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Identitaires, néo-nazis

Qui sont les groupes d’extrême droite qui tentent de prendre la rue ?

De la ratonnade de Romans à la manifestation au Panthéon, l’extrême-droite tente de reprendre la rue. Si la frange la plus extrême autour de la Division Martel a retenu l’attention, les groupes issus de Génération Identitaire sont particulièrement à l’offensive, entretenant des liens importants avec Reconquête.

Antoine Weil

5 décembre 2023

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Qui sont les groupes d'extrême droite qui tentent de prendre la rue ?

La tentative échouée de ratonnade à Romans-sur-Isère et la marche raciste Place du Panthéon ont ponctué une séquence d’offensive de l’extrême-droite et de ses groupes les plus violents. Mais au cours de la campagne raciste initiée avec l’instrumentalisation médiatique du meurtre de Thomas, notamment par Reconquête, des secteurs divers de l’extrême-droite, des anciens de Génération Identitaire aux néo-nazis, semblent avoir participé. Ces derniers entretiennent une porosité importante avec le parti d’Eric Zemmour et des liens avec des collaborateurs du Rassemblement National.

Quels groupes d’extrême-droite ont participé aux ratonnades et marches racistes ?

Dans la ratonnade mise en échec à Romans-sur-Isère, le groupuscule aux sympathies néo-nazies « Division Martel » dirigé par Léo Rivière-Prost dit « Gros Lardon » est apparu au cœur de la débâcle. Il semble cependant que d’autres groupuscules aient joué un rôle important dans cette opération raciste. D’après un agent du renseignement interrogé par Libération « sur les 80 à 100 participants, le gros des troupes et l’initiative étaient clairement d’obédience identitaire », en référence au courant Génération identitaire (GI), dissous en mars 2021.

Depuis l’interdiction de cette organisation, le collectif s’est principalement recomposé autour de sections locales et partiellement autonomes mais se revendiquant toutes de la mouvance identitaire. Plusieurs d’entre elles étaient présentes à Romans sur Isère le 25 novembre comme « Les Remparts » de Lyon, ou « La bastide bordelaise », et plusieurs sympathisants d’ « Argos », organisation nationale fondée par d’anciens de Génération Identitaire et reprenant sa communication, faite de « campagnes » chocs. Ce soir-là à Romans étaient également présents d’autres groupes plus hétérogènes idéologiquement comme Meduana Noctua situé à Laval ou l’Oriflamme de Rennes, issu de l’Action Française.

La mouvance identitaire était également à l’initiative du rassemblement raciste sur la Place du Panthéon ce vendredi. Appelés par « Les Natifs », regroupant d’anciens de Génération Identitaire basés à Paris, et Argos, la marche a regroupé quelques 200 personnes. Malgré le faible nombre de présents, la tenue de ce rassemblement dans lequel on a pu entendre des chants racistes anti-migrants « Français réveille toi, tu es ici chez toi » et « La racaille en prison, clandestins dans l’avion » a marqué une réussite après la débâcle de Romans sur Isère et confirme la volonté de l’extrême-droite de reprendre la rue. Si on note la présence du GUD, de « saluts de Kühnen », un geste à trois doigts utilisé pour déguiser un salut nazi, les groupes identitaires organisant le rassemblement ont semblé chercher lui donner une tournure plus « respectable », empêchant l’expression des slogans les plus outrancièrement racistes. A cet égard, étaient présents des représentants de secteurs plus institutionnels de l’extrême-droite, comme le groupe de jeunes pro-Zemmour GZ et des cadres de Reconquête, avec lequel la mouvance identitaire entretient des liens étroits.

Un an et demi après la dissolution de Génération Identitaire, ces éléments renseignent sur l’inquiétante vitalité du courant identitaire, avec de nombreuses déclinaisons locales et des actions choc - auxquelles on peut ajouter la déambulation aux cris de « Islam, hors d’Europe » du groupe « Les Remparts » de Lyon le 27 novembre - avec sans doute davantage d’hétérogénéité idéologique en son sein à la suite de l’éclatement de la mouvance en groupes locaux, comme le pointait StreetPress en avril dernier. Quoi qu’il en soit, ces groupuscules sont au cœur de l’offensive d’extrême-droite, tandis que leurs liens avec la formation Reconquête d’Eric Zemmour semblent perdurer.

Des actions violentes des anciens de Génération Identitaire appuyées par la campagne raciste de Zemmour

Si l’ensemble de la droite et l’extrême-droite a participé à la campagne de désinformation qui a accompagné l’instrumentalisation raciste du meurtre de Thomas, cette dernière a avant tout été lancée à l’initiative de Reconquête. D’emblée, la formation d’Eric Zemmour a cherché à instrumentaliser le drame pour avancer son discours sur une guerre civile imminente, ce dernier déclarant le 20 octobre, « nos martyrs sont des victimes innocentes de la guerre de civilisation » quand Marion Maréchal y voyait le signe « d’une guerre ethnique, d’une guerre civile en gestation ». S’en est suivi une campagne active de communication, appelant directement à l’action contre ce qui est décrit comme un « francocide », expression illustrant la prétendue « guerre raciale » qu’il cherche à imposer : « Hier Lola, aujourd’hui Thomas, demain toi ? Jeunesse, bats-toi pour ton avenir ».

