrive tout le temps dans les quartiers populaires mais que ces affaires sont étouffées, la justice ne fait rien. La police s’est toujours permise d’être violente et elle sait que rien ne va lui arriver, depuis Malik Oussekine en 1986 ça n’a pas beaucoup changé. On ne peut même pas qualifier le cas de Théo de bavure, les violences dans les quartiers populaires c’est quotidien. C’est pour ça que je pense que c’est important de protester, c’est pas juste « un flic fou » qui a dérapé comme on voudrait nous faire croire, c’est vraiment le résultat de tout un système, c’est une violence structurelle, une violence d’État.

Peux-tu raconter comment s’est déroulée la journée de manifestation pour les lycéens ?

Après le blocus, les lycéens du Marais se sont d’abord retrouvés pour faire un sit-in rue de Rivoli, les passants sont venus nous soutenir, nous filmer, ce qui nous a permis d’arriver massivement à la manifestation après. Quand on est arrivés à Nation, il y avait vraiment énormément de lycéens, la place était pleine. On a essayé de s’engager à plusieurs reprises pour lancer une manifestation mais les lacrimos ont commencé à voler, petit à petit les flics ont rapidement fait une énorme nasse tout autour de la place de la Nation. La manifestation s’est engagée dans une rue, et la police a chargé par-derrière, tout allait très vite, ils ont nassé à nouveau, créant des mouvements de foule. J’ai réussi à sortir in extremis et je me suis un peu éloignée lorsque j’ai vu des jeunes qui se faisait arrêter en marge, et intimider individuellement. Trois policiers étaient sur un jeune qu’ils venaient de plaquer violemment au mur et le fouillaient, tandis qu’un autre policier filmait la scène.

Toi qui as fait la mobilisation contre la loi Travail au printemps dernier, qu’est-ce que tu as pensé de cette manifestation ?

Beaucoup de jeunes présents à Nation étaient issus de quartiers populaires de Paris, beaucoup plus que l’année dernière, c’est des lycéens qui sont touchés par les contrôles des flics au faciès, et qui subissent une violence quotidienne de la part de la police. Beaucoup de colère s’exprimait. La répression individuelle c’est aussi une technique pour que ces jeunes ne reviennent pas en manifestation. J’ai entendu beaucoup de témoignages de répression très violents et des intimidations de la part de la police, qui auraient eu lieu après la manifestation. Ils veulent dégoûter les jeunes et leur faire peur de revenir manifester.

Maintenant, dès qu’il y a une manifestation de lycéens, ça tourne vite à la nasse géante. Je pense que c’est aussi suite au mouvement de l’année dernière, qui a vraiment duré. Avec le contexte des élections présidentielles, ils ne peuvent pas se permettre un nouveau mouvement, ils veulent le briser au plus vite.

Cette répression du mouvement social, tu l’as aussi vue au sein de ton lycée ?

Oui, Sophie Germain était l’année dernière un des lycéens parisiens les plus mobilisés, on avait mis en place un comité d’action au sein du lycée, on avait instauré des cadres d’auto-organisation, et bloqué à de nombreuses reprises. Mais ça dérange, car c’est censé être un lycée d’élite. En début de semaine, une AG a été demandée à l’administration. D’après les délégués, la direction aurait refusé à cause du thème de l’AG, soit les violences policières, alors qu’une AG sur le « respect mutuel » aurait été acceptée. Ça n’a vraiment aucun sens. En fait ce sont des prétextes, car l’AG c’est surtout un moyen d’informer, de créer un cadre d’auto-organisation dans un lycée, et donc de donner aux lycéens l’occasion de décider collectivement de l’orientation du mouvement. Mais les lycées d’élite veulent à tout prix éviter d’instaurer une tradition militante, tout comme le lycée Hélène Boucher qui a appelé la BAC pour éviter que ses élèves bloquent jeudi matin. On nous répète en cours qu’il faut avoir un esprit critique, mais dès qu’on veut s’exprimer on est réprimés.




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