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Grève de la dignité

Londres. Une grève de la sous-traitance va faire fermer le Ministère de la Justice

Une nouvelle grève des travailleurs sous-traités se prépare au Ministère de la Justice à Londres. Agents de sécurité, réceptionnistes et agents d’entretien, dont la quasi-totalité sont d’origine immigrée, se mobilisent et réclament une augmentation de leur salaire ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de travail.

mercredi 16 janvier

Crédit : Andy Rain

Une grève des travailleurs sous-traités au sein d’une institution publique d’une telle ampleur est inédite. Une victoire des grévistes pourrait créer un précédent et transformer de façon durable la vie de nombreux travailleurs précaires dans la capitale britannique. À Londres du 21 au 23 Janvier, le Ministère de la Justice devrait être forcé à fermer ses portes le temps d’une grève des agents de sécurité, agents d’entretien et réceptionnistes organisée par le syndicat United Voices of the World (UVW).

Les travailleurs employés par des sociétés de sous-traitance au Ministère de la Justice touchent seulement 9 livres par heure. Par rapport aux salariés internalisés, ils ont une semaine de congés en moins. S’ils tombent malades, ils ne bénéficient pas d’indemnités pour les 3 premiers jours d’absence, et ne perçoivent par la suite que 18,41 livres par jour. Les grévistes réclament un salaire de 10,55 livres par heure. Ce montant correspond au ‘London Living Wage’, qui, près de 35% plus élevé que le salaire minimum national, indique le salaire nécessaire à un travailleur pour que celui-ci puisse vivre convenablement dans une des villes les plus chères au monde. Ils réclament également la parité avec les fonctionnaires employés directement par le Ministère de la Justice en ce qui concerne les indemnités maladie et les congés payés.

Parmi les agents de sécurité, beaucoup travaillent entre 60 et 72 heures par semaine. Malgré l’ancienneté, les travailleurs sont privés de tout espoir de progresser, de bénéficier d’une augmentation de leur salaire et d’améliorer leurs conditions de vie.

« Parmi nous, certains travaillent ici depuis 10 ans, tout ce qu’on demande c’est un salaire qui nous permettrait de joindre les deux bouts et vivre avec un peu plus de dignité. Est-ce que c’est trop demander au Ministère de la soit-disant Justice ? » confie un agent de sécurité préparé à se lancer dans la grève. « C’est évident que tout le monde devrait avoir droit aux indemnités maladie. Quand je tombe malade je ne suis pas payé, mais je ne peux pas me permettre de ne pas travailler. Donc ça veut dire que je dois travailler malade ? Est-ce qu’on est moins humains que les fonctionnaires qui travaillent ici ? » déplore un autre agent de sécurité.

Cette grève fait partie d’une vague de mobilisations des travailleurs sous-traités à Londres, dénonçant un niveau d’exploitation inacceptable dans ce secteur. À travers la capitale britannique, les travailleurs migrants se mobilisent dans des luttes similaires pour obtenir de meilleures conditions de travail. Depuis 2008 les grèves des agents d’entretien dans les universités de Londres se sont succédées, jusqu’à leur victoires à la London School of Economics et à la School of Oriental and African Studies 2017, ainsi qu’à King’s College London en Septembre dernier. De longs mois de mobilisations, à tenir des piquets de grève endiablés, ainsi que l’occupation des locaux administratifs des universités par les étudiants, ont mis fin à la sous-traitance et ont permis une amélioration des conditions de travail.

Une victoire des grévistes annoncerait une avancée majeure pour les salariés de la sous-traitance dans la capitale britannique. OCS, l’entreprise de sous-traitance qui détient un contrat avec le Ministère de la Justice, assure des services de sécurité, de nettoyage et de réception dans de nombreux bâtiments à travers Londres et tout le Sud-Est de l’Angleterre, et emploie des centaines de milliers de travailleurs. Si OCS accepte les demandes des grévistes, il est probable que leur grille de rémunération soit alignée sur celle du Ministère de la Justice. La grève pourrait donc avoir un effet boule de neige et encourager une augmentation générale des salaires des travailleurs en sous-traitance en Angleterre.

La fermeture anticipée du Ministère de la Justice vue de la grève démontre le rôle indispensable des travailleurs sous-traités au fonctionnement du ministère. Privés de toute forme de reconnaissance de la part de leur employeur, ces salariés ont décidé de faire valoir leur droit à la dignité au travail.




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