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Politique

Pollution des sols

Scandale sanitaire. L’Etat a couvert la pollution des sols depuis 15 ans dans le Val d’Oise

En plein milieu de la crise sanitaire du COVID-19, un nouveau scandale vient d’éclater dans les colonnes de Libération. Depuis plus de 15 ans, l’état serait au courant de forts taux de plombs incrustés dans les sols, provoquant des maladies irréversibles auprès des populations locales.

mercredi 15 septembre

Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

Depuis la fin des années 90, dans les Yvelines et le Val-d’Oise, les autorités seraient au courant que les sols de certaines communes situées sur d’anciennes zones d’épandages seraient pollués au plomb. Pourtant, aucune mesure n’a jamais été mise en place, ce n’est qu’aujourd’hui, dans un dossier sorti par Libération, que l’affaire a pu éclater au grand jour.

La cause de la pollution ? Les épandages de déchets, d’eaux usées parisiennes et d’eaux traitées sur ces anciennes terres maraichères destinées à l’industrie agro-alimentaire de l’époque. Ayant connu pendant un certain temps les engrais phosphatés pour de la production de légume, on justifiait l’épandage de ces déchets en prétextant le fait que cela nourrissait le sol. Comme pour le Covid-19, c’est donc l’agriculture intensive qui est potentiellement mise en cause dans ce scandale sanitaire.

C’est dans un camp de roms appelé la « butte de Montarcy » que l’affaire a explosée. Depuis 15 ans, l’État serait au courant que des sols de ces régions seraient infestés de plomb, de nombreux enfants dans ce bidonville ont déjà contractés des maladies. Seulement, maintenant, le cas prend des dimensions encore plus grandes : ce seraient plusieurs communes de ces régions qui seraient en fait concernées par ce problème qui est resté sous silence toutes ces années.

Plus grave encore, « l’ARS a considéré qu’il n’y avait pas de cas de saturnisme connus « en population générale » (c’est-à-dire en dehors des camps de Roms) » note Libération, comme si cela justifiait la non prise en charge du problème.
Une discrimination claire qui montre le mépris sans complexe de l’autorité de santé vis-à-vis de ces populations immigrées souvent discriminées et placée sur les terrains les plus pollués. Par ailleurs, si l’ARS n’a pas été au courant de cas déclarés en dehors des camps de roms, c’est bien parce qu’elle n’a pris aucune mesure au cours des dernières années pour chercher à le savoir.

Un nombre de cas qui explose

Ainsi, ce sont environs 24 000 enfants de 0 à 6 ans qui vivraient dans les communes concernées, selon l’Agence régionale de santé (ARS), et pour autant très peu de plombémies (test pour mesurer le taux de plomb dans le sang) ont été réalisé jusqu’ici, note l’article de Libération.

Un rapport daté d’octobre 2018 de Santé Publique France (SPF) cité par Libération, révèle, lui, que, dans plusieurs écoles, des études ont démontré de fortes concentrations de plomb dans les sols, comme par exemple à l’école Marie-Curie. La directrice de l’établissement déclarait pour Libération qu’il n’y a pas eu d’instructions ni de mesures particulières mises en place par l’ARS. « Je sais qu’on n’a plus le droit de jardiner, c’est tout. Officiellement, il n’y a pas de cas de saturnisme dans notre école. Car il n’y a pas eu non plus dépistage » confit-elle.

Très récemment, 143 enfants ont été testés entre février et mai 2019, révélant deux cas de saturnisme (intoxication au plomb) et sept cas ont présenté des taux de plomb dans le sang dépassant le seuil de vigilance.

Plus inquiétant encore, en 2014, la cellule d’intervention en région (Cire) estimait que 5 % des enfants pourraient dépasser le seuil recommandé de plombémie par le Haut conseil de la santé publique (HCSP). 1200 enfants pourraient donc être atteints de saturnisme dans ces villes. Certaines associations pousseraient le diagnostique jusqu’à 32 % des enfants.

"Il y a clairement une histoire de pognon derrière"

De son côté, Pascal Boury, président d’une association locale, déclare pour Libération : « Il y a clairement une histoire de pognon derrière. S’ils font des dépistages et trouvent d’autres cas de saturnisme chez les enfants, la valeur du foncier sur ces communes va baisser. Les enjeux financiers sont énormes  ». Selon lui, la logique spéculative propre au marché de l’immobilier serait donc plus importante que les questions de santé publique.
« On a aussi l’impression que l’ARS n’a pas forcément les budgets pour [dépister], ils cherchent des prétextes pour ne pas faire de dépistages, parce que ça coûte cher », déclare Anne Laforgue, médecin généraliste à Carrières-sous-Poissy qui a elle même suivi des cas de saturnisme. Le maire de la ville, lui, a décidé en 2020 de porter plainte contre X afin d’alerter les pouvoirs publics.

Alors même que le gouvernement fait tout pour éviter de reconnaitre les préjudices du scandale du chlordécone aux Antilles, c’est un nouveau scandale sanitaire lié à l’agriculture intensive qui se dessine donc encore une fois, sur fond de discrimination contre les populations roms.




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