La Commune n’est pas morte

Une démocratie d’un autre type. Les usages de la Commune de Paris

Matías Maiello

Une démocratie d’un autre type. Les usages de la Commune de Paris

Matías Maiello

150 ans après, la Commune de Paris reste une référence incontournable pour penser les voies d’une véritable démocratie. Mais la pluralité des lectures qui en sont faites montre que son héritage est toujours en dispute, y compris au sein de l’extrême gauche. Dans cet article, Matias Maiello propose de revenir sur les principales leçons qu’il est possible d’en tirer.

Le 18 mars 2021 marquait l’anniversaire de la Commune, 150 ans après que les ouvriers de Paris soient montés à l’assaut du ciel. La Commune fut le premier gouvernement ouvrier de l’histoire, s’érigeant au cœur même de l’Europe, semant une véritable terreur dans le cœur de tous les capitalistes et dirigeants du monde. Dès La Naissance de la tragédie (1872), Nietzsche met en garde contre la Commune en tant que prémisse à de « futures tempêtes » [1] et questionne : « qui nous garantit que la démocratie moderne, l’anarchisme encore plus moderne et surtout cette tendance à la Commune, à la forme sociale la plus primitive, chère aujourd’hui à tous les socialistes d’Europe, ne soient pas, dans l’essence, un monstrueux effet d’atavisme — et que la race des conquérants et des maîtres, celle des aryens, ne soit pas en train de succomber même physiologiquement ? » [2]. C’est ainsi qu’il exprime la panique sur le fait que les esclaves soient capables d’avoir une « moralité des maîtres ».

Face à cette crainte révérencielle des classes dirigeantes, de nombreux marxistes ont cherché à rendre postérieurement l’expérience de la Commune digeste pour l’opinion publique bienpensante. Comme le disait Lénine, la Commune « en paroles » est honorée par « tous ceux qui veulent se faire passer pour des socialistes » mais qui « oublient l’expérience concrète de la Commune de Paris, et [qui] répètent les vieilles sornettes bourgeoises sur la "démocratie en général". » [3]. Depuis lors, ces tentatives se sont encore multipliées. Mais que fut la Commune ?

Les usages de la commune

Marx a été le premier à saisir pleinement l’ampleur historique universelle de la Commune de Paris. Pour lui, « c’était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail » [4]. Elle était si importante que Marx et Engels ont jugé pertinent, comme on le sait, de « corriger » le Manifeste du Parti communiste. Ils déclarent en 1872 que face aux « expériences pratiques » comme la Commune « qui, pendant deux mois, mit pour la première fois aux mains du prolétariat le pouvoir politique, ce programme [celui du Manifeste] est aujourd’hui vieilli sur certains points. La Commune, notamment, a démontré que "la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l’Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte" » [5]. Ce fondement a été repris par Lénine dans L’État et la révolution, publié pendant la Révolution russe de 1917. La Commune fut la grande source d’inspiration des bolcheviks.

Dans le même temps, un courant s’est formé dans le sens contraire, cherchant à opposer la Commune de 1871 à la République soviétique. Son principal représentant est Karl Kautsky, pour qui le pouvoir des soviets était l’antithèse des conseils municipaux élus au suffrage universel de la Commune. Son objectif était de minimiser la rupture de classe, d’établir une continuité institutionnelle avec les mécanismes parlementaires de la démocratie bourgeoise, et tout au plus de reléguer les organes d’auto-organisation comme les soviets (conseils) à une place subordonnée pour discuter d’un point de vue corporatiste des « affaires des travailleurs ». Autrement dit de proclamer une sorte de « démocratie pure », envisagée en dehors de son contenu de classe, qu’il fallait mener « jusqu’au bout ». Il ne sera pas le dernier à formuler des thèses de ce type.

On trouve de telles lectures, par exemple, chez Nicos Poulantzas. Afin de soutenir la perspective de ce qu’il appelle le « socialisme démocratique », dans sa critique de la Révolution russe et du bolchevisme, il se demande : « n’était-ce pas plutôt cette situation elle-même, cette ligne elle-même (substitution radicale de la démocratie représentative par la seule démocratie directe à la base) qui fut le facteur principal de ce qui s’est passé en Union soviétique, déjà du vivant de Lénine, et qui a donné lieu au Lénine centralisateur et étatiste dont on connaît la postérité ? » [6]. De la même manière, et plus proche de nous, Antoine Artous reprochera à Lénine de ne pas prendre en compte la spécificité du système de représentation de la Commune dans sa lecture de Marx [7] et soutiendra que pour une stratégie communiste, la représentation politique passe par une assemblée élue au « suffrage universel », tandis que les « soviets » pourraient être une « "seconde chambre sociale", représentant les syndicats, associations, etc. qui défendent les intérêts économiques et sociaux des salariés et des couches populaires » [8].

