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Société

Témoignage

Racisme policier dans un bus. Le témoignage d’une lycéenne

Nous relayons le témoignage d'une lycéenne qui a été témoin d'une scène de contrôles policiers racistes.

mardi 1er septembre

8h50, le réveil sonne, et comme tout être humain qui se respecte je l’éteins et me rendors.

9h43, mes yeux s’ouvrent à nouveau, j’engloutis mes flocons d’avoine de bobo et sors de mon appartement au plus vite.

10h03, j’ai 57 minutes de marche pour atteindre la gare de Perrache et le départ de mon bus est prévu pour dans 52 minutes, une chance que le GPS sous-estime nos capacités à marcher vite, je grille 8 minutes et arrive finalement à l’heure pour prendre mon bus, qui est par ailleurs rouge, j’aime bien le rouge ça porte chance.

Le contrôleur valide mon ticket et me laisse monter dans le bus, le masque bien sur le nez.

Place 15.

Devant moi il y a une jeune fille, derrière et en face de moi deux hommes. Il y a bien sûr un couple qui a déjà commencé sa série. La traditionnelle personne qui est dans mon épopée un homme, au téléphone, il parle et rigole très fort, je trouve ça convivial et je souris. Je sors machinalement mon bouquin, celui que je veux lire depuis des semaines mais dont je ne parviens jamais à prendre le temps de le faire.

Le contrôleur nous compte.

Le contrôleur nous recompte.

Le contrôleur nous compte à nouveau.

C’est étrange.

Je me retourne.

Bah oui évidemment, qui d’autre ? Trois policiers montent par l’arrière du bus et réclament nos pièces d’identités.

Je me dé-retourne, en voilà trois de plus. Je m’empresse de cacher mon bouquin.

Alors qu’une policière jette un rapide coup d’œil avec un sourire sûrement dissimulé derrière son masque, le mien disparaît, et sa collègue interroge mon voisin.

- « Vous parlez français monsieur ? »

Un petit peu oui, mais pas assez je crois. Il semble serein, il tente de lui expliquer avec ses mots à lui qu’il a un visa pour étudier en France, et que son passeport est bien valable. Elle l’embête quelques minutes, sort son gros téléphone pour vérifier la validité de tout ce charabia et avance d’un pas en lui souhaitant un bon trajet.

C’est au tour de l’homme au téléphone, flûte, je l’aimais bien. « Monsieur vos papiers ne sont pas à jour, monsieur pourquoi vous n’avez pas une pièce d’identité valide, monsieur vous êtes demandeur d’asile vous ne... » Conclusion : « sortez ».

- "Vous n’avez pas d’autres sacs ?" En pointant un sac en carton qu’il tient à la main.

Et hop hop hop, aussitôt dit aussitôt fait, ils se retrouvent tous dehors, mes sourcils ont beau être bien froncés et ma rage contenue, rien n’y fait, je suis impuissante et je ne peux qu’observer de la fenêtre leurs discussions.

Les policiers à l’arrière du bus en font sortir un autre, qui ne remontera pas.

Le bus a plus de 20 minutes de retard, les gens s’impatientent, certains sont indifférents, d’autres offusqués comme moi et d’autres pressés de partir, seulement inquiets pour le trajet. C’est dans ces étranges et peu ordinaires situations qu’on peut observer nos comportements, nos avis, différés en fonction de notre caractère, notre milieu social, notre éducation et de l’empathie qu’on a plus ou moins développé en fonction de nos rencontres et nos expériences.

L’homme au téléphone remonte, je lui propose de s’assoie à côté de moi. Il s’appelle Mohammed et vient de Guinée, pour lui ces contrôles sont une routine, il n’est plus demandeur d’asile mais on ne lui a pas envoyé ses papiers, il galère chaque jour depuis toujours mais pourtant, il a le sourire. Il me parle du paradoxe des associations françaises qui l’aident mais du gouvernement français qui veut le mettre dehors, de son départ à cause de l’insécurité, des policiers en civil qui violent des femmes dans son pays, de la grande traversée, de la galère, du racisme. Mais il sourit lorsqu’il me parle de l’entraide, des sœurs et frères qu’il a rencontré ici et qui sont toujours présents pour l’aider chaque jour.

Le bus démarre. L’homme du fond du bus reste dehors. La pêche a été bonne finalement




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