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Nos vies, pas leurs profits

Roissy : face à la pression patronale, les salariés d’un sous-traitant de Sixt en grève reconductible

La moitié des salariés d'un sous-traitant de Sixt sont en grève reconductible depuis ce mercredi 17 avril. Grille d’horaires flexibles, suppression des pauses rémunérées… Contre la casse de leurs conditions de travail et la sous-traitance, les grévistes s’organisent.

Noah Rapa

19 avril

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Roissy : face à la pression patronale, les salariés d'un sous-traitant de Sixt en grève reconductible

En janvier 2023, des entrepreneurs ont repris une partie de l’activité de Sixt, sous le nom de Ready Line Services (RLS). Cette dernière s’occupe de l’entretien, du nettoyage et du plein des voitures de location. Chaque jour, des centaines de voitures font des allers-retours avec les comptoirs Sixt de l’aéroport. La plupart d’entre sont des travailleurs précaires, avec un salaire qui ne dépasse pas les 1700 euros mensuels, et plus d’une dizaine d’années d’ancienneté dans la boîte.

Une bonne moitié des salariés ont décidé de rentrer en grève contre le nouveau plan de travail proposé par la direction. Elle propose l’instauration de grilles horaires mobiles en fonction des besoins du patronat, la suppression des pause quotidiennes de 30 minutes rémunérées et l’augmentation du nombre de vacations travaillées, passant en moyenne de 19 à 22. Un plan qui détruit tous les acquis obtenus par les salariés ces précédentes années.

« On va leur donner des journées de travail gratuites »

Les grévistes ont calculé les pertes engendrées avec cette casse des conditions de travail : « Avec le passage des journées de travail de 8 heures à 7 heures et la suppression des pauses, on va devoir travailler 3 journées de plus sur le mois. Ce qui veut dire plus de trajets entre notre maison et le lieu de travail, mais surtout qu’ils vont faire énormément d’économie sur notre dos. On va leur donner des journées de travail gratuites » nous explique un salarié de la boîte. Avec l’inflation qui continue de grimper, certains d’entre nous confient qu’ils ne pourront pas s’en sortir si le plan est appliqué.

Pour d’autres, la situation aura de graves répercussions sur leurs vies personnelles : « J’ai trois enfants à ma charge. Je suis père isolé, mon temps de travail actuel est organisé en fonction de ma vie de famille. J’essaye d’avoir mes week-ends de libre pour profiter d’eux. Avec la nouvelle direction, si on leur laisse le plein pouvoir sur nos plannings et qu’on a plus notre mot à dire, je ne pourrai plus m’occuper de mes enfants. Évidemment, je ne suis pas le seul dans ce cas » nous confie Jean-Baptiste, un délégué CGT.

Travail non déclaré, « pression infernale » : les ravages de la sous-traitance

Quand RLS arrive en janvier 2023, les entrepreneurs s’illustrent en embauchant beaucoup de jeunes profils, très souvent non déclarés, plus aptes à réaliser de longues journées de travail et moins réticents à l’idée de réaliser des heures supplémentaires. Une manière pour la direction de montrer aux plus anciens du site qu’ils sont prêts à revoir tous les acquis sociaux, en tirant vers le bas les conditions de travail. « C’est très simple », nous dit un salarié, « si on a besoin de faire des heures supplémentaires, on est rémunéré 15 euros de l’heure. Les jeunes, eux, valent beaucoup moins cher, de l’ordre de sept ou huit euros maximum. Les patrons sont conscients de cela et tirent nos salaires vers le bas. »

Plus généralement, la venue des jeunes sur le marché du travail permet aux patrons de pouvoir mettre une plus grande pression sur les « anciens » du site. Un autre salarié dénonce les pratiques de la direction à leur arrivée. « Au début, si tu partais une ou deux fois aux toilettes, on te faisait remarquer que tu n’avais pas le droit. Tu devais justifier chacune de tes petites pauses, alors même que certains ont le diabète et de l’hypertension ! C’était une pression infernale. Ils nous insultaient, ils étaient agressifs. » Pour Mohamed, délégué syndical CFDT, la situation est très compliquée, « je suis un travailleur en situation de handicap, mais je n’ai aucun aménagement. La direction refuse de m’aider dans ces démarches. Ils veulent nous pourrir la vie ».

Pour réfléchir la grève, les salariés se rassemblement en assemblée générale pour discuter et prendre des décisions communes. Sur le plan juridique, les travailleurs constatent qu’il y a de nombreuses entraves au droit de grève. « Ils sortent les outils de nettoyage à l’extérieur du site pour pouvoir nettoyer les voitures, étant donné qu’il n’y a plus assez d’effectifs pour pouvoir réaliser cette tâche sur le site. Mais c’est totalement illégal. Tout cela, on le dénonce auprès de l’inspection du travail » nous dit Mohamed. Ainsi, ils ont prévu prochainement d’écrire un tract en direction des autres salariés, pour tenter de les convaincre de l’intérêt de cette lutte.

Dans cette histoire, Sixt nie toute responsabilité dans la casse des conditions de travail. En sous-traitant cette tâche, « ils peuvent se laver les mains et accuser les patrons de RLS en cas de gros problème. Mais on n’oublie pas que la mise en place de la sous-traitance, c’est pensé et réfléchi pour casser le droit des travailleurs », ajoute Mohamed. Afin de pointer cette responsabilité, les grévistes se sont organisés pour rédiger un tract en direction des clients de Sixt, en allant le tracter directement dans l’aéroport, pour construire la solidarité.

« On est déterminés, on ira au bout de cette grève. On l’a vu aujourd’hui, les patrons sont très stressés à cause de notre grève. Ils ont pris un huissier, qui leur coûte énormément d’argent », nous dit Jean-Baptiste. La lutte que sont en train de mener les travailleurs de TLS révèle d’une part la destruction méthodique des conditions de travail via le recours à la sous-traitance, et de l’autre, montre l’exemple par la grève. Les profits records de Sixt réalisés en 2023 montrent que les actionnaires et le patronat s’en mettent plein les poches sur les dos des travailleurs, en leur demandant de réaliser toujours plus de profits, au détriment de leurs vies.


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