De nos jours, dans le curieux débat sur le « retour à Kautsky » impulsé par le magazine Jacobin et un secteur de Democratic Socialists of America (DSA) aux Etats-Unis, on retrouve des tentatives pour réconcilier la perspective de Kautsky avec ses adversaires politiques, tels que Lénine, autour de la Commune de Paris. Lars Lih affirme que : « Les positions politiques des deux hommes se superposent bien plus que ce à quoi tout lecteur de L’État et la Révolution pourrait s’attendre. Certes, les différences sont encore très importantes ». Et il ajoute : « ... peut-être devrions-nous nous concentrer sur le programme politique commun de la gauche marxiste au cours des premières années du siècle dernier : une république avec des institutions radicalement démocratiques du même type que celles de la Commune » [9].

Pourtant, cette forme « enfin découverte » dont parle Marx à propos de la Commune va bien au-delà de ces lectures. La Commune a su déployer un nouveau principe démocratique qui ne peut être réduit aux différentes conceptions libérales et républicaines de la démocratie, même aux versions les plus radicales de cette dernière. Quelle a été sa grande innovation historique et quelles leçons stratégiques la Commune de Paris a-t-elle réellement proposées ? Voyons cela.

Une autre forme de démocratie

Tout d’abord, il faut rappeler que la Commune n’était pas un organe parlementaire, et ce pour plusieurs raisons. Comme le souligne Marx, il s’agissait d’un « corps agissant, exécutif et législatif à la fois ». C’est-à-dire que la Commune exécute les propres mesures qu’elle décide démocratiquement. Dans la pratique, elle rejette l’idée de « freins et contrepoids » (checks and balances) avec lesquels la démocratie capitaliste cherche à interposer des « barrières de contention » successives face à l’initiative populaire. Si Montesquieu voyait dans la séparation des pouvoirs la condition de la liberté (bourgeoise), la réassurance démocratique de la Commune réside dans le fait que tous les conseillers municipaux sont directement responsables devant leurs électeurs et peuvent être révoqués par eux à tout moment. Il en va de même pour les fonctionnaires judiciaires qui « furent dépouillés de cette fausse indépendance qui n’avait servi qu’à masquer leur abjecte soumission à tous les gouvernements successifs » [10], et devenir éligibles, responsables et révocables.

Marx voyait dans l’organisation à travers des conseillers élus et révocables par les arrondissements dans lesquels Paris était segmenté une « brève esquisse d’organisation nationale » qui, du fait de la brève existence de la Commune, ne parvint pas à se développer sur le plan national. Il disait que « la Commune devait être la forme politique même des plus petits hameaux de campagne [...]. Les communes rurales de chaque département devaient administrer leurs affaires communes par une assemblée de délégués au chef-lieu du département, et ces assemblées de département devaient à leur tour envoyer des députés à la délégation nationale à Paris ; les délégués devaient être à tout moment révocables et liés par le mandat impératif de leurs électeurs. » [11]. Comme l’a souligné Robin Blackburn [12], il n’est pas difficile de remarquer dans cette insistance de Marx un écho à la thèse de Rousseau, cependant, la Commune n’était pas pour l’auteur du Capital l’expression d’une « volonté générale » mais le produit même de la lutte des classes, « le produit de la lutte de classe des producteurs contre la classe des appropriateurs ».

En témoigne, d’une part, le fait que la plupart des membres de la Commune « étaient, naturellement, des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière » [13]. En effet, avec l’invasion prussienne et les insurrections successives, la bourgeoisie avait fui Paris, devenant un territoire dominé par la classe ouvrière, avec les artisans, les commerçants, les marchands, les secteurs de la petite bourgeoisie urbaine. Dans cette optique, la Commune élimine les privilèges des fonctionnaires et impose que tous ses membres reçoivent un salaire ouvrier. Avec ces mesures et bien d’autres, comme la séparation de l’Église et de l’État, l’expropriation des biens ecclésiastiques, l’enseignement gratuit et laïc, etc., la Commune « fournissait à la république la base d’institutions réellement démocratiques ». Marx ajoute : « mais ni le « gouvernement à bon marché », ni la « vraie république » n’étaient son but dernier ; tous deux furent un résultat secondaire et allant de soi de la Commune » [14].

