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Surenchère xénophobe : La déportation des migrants vers le Rwanda adoptée au Royaume-Uni

Le 22 avril, le Parlement Britannique a entériné l’accord de déportation de migrants vers le Rwanda, dénoncé par toutes les organisations des droits de l’homme. Un accord brutal qui s’appuie sur des accords néo-coloniaux, et témoigne du sursaut xénophobe à l’échelle européenne aujourd’hui.

Joseph Chapron

24 avril

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Surenchère xénophobe : La déportation des migrants vers le Rwanda adoptée au Royaume-Uni

Crédit photo : Capture d’écran, Sky News

La Chambre des Lords du Royaume-Uni a validé dans la nuit du 22 au 23 avril, le projet « Safety of Rwanda » en seconde lecture. Cet accord prévoit que les demandeurs d’asile arrivant sur le territoire britannique soient expulsés au Rwanda, où leur demande d’asile sera étudiée. Le Premier Ministre Rishi Sunak revendique « la loi la plus dure jamais adoptée contre l’immigration », et a annoncé que les « avions décolleront, quoi qu’il arrive » pour pouvoir commencer à expulser des demandeurs d’asile « d’ici 10 à 12 semaines ». Si la loi doit encore recevoir l’avis royal, et pourrait se heurter à des difficultés judiciaires et logistiques, son adoption marque un saut important dans la politique xénophobe meurtrière du gouvernement Sunak, après des années de débats.

Cette loi arrive au Parlement du Royaume-Uni depuis avril 2022, alors que Boris Johnson était encore Premier Ministre. En décembre 2023, le texte s’était également heurté au rejet de la part de la Cour Suprême britannique le 15 novembre 2023, qui estimait que le Rwanda n’était pas un « pays-tiers sûr ». Le gouvernement a donc cherché à contourner les obstacles institutionnels en amendant le texte pour le faire convenir à ses exigences d’expulsions. La chambre des Lords, organe du parlement où le Parti Conservateur n’est pas majoritaire, a d’abord cherché à modifier le texte, avant de le valider cette semaine, face à l’entêtement de l’exécutif et de la Chambre des communes.

Le Rwanda, que le gouvernement Britannique tente de présenter comme stable et démocratique, est accusé par plusieurs ONG d’offensives militaires en République Démocratique du Congo pour s’emparer des mines de Coltan, métal utilisé dans certains équipements électroniques. Les associations des droits de l’homme décrivent son dirigeant depuis 24 ans, Paul Kagame, comme un dictateur qui musèle la liberté d’expression. Le président du « pays aux milles collines » a accepté l’accord avec le Royaume-Uni en échange de 240 millions de Livres Sterling, soit plus de 300 millions d’euros. C’est donc sur la base d’un conflit meurtrier entre semi-colonies que le Royaume-Uni de Boris Johnson a obtenu l’accord de 2022 servant de base à sa loi.

Ce n’est pas le premier projet de ce type que le Rwanda met en œuvre. Depuis 2019, le camp de Gashora accueille les migrants à destination de l’Europe arrêtés en Libye, avec le soutien financier l’Union Européenne à hauteur de 25 millions d’euros, dans son projet d’externaliser ses frontières.

La validation de la loi a fait un tollé parmi les ONG, notamment Amnesty International qui l’a qualifié de « honte nationale dans un communiqué. De son côté, l’ONU a demandé au Royaume-Uni de « reconsidérer leur plan » en raison des risques auxquels seraient confrontés les demandeurs d’asile. Enfin, Michael O’Flaherty, commissaire au Conseil de l’Europe sur les droits de l’homme, s’est dit « inquiet que le projet de loi sur le Rwanda autorise à expulser des gens vers ce pays sans que leur demande d’asile ait été étudiée par les autorités britanniques dans la plupart des cas ».

Cet accord a été voté dans un contexte critique pour le parti conservateur, qui cherche à intensifier ses mesures anti-migrants afin de détourner l’attention de la crise économique et se rattraper dans les sondages pour les élections générales qui arrivent, face à son opposant travailliste qui le dévance de plus de 20 points dans les sondages. Le Parti Travailliste, quant à lui, ne cherche plus à s’opposer à cette loi, et la critique surtout car elle serait trop coûteuse et ne permettrait pas d’expulser suffisamment d’immigrés. En ce sens, Yvette Cooper a joué la surenchère xénophobe en déclarant que son parti ne déporterait personne au Rwanda s’il était élu, mais investirait plutôt dans la sécurisation des frontières afin de pouvoir détourner un maximum de personnes.

Cette loi rentre également dans un contexte de renforcement des politiques de rejet des immigrés dans toute l’Europe, entre l’adoption de nombreuses lois anti-immigration comme en France, et les accords multipliant les mesures d’externalisation des frontières dans les pays semi-coloniaux, inspirés en partie par la loi Rwanda du Royaume-Uni. Ces politiques font de plus en plus de morts , que ce soit en Méditerranée ou dans la Manche, où 5 migrants sont morts, le soir même où « Safety of Rwanda » a été voté. Aujourd’hui, pour gagner aux élections, les politiciens tentent de rediriger la colère face aux crises sociales et économiques vers des politiques racistes et meurtrières, tentant ainsi de diviser notre camp social qui subit toutes ses attaques austéritaires, en France comme au Royaume-Uni. Face à cette politique anti-migrante, adossée sur un néocolonialisme cru, il est essentiel de défendre un programme profondément internationaliste et anti-impérialiste, en vue d’une lutte pour la régularisation de tous et toutes, ainsi que l’ouverture de toutes les frontières.


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