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Du Pain et des Roses

LGBTI-phobie

Toulouse. La préfecture veut annuler la Pride : manifestons ce samedi 9 octobre !

Hors restrictions sanitaires, ce serait une première en France : l’annulation d'une marche des fiertés par un arrêté préfectoral. C'est pourtant ce qui risque d'arriver à Toulouse, alors même que la marche avait été déplacée de juin à octobre.

jeudi 30 septembre

Photo : O Phil des Contrastes

Le premier déplacement de la Pride, de juin à octobre, faisait suite à des négociations entre la région et les organisateurs de la marche concernant la situation sanitaire de l’été dernier afin de « manifester de la façon la plus sûre possible ».

Aujourd’hui, le problème n’est plus d’ordre sanitaire mais bien politique. En effet, les manifestations contre le pass sanitaire, qui défilent depuis le début de l’été, ont élu comme jour hebdomadaire le samedi, à l’instar des Gilets jaunes il y a trois ans. Selon la préfecture, cette donnée justifierait l’interdiction pour la marche des fiertés, qui tient chaque année son village associatif place du Capitole, d’accéder au centre-ville.

Dans un communiqué écrit et co-signé par 41 des organisations LGBTI+, les signataires déclarent : « Nous nous insurgeons contre le chantage opéré par l’État pour nous contraindre à choisir un autre tracé ou nous interdire de manifester, de revendiquer, de nous exprimer comme nous le faisons depuis des années. » Elles dénoncent l’invisibilisation des luttes LGBTI+ et appellent, à travers une pétition, à défendre « nos droits et nos libertés de vivre sans être discriminé.e.s / agressé.e.s / tué.e.s en raison de son orientation sexuelle ou romantique, de son identité de genre, de ses caractéristiques sexuelles  ».

Deux poids deux mesures : les LGBTI+ entre le marteau et l’enclume

Cette restriction est un scandale en raison du « deux poids deux mesures » que les LGBTI+ subissent. Alors que très récemment les militants réactionnaires de La manif pour tous défilaient dans le centre-ville toulousain, les LGBTI+ devraient choisir entre ne pas marcher, ou alors manifester plus loin hors du regard des passants. Rappelons que l’année dernière, alors que la revendication de la procréation médicalement assistée (PMA) était sous le feu des projecteurs, l’organisation transphobe manifestait sous la protection de la police qui n’a pas manqué de charger et gazer les manifestant·es féministes et LGBTI+.

Malheureusement, les LGBTI+ de Haute Garonne sont habitués à cette localisation permanente entre le marteau et l’enclume du pinkwashing et des politiques réactionnaires de la métropole toulousaine. Le 17 mai dernier, le maire Jean-Luc Moudenc a sorti sa plus belle cravate pour une vidéo où il annonçait prendre part à la lutte contre les violences homophobes et transphobes, alors en augmentation. À juste titre, des militants ont alors rappelé sa participation, au côté de la droite catholique patriarcale, aux manifestations de LMPT au moment de la loi permettant aux personnes de même sexe de se marier. Plus récemment, Moudenc a nommé Jean-Baptiste de Scoraille, habitué aux marches homophobes, comme adjoint.

De la même manière, alors que l’hôpital toulousain La Grave se transforme en parc immobilier privé Kaufman & Broad, l’accès à la santé sexuelle des Toulousain·es est rendu toujours plus précaire. Act-Up Sud Ouest dénonçait déjà l’année dernière le manque de moyens des établissements de santé toulousains, comme le CeGIDD (centre de dépistage) qui « n’a ni la taille ni les moyens de répondre aux besoins de la population de la 4e ville de France. »

Augmentation des violences LGBTI-phobes : l’État est responsable

Il est aujourd’hui évident que les confinements successifs ont provoqué une augmentation des violences sexistes et homophobes au sein du foyer. SOS homophobie parlait alors d’ une « escalade de la violence, d’autant plus lourde qu’il s’agit d’êtres chers, dont les victimes dépendent sentimentalement et/ou financièrement. » Le retour « à la normale » signe aussi leur augmentation dans l’espace public. Rien que la semaine dernière, Ivana, femme trans péruvienne travailleuse du sexe, a été retrouvée assassinée dans son appartement. À Toulouse, les agressions homophobes ne sont pas en reste : à titre d’exemple, le 12 septembre dernier, un élu d’Occitanie a été violemment agressé dans une des rues de l’île du Ramier, un des lieux de rencontre gay connu de la ville.

Il est clair que, malgré une avancée des droits juridiques en France, les agressions et la mort des personnes LGBTI+ reste un fléau qui touche notre communauté. En 2019 déjà, les violences transphobes avaient bondit de 130% selon SOS homophobie. La crise sanitaire et économique n’a pu qu’aggraver la situation, en reléguant et favorisant les violences dans l’espace privé du foyer. Dans le même temps, le gouvernement a refusé l’accès à la parentalité aux personnes trans. Plus généralement, ces derniers mois et années ont révélé la violence d’un gouvernement qui prétend assurer les droits et la dignité des LGBTI+ tout en précarisant l’ensemble de la population avec les contre-réformes des retraites et de l’assurance chômage, ou encore en creusant d’avantage le manque de moyens alloués à la santé publique.

Comptons sur nos propres forces ! Pour un mouvement LGBTI+ anti-capitaliste et révolutionnaire

En conséquence, pour nous assurer « la liberté de manifester », nous ne pouvons nous en remettre au gouvernement, celui qui s’attaque jour après jour à nos conditions d’existence, pour « refuser » le chantage fait par la préfecture de Haute Garonne. Nous revendiquons l’héritage des premières Prides, dirigées contre l’État homophobe et transphobe et contre sa police.

Nous devons revendiquer, comme le fait la pétition, que nos fiertés ne puissent pas être évincées de l’hypercentre sous des prétextes tout bonnement fallacieux. Surtout, en cas d’interdiction ou de déplacement au dimanche, nous appelons toutes les organisations politiques, syndicales et associatives féministes, LGBTI+ et antiracistes à manifester contre les violences LGBTI-phobes à se positionner pour le maintien de la Pride ce samedi 9 octobre à Toulouse.




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