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Impunité policière

Un CRS jette un pavé sur des manifestants, sa hiérarchie le défend : « ça peut être de la légitime défense »

Sans vergogne, la police nationale n’hésite pas à défendre le CRS ayant lancé un pavé sur des manifestants le 1er mai, allant jusqu’à évoquer un manque de moyen répressif et évoquant la thèse de la « légitime défense ».

vendredi 3 mai

La vidéo d’un policier lançant un pavé sur des manifestants au cours de la manifestation parisienne du 1er mai a beaucoup tourné ces derniers jours. Sur une vidéo révélée par Line Press, on voyait un policier casqué et équipé lancer un pavé vers un groupe de manifestants.

Depuis, une nouvelle vidéo, tournée par le journaliste Clément Lanot, a été publiée. On y voit clairement que le CRS en question ne lance même pas, comme d’aucuns ont voulu le faire penser, un pavé qu’il viendrait de recevoir, mais le ramasse parmi un tas de pavés au sol.

Alors que cet acte vaudrait un procès et des mois de prison pour un manifestant, sans surprise pour la hiérarchie policière ce nouvel exemple de violence policière ne pose pas de problème. Dans un premier temps, le Service d’Information et de Communication de la police nationale (Sicop) avait déclaré que cette action ne nécessitait pas de saisie de l’IGPN, celle-ci n’étant saisie « que dans des évènements graves ».

Si face à l’ampleur médiatique prise par l’affaire, l’IGPN a finalement été saisie, le Sicop fait tout pour justifier l’action de ce CRS. Le Sicop déclare ainsi qu’il faudra « déterminer si le geste était légitime ou pas », en sous-entendant que le CRS en question avait peut-être était contraint d’avoir recours à ce type de matériau faute de moyen ! « On va chercher à comprendre le contexte. La priorité pour les forces de l’ordre est d’utiliser les moyens de défense dont ils sont dotés. Si ce policier a jeté un pavé, c’est peut-être car il n’avait plus de grenades sur lui. »

Le « syndicat » Unité SGP Police dans le même sens déclare : «  Ils n’ont pas des moyens inépuisables. Si la LBD est défaillante, s’il n’y a plus de grenades, c’est l’état de nécessité qui fait loi. En clair, si le groupe manquait de moyens, les pavés peuvent être un recours. Ça peut être de la légitime défense. » Christophe Castaner a lui préféré botter en touche : « Je n’ai pas à apprécier les images, on n’a toujours qu’un petit morceau d’image. En tout cas ce que j’ai vu me paraît suffisant pour déclencher cette enquête et je le dis sans aucun état d’âme ». Rappelons que depuis le mouvement des Gilets Jaunes, l’IGPN, saisie pour une vingtaine de cas, n’a condamné aucun policier jusqu’à présent.

Le Sicop, qui à l’évidence n’a pas peur du ridicule, n’hésite pas lui aussi à défendre la thèse de la légitime défense : « L’enquête doit aussi répondre à la question : ’Est-ce qu’il n’avait pas d’autre choix pour se défendre que de lancer ce pavé ?’ Ce qui rentrerait dans le cadre de la légitime défense, si la réponse est affirmative ». La vidéo, sur laquelle on voit un important groupe de policiers, casqués, protégés, et munis d’armes ayant mutilé des centaines de Gilets jaunes depuis le début du mouvement, attaquer sans répit les manifestants, ne laisse pas de doute sur le caractère grotesque de cette déclaration.

Il est évident en tout cas, que l’impunité totale de la police quant aux violences policières contre le mouvement social et les quartiers populaires, qu’elle est payée pour réprimer, est plus solide que jamais, dans un contexte où la répression la plus brutale reste le principal pilier sur lequel repose encore l’autorité de l’État.




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