La Commune était « la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail ». Sans cette condition, selon Marx, la Constitution communale aurait été « une impossibilité et un leurre », puisque « Le pouvoir politique du producteur ne peut coexister avec la perpétuation de son esclavage social. » [15]. Ainsi, au cours de sa courte existence, la Commune a exproprié et placé sous le contrôle de ses travailleurs les usines et ateliers qui avaient fermé, ou que leurs patrons avaient abandonnés, ou simplement ceux où les capitalistes avaient arrêté la production en guise de résistance ; elle l’a fait sans accorder la moindre indemnité. Celle-ci a aboli le travail de nuit pour les boulangers, les « amendes » que les bourgeois imposaient aux ouvriers comme sanction arbitraire pour baisser leurs salaires, etc. La Commune a également annulé le paiement des loyers et reporté le paiement des dettes de trois ans et annulé les intérêts, ce qui a allégé la situation économique de la petite bourgeoisie.

La plupart des lectures qui opposent la Commune de Paris aux soviets de la révolution d’Octobre 1917 ne voient dans la première que cette « vraie République » qui est venue démocratiser « jusqu’au bout » les institutions parlementaires, mais elles en négligent sa nature historiquement novatrice. La Commune a énoncé un principe opposé à celui de la démocratie bourgeoise. Cette dernière, par le biais du suffrage universel régulièrement mobilisé, se proclame l’expression de la « volonté populaire » tout en cherchant à maintenir atomisée la population en général - et la classe ouvrière en particulier - et à séparer les masses du gouvernement de l’Etat par le biais de divers mécanismes (reconnaissance purement formelle des libertés politiques, division des pouvoirs législatif et exécutif, impossibilité de révoquer les mandats, non-élection du pouvoir judiciaire, privilèges pour les haut-fonctionnaires, etc.). Cette forme permet au gouvernement d’une minorité, la bourgeoisie, de consolider - avec plus ou moins de succès - son hégémonie.

La Commune part du principe inverse : augmenter au maximum l’incorporation des masses dans le gouvernement effectif de l’Etat. Comme le disait Marx : « Au lieu de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante devait représenter de façon déformée le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple, constitué en communes, comme le suffrage individuel sert à tout employeur en quête d’ouvriers et de personnel de direction pour son entreprise. » [16]. Elle s’est donc constituée en une « corps agissant » et a articulé toute une série de mécanismes (garantie matérielle des droits politiques, fusion des pouvoirs législatif et exécutif, révocabilité des élus, abrogation des privilèges des fonctionnaires, élection et participation populaire aux tribunaux, etc.) pour que la population travailleuse gouverne au sens le plus large du terme : définir le cours politique mais aussi économique de la société, sans s’arrêter devant les prérogatives du capital.

Bien entendu, toutes ces mesures ont été considérées par la grande bourgeoisie comme un signe du despotisme le plus abject. C’est pourquoi les Versaillais ne se sont reposés avant de pouvoir marcher sur les cadavres des 25 ou 30 000 communardes et communards assassiné.e.s lors de la Semaine sanglante qui mit fin à la Commune de Paris. Cependant, la Commune n’avait pas eu contre les capitalistes un dixième de l’impitoyabilité dont ces derniers avaient fait preuve à son égard. C’était l’une des critiques de Marx, qui mettait en cause les refus de la direction du mouvement de « marcher sur Versailles », où se réfugiait le gouvernement bourgeois afin de le vaincre définitivement, mais aussi de prendre la Banque de France. Et c’est là l’un des points stratégiques centraux négligés dans les théories de la « démocratie pure ».

La Commune et la révolution

La Commune a tenté de détruire jusqu’à ses fondations l’appareil d’État bourgeois, bureaucratique, judiciaire, militaire et policier, en le remplaçant par une organisation autonome des masses ouvrières [17]. Ainsi, l’une de ses premières mesures a été d’abolir l’armée permanente et de la remplacer par le peuple en armes. Mais ce décret venait sanctionner une situation de fait : le pouvoir à Paris était déjà entre les mains du peuple en armes. Quelques références historiques sont nécessaires ici [18]. L’émergence de la Commune est inextricablement liée à la guerre franco-prussienne. En juillet 1870, l’empereur Napoléon III [19] déclare la guerre à la Prusse. Deux semaines plus tard, il capitule à Sedan et est contraint d’abdiquer. La Troisième République est alors instaurée le 4 septembre, mais le pouvoir reste entre les mains d’une majorité de monarchistes et de républicains avec Adolphe Thiers à sa tête. Dans le même temps, une situation de double pouvoir se crée progressivement autour des bataillons de la Garde nationale qui refusent de rendre leurs armes. Lorsque Thiers tente de les y contraindre, le peuple de Paris, avec les femmes en première ligne, lance une nouvelle insurrection le 18 mars 1871. Le gouvernement de Thiers doit s’enfuir à Versailles et le pouvoir reste entre les mains du Comité central de la Garde nationale.

