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Politique

Militarisation de la crise. Philippe fait appel à Richard Lizurey, ex-patron de la gendarmerie

Richard Lizurey, ex-Directeur Général de la Gendarmerie Nationale a été appelé par Edouard Philippe afin de mener une mission d'évaluation de l'organisation interministérielle de la gestion de la crise du Covid-19. C'est un homme d'état qui a fait ses armes contre notre classe, avec une carrière marquée notamment par la mise en place de l'état d'urgence, l'affaire Benalla ou encore la répression des gilets jaunes.

lundi 30 mars

Mais à qui confient-ils nos vies ?

Vous avez sûrement déjà entendu parler de lui. En tout cas, Richard Lizurey est loin d’être un inconnu pour le grand public. Son nom est partout depuis les annonces d’Edouard Philippe. Ariane Chemin et Olivier Faye écrivaient notamment aujourd’hui pour Le Monde « Rien de tel qu’un militaire pour remettre un peu d’ordre dans l’organisation du travail gouvernemental.  » Mais de quoi Richard Lizurey est il vraiment le nom ?

Peut-être faut-il commencer par son passé de conseiller du gouvernement sous la présidence de Sarko-zy en 2009, pour Brice Hortefeux, dont on retient la tirade «  Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmés ! » puis pour Claude Guéant les relations du personnage sont clair. La consécration aura attendu 2016, sous Hollande, alors que le tournant sécuritaire qui auront suivi les attentats de 2015 et l’époque Charlie aura laissé place à l’état d’urgence et la répression des mobilisations contre la réforme du travail. Richard Lizurey est reconnu autant par L’Echo Républicain que par L’Essor comme un gestionnaire de crise. Et c’est le cas ! Responsable en 2018 de “l’évacuation” de la Zad de Notre-dame-des-Landes, une opération militaire qui avait blessé plusieurs centaines de personnes et ouvert le temps de la mutilation policière, avec plusieurs membres arrachés. Un incident « qui malheureusement fait partie des choses qui peuvent arriver  » selon les dires de l’intéressé.

Plus récemment, il a notamment dirigé la gendarmerie pendant la crise des gilets jaunes. Loin d’être un ami des classes populaires, il n’excluait pas la nécessité des « coups de feu » la veille du samedi 8 décembre à Paris. Il expliquait notamment sur les différents plateaux télévisés de l’époque le besoin de s’adapter à la mesure de la crise ouverte par les gilets jaunes et de la possibilité d’usages disproportionnés de la force publique.

Mais le sommet du CV de l’ex-patron de la gendarmerie, c’est avant tout la promotion d’Alexandre Benalla, responsable de l’un des plus grands scandales d’État de la 5ème République. Lizurey était notamment responsable de la promotion au grade de lieutenant-colonel dans la réserve au titre des spécialistes dans la gendarmerie. Une décision personnelle “assumée”.

Sa dernière victoire : l’élection en tant que conseiller municipal sur la liste de Jean Pierre Gorges, ex-LR, dans la municipalité de Chartres.

En bref, un homme d’État de la 5ème République et expression des éléments plus profonds de la crise organique française, chargé à plusieurs reprises de traiter les sujets épineux auxquels pouvaient faire face les gouvernements successifs et qui lui auront valu la réputation d’homme de con-fiance d’Édouard Philippe, en se voyant offrir un bureau à l’Élysée pour diriger l’audit de la gestion de la crise du Covid-19 pour le gouvernement.

Face à la crise sanitaire, un pas de plus vers le tournant sécuritaire.

Un gendarme vient donc appuyer le gouvernement face à la crise du Covid-19, qui selon les services du premier ministre devraient porter sur « le processus de pilotage horizontal », c’est-à-dire, impliquant les cabinets ministériels et les administrations centrales, ainsi que sur « le processus de pilotage vertical  », c’est-à-dire sur la relation entre les niveaux central et déconcentrés. Une tâche qui semble encore flou, il devra en tout cas rendre des comptes au Premier Ministre. Et s’il s’agit de faire un bilan de la gestion, ce n’est certainement pas cet homme d’état qui contredira la ligne qu’à commencé à imposé Édouard Philippe : «  Je ne laisserai personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision du confinement  », a-t-il lancé alors que l’exécutif se trouve en difficulté face à l’opposition depuis le début de la crise, mais surtout sous la menace de procédures pénales et d’une contestation montante dans les « premières lignes » pas suffisamment protégé et l’ensemble des travailleurs que l’on oblige à retourner produire des produits non-essentiels pour faire face à la crise sanitaire. Le Premier Ministre a même ajouté que : «  Le moment venu, nous tirerons ensemble les leçons de la crise. Je ne suis pas de ceux qui se défaussent de leurs responsabilités.  » On aurait pu croire à une blague alors que les travailleurs de la santé dénoncent depuis des années les conditions de travail causé par des décennies d’attaques contre les services publiques par Macron et les gouvernements antérieurs.

Cette nomination du gouvernement confirme un choix, celui sécuritaire et la culpabilisation des classes populaires plutôt que la mise en place d’un réel plan d’urgence contre la crise, commençant par l’arrêt du travail dans les secteurs non essentiels ainsi qu’à la mise en place de tests massifs pour dépister et freiner la contagion au Covid-19. Et un ex-gendarme et ami proche des gouvernants n’a pas à avoir son mot à dire sur nos affaires. C’est aux travailleurs de reprendre leurs affaires en main. Et s’il faut juger de l’efficacité des mesures, c’est en particulier aux travailleurs de la santé à qui revient la nécessité de mettre en avant des commissions indépendantes de l’État et des partis de gouvernement afin d’établir leur propre bilan de la gestion de l’épidémie du coronavirus et de décider de comment ces derniers peuvent résoudre la crise !




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