Dès lors, les dirigeants de Reconquête ont logiquement refusé de condamner la ratonnade de Romans-sur-Isère, Zemmour évoquant un « écran de fumée », « ridicule » et Marion Maréchal la « soi-disant menace de la gigadroite » responsable d’« aucune violence réelle », même si leurs méthodes « évidemment ne sont pas les [siennes] ». Dans le même temps, Zemmour a revendiqué l’ancien groupe Génération identitaire, composé selon lui de « gens qui voulaient défendre la France ». Des déclarations qui sonnent comme une couverture de la tentative avortée à Romans, et renseignent sur les actions que Reconquête est capable de cautionner, participant officiellement aux rassemblements organisés par les anciens de Génération Identitaire comme au Panthéon, et se délimitant sans les condamner lorsqu’il s’agit des actes les plus violents, au cours desquelles les identitaires font le coup de poing au côté de groupes néonazis.

En apparence, le Rassemblement National a adopté un ton plus modéré, se délimitant de la ratonnade décrite comme une « expédition punitive » et refusant de participer à l’action au Panthéon vendredi. Malgré cette attitude, conséquence de la pression du parti à s’institutionnaliser et apparaitre comme respectable, certains représentants du RN n’ont pas pour autant coupé avec les groupuscules violents. Une enquête de StreetPress révèle ainsi qu’une dizaine de militants de ces groupes sont salariés de députés RN. Ces derniers, souvent passés par l’organisation étudiante La Cocarde, sont actifs dans Nemesis, le groupe lié au GUD Luminis, ou encore la formation néonazi Zoulous Nice. StreetPress souligne la proximité de ces derniers avec des membres de la section jeunesse du RN, dont le patron Pierre-Romain Thionnet a adopté un discours reprenant la thématique de la guerre de civilisation, opposant les « jeunes de Crépol et de la Drôme des collines » et « la violence sauvage des Autres ». Malgré cette porosité qui reste importante entre RN et groupes ultras, le parti a surtout en ligne de mire les élections européennes, comme le témoigne la visite de Bardella en Italie auprès de Mateo Salvini. C’est la frange pro-Zemmour qui semble surtout capitaliser sur la séquence pour se recomposer et encourager les actions violentes de rues.

En effet, des médias et personnalités proches de Reconquête ont joué un rôle très actif pour accompagner la tentative de ratonnade, puis après son échec pour essuyer les plâtres et préparer la suite. Damien Rieu, ancien de Génération Identitaire et candidat pour Reconquête aux législatives de 2022 a ainsi couvert la marche raciste dans le quartier populaire de La Monnaie, interpellant l’Etat sur l’intervention des CRS, après avoir divulgué les prénoms des jeunes inculpés pour le meurtre de Thomas, vraisemblablement informé par une source policière. Livre Noir, média proche de Zemmour a aussi couvert la ratonnade, se rendant « en immersion » en amont dans la cité de La Monnaie, puis diffusant un appel à s’organiser d’un militant d’extrême-droite présent, pour remobiliser les troupes après la débâcle.

L’extrême-droite radicale veut surfer sur l’offensive islamophobe et anti-migrants

Entre le rôle joué par les membres de Reconquête pour instrumentaliser cette affaire, et par des personnalités qui gravitent autour de l’organisation afin d’encourager les actions violentes, la séquence marque le retour au premier plan de l’extrême-droite zemmourienne. Marginalisée par sa défaite électorale à la présidentielle puis aux législatives de 2022, Reconquête a réussi à faire imprimer sa lecture, raciste et particulièrement mensongère comme le confirme encore les nouveaux éléments de l’enquête, du drame de Crépol, et à en faire un événement national.

Une réussite favorisée par le climat réactionnaire ambiant, marqué par le soutien au massacre colonial mené par Israël et la criminalisation de la solidarité avec la Palestine. A cet égard les pro-Zemmour insistent tout particulièrement sur la guerre en Palestine, pour la faire résonner avec leur thématique d’une « guerre de civilisation », comme l’indique la mise en scène par Zemmour de son voyage en Israël, martelant sur place : « Aujourd’hui, chacun doit choisir son camp. En France, deux civilisations cohabitent sur le même sol. Elles seront bientôt face à face ». Un rapprochement également fait par Livre Noir qui titre : « Une terre deux peuples ».

L’offensive autoritaire et la surenchère islamophobe du gouvernement suite à la guerre en Palestine donne ainsi des prises à l’extrême-droite pour lancer une campagne raciste, qui mêle discours de « guerre civile » décomplexé et actions de rue. Alors que Reconquête et les identitaires ne comptent pas s’arrêter là, le mouvement ouvrier doit réagir, contre ses attaques et les mesures du gouvernement qui les favorisent, de la criminalisation du soutien à la Palestine jusqu’à la loi immigration.


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