C’est dans ce contexte, avec Paris assiégé par les forces prussiennes et Thiers à quelques kilomètres préparant la contre-offensive, que sont organisées les élections à la Commune de Paris le 26 mars. Le 30, le Comité central de la Garde nationale, qui avait jusqu’alors exercé le gouvernement, démissionne en faveur de la Commune. Celle-ci déclare la Garde nationale comme unique force armée et appelle tous les citoyens capables de prendre les armes à s’y enrôler. Ce fait renferme un problème stratégique fondamental. Il est devenu particulièrement d’actualité après la révolution russe de 1917, lorsque la Commune n’était plus seulement une grande inspiration révolutionnaire ou un apport à la théorie marxiste de l’État - contrairement à ceux qui, au sein de la Deuxième Internationale, avaient tenté de « l’actualiser » de manière réformiste - mais un témoignage vivant des problèmes stratégiques de vie ou de mort pour la révolution, que des dirigeants comme Lénine ou Trotsky pouvaient désormais lire à la lumière de leur propre expérience. Ce débat est également mis au premier plan par ceux qui, comme Kautsky, ont cherché à interpréter la Commune pour aller contre les bolcheviks et le pouvoir des soviets.

L’un des points centraux de Kautsky était le suivant :

« Une fois la Commune constituée, dit-il, le Comité central [de la Garde nationale] lui a remis son pouvoir le 28 mars. Oui, il a même semblé se dissoudre complètement. Mais la Commune n’a pas insisté, et il a donc continué à fonctionner sous la Commune dans le cadre de son appareil militaire. [...] le Comité central n’a jamais essayé d’interférer avec le principe selon lequel les élus du suffrage universel devaient avoir le pouvoir suprême. Il n’a jamais prétendu que tout le pouvoir devait reposer sur les conseils d’ouvriers et de soldats, c’est-à-dire, dans le cas présent, sur le comité central des bataillons d’ouvriers. Sur ce point, la Commune de Paris était l’exact opposé de la République Soviétique de Russie. Et pourtant, Friedrich Engels écrivait le 18 mars 1891, à l’occasion du vingtième anniversaire de la Commune de Paris : "Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat". On voit que Marx et Engels n’entendent d’aucune manière cette dictature comme l’abolition du suffrage universel, égal ou de la démocratie en général [20]. »

Ce type de raisonnement repose sur une série de sophismes qui, à plus d’un égard, ont fait école. En premier lieu, le caractère démocratique de la Commune n’était pas réductible au concept misérable de démocratie formelle ou « procédurale », ni même à celui de la dite « démocratie substantielle ». Il résidait justement dans le fait de constituer « la forme politique enfin trouvée » pour l’émancipation de la population laborieuse.

En termes de démocratie formelle, l’« illégalité » de la Commune était quasi absolue, plus encore, pourrait-on dire, que celle des soviets russes avant Octobre 1917. Qu’elle ait été élue au suffrage universel n’effaçait en effet pas le fait, bien plus important, que la Commune avait surgi de l’insurrection contre le gouvernement d’Adolphe Thiers. Peu auparavant, le 8 février 1871, les élections à l’Assemblée nationale tenues au suffrage universel avaient apporté, grâce au vote paysan, une large majorité aux secteurs monarchistes (orléanistes et légitimistes). Or, les premières mesures adoptées par la Commune ont été d’en finir avec la conscription et l’armée nationale permanente. En termes de démocratie formelle, c’était une dictature du Paris ouvrier sur la nation paysanne. [21]

A partir de cette situation, la Commune chercha à s’allier aux paysans. Comme Marx l’a signalé, « la Commune avait parfaitement raison en disant aux paysans : "Notre victoire est votre seule espérance" ».[22] Il y avait toute une série de problèmes vitaux « que la Commune seule était capable et en même temps obligée de résoudre en faveur du paysan : la dette hypothécaire, qui pesait comme un cauchemar sur son lopin de terre, le prolétariat rural, qui grandissait chaque jour sur cette parcelle et son expropriation de celle-ci qui s’opérait à une allure de plus en plus rapide du fait du développement même de l’agriculture moderne et de la concurrence de l’agriculture capitaliste ». [23] Marx pensait que le prolétariat parisien pouvait gagner la paysannerie, que « que trois mois de libre communication entre le Paris de la Commune et les provinces amèneraient un soulèvement général des paysans. » De là, l’empressement de Thiers « à établir un cordon de police autour de Paris comme pour arrêter la propagation de la peste bovine ». [24]

La Commune aurait eu besoin de davantage de temps, qu’elle n’a pas obtenu. La question stratégique clé est : pourquoi ? En d’autres termes, comment la Commune a-t-elle géré son temps et qu’aurait-elle pu faire pour le prolonger ? Avec son expérience de principal dirigeant de l’insurrection d’Octobre puis de l’Armée rouge pendant la guerre civile, Trotsky a proposé une réponse. Pour lui, le Comité central de la Garde nationale était de fait, parce qu’il avait été élu directement par les masses révolutionnaires, « un Conseil de députés des ouvriers armés et de la petite-bourgeoisie ».

Mais le 18 mars, après les premiers succès, ce Conseil s’est trouvé frappé d’indécision. Après qu’il eut failli à procéder à l’arrestation du gouvernement, et lui eut ainsi permis de fuir à Versailles, il lui fallait préparer sans retard l’assaut contre le quartier général de la contre-révolution (une recommandation partagée par Marx), envoyer des détachements rencontrer les troupes démoralisées de l’armée de Thiers, en cherchant à les diviser, en mandatant des émissaires au sein de leurs régiments, etc. Mais au lieu de cela, signale Trotsky, « le Comité central imagina des élections "légale" à la Commune. Il entra en pourparlers avec les maires de Paris pour se couvrir, à droite, par la "légalité". » Trotsky ajoute que « si l’on avait préparé en même temps une attaque violente contre Versailles, les pourparlers avec les maires auraient été une ruse militaire pleinement justifiée et conforme au but. Mais, en réalité, ces pourparlers n’étaient menés que pour échapper par un miracle quelconque à la lutte. » [25]

Trotsky tire ainsi une conclusion inverse de celle de Kautsky. Le prolétariat de Paris devait prendre conscience qu’il se trouvait dans une ville assiégée (par les troupes de Bismarck) et menacée par une contre-révolution qui se réorganisait à quelques kilomètres de là. Pour gagner le temps nécessaire afin de lutter pour l’hégémonie sur les masses paysannes, il avait besoin de consolider son pouvoir. Mais il lui manquait un parti de combat, qui se serait préparé à la révolution et aurait eu l’audace de passer à l’offensive.

« Glorifiant la démocratie de la Commune et l’accusant en même temps d’avoir manqué de hardiesse à l’égard de Versailles – écrit Trotsky –, Kautsky ne comprend pas que les élections communales, qui se firent avec la participation à double sens des maires et des députés "légaux", reflétaient l’espoir d’un accord pacifique avec Versailles. C’est tout le fond de la question. Les dirigeants voulaient l’entente et non la lutte. Les masses n’avaient pas encore épuisé leurs illusions. Les autorités révolutionnaires factices n’avaient pas encore eu le temps de révéler leur véritable nature. Et le tout s’appelait "démocratie". » [26]

Dans le même sens, les stratégies « légalistes » telles que celle défendue par Kautsky ont d’abord conduit la social-démocratie allemande à se soumettre au gouvernement impérial dans la Première Guerre mondiale, ensuite à défaire et dévier la révolution allemande de 1918-19, et à moyen terme à préparer le terrain pour l’accession de Hitler au pouvoir – y compris par la voie électorale du « suffrage universel ». [27]

La Commune, le programme démocratique-radical et les soviets
Après la Commune et en particulier à partir du XXe siècle, les structures sociopolitiques de l’Europe et de ses pays centraux se sont complexifiées. Face à l’émergence du mouvement ouvrier se sont articulées de nouvelles formes de bonapartisme – y compris sa variante la plus agressive, le fascisme – et des formes plus sophistiquées de démocratie bourgeoise, avec un « élargissement » de l’Etat – et dans ce cadre l’étatisation et la bureaucratisation des organisations du mouvement de masse – permettant d’occuper les espaces que la démocratie libérale traditionnelle avait laissés dégarnis, ainsi que d’« organiser » le consentement au lieu de seulement l’« espérer ». Comme Perry Anderson l’a signalé, « la forme générale de l’État représentatif, la démocratie bourgeoise, est en elle-même le principal verrou idéologique du capitalisme occidental. » [28] Il s’agira de questions clés sur un théâtre « occidental » très différent de celui que les révolutionnaires avaient affronté en Russie.

Ainsi, la préparation politique qui avait manqué à la Commune inclut, entre autres questions [29], le fait de combattre ces illusions légalistes dans les mécanismes de la démocratie bourgeoise. De ce point de vue, Trotsky s’est réapproprié de façon innovante le programme démocratique-radical de la Commune, dans le cadre d’un programme transitoire de lutte pour le pouvoir des travailleurs. Sa formulation la plus expressive a figuré en 1934 dans le « Programme d’action de la Ligue communiste », face à cette même Troisième République qui s’était créée sur le sang des communards. Avec les travailleurs qui envisageaient de défendre la démocratie bourgeoise face aux attaques de la droite fasciste et bonapartiste, il engageait le dialogue suivant :

« Nous sommes donc fermement partisans d’un État ouvrier et paysan qui élimine du pouvoir les exploiteurs, les oppresseurs, les magnats du féodalisme moderne (…) Gagner la majorité de nos frères de classe à ce programme est notre but suprême. Cependant, tant que la majorité de la classe ouvrière reste sur la base de la démocratie bourgeoise, nous sommes prêts à la défendre de toutes nos forces contre les attaques violentes de la bourgeoisie bonapartiste et fasciste. Mais nous exigeons de nos frères de classe qui se réclament du socialisme "démocratique" qu’ils soient fidèles à eux-mêmes, qu’ils s’inspirent des idées et des méthodes non de la Troisième République, mais de la Convention » [de 1793]. [30]

De cette façon, en commençant par constater que les objectifs différaient entre communistes et travailleurs social-démocrates, il avance un programme transitoire qui inclut la défense de la démocratie bourgeoise contre les attaques de la bourgeoisie, en vue de former un front unique entre ces deux secteurs du mouvement ouvrier. Immédiatement après, pour faire avancer ce front, il oppose les méthodes révolutionnaires aux méthodes parlementaires, avant de faire sien le programme de la Commune de Paris :

« A bas le Sénat, chambre élue au suffrage restreint et qui rend illusoire les pouvoirs du suffrage universel ! A bas la présidence de la République qui sert de point de concentration occulte à toutes les forces du militarisme et de la réaction ! Une assemblée unique doit concentrer le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Les membres en seraient élus pour deux ans, au suffrage universel depuis l’âge de dix-huit ans, sans distinction de sexe ni de nationalité. Les députés seraient élus sur la base d’assemblées locales, constamment révocables par leurs mandants et recevraient pendant le temps de leur mandat le traitement d’un ouvrier qualifié. » [31]

Trotsky réaffirme ce point en soulignant qu’ « une démocratie plus large faciliterait la lutte pour le pouvoir ouvrier ».

Mais qu’est-ce que cela a à voir avec sa défense déterminée des soviets (ou conseils) dans la polémique contre Kautsky ? Le raisonnement était le suivant : la lutte pour la constitution des organismes soviétiques est fondamentale pour la révolution [32], en tant qu’organes de l’insurrection et comme échafaudage de la démocratie ouvrière dans la dictature du prolétariat. Mais les soviets (conseils) sont des organismes pour un front unique de masse, et quelle était la condition pour pouvoir constituer le front unique ? L’unité d’action avec la majorité des travailleurs qui avaient, eux, confiance dans la démocratie bourgeoise et voulaient la défendre contre l’avancée du fascisme. Que leur a proposé Trotsky ? De défendre la démocratie bourgeoise contre les attaques de la bourgeoisie elle-même, non pas avec des méthodes parlementaires mais avec celles de la lutte des classes, non pas sous les bannières du régime décadent de la Troisième République mais sous celles de la démocratie radicale. Cette articulation permettait d’établir un pont transitoire entre la conscience réformiste des masses ouvrières et la préparation des conditions de l’offensive révolutionnaire (de l’insurrection). Non seulement parce qu’elle rendait possible l’avancée du front unique des travailleurs contre la bourgeoisie, mais aussi parce que cette action commune dans la lutte des classes favorisait la conquête de la majorité par les révolutionnaires dans la perspective d’une lutte pour gouvernement du peuple travailleur.

A travers cette orientation, Trotsky propose une alternative à l’idée kautskyenne de la « défense passive » dans la poursuite d’une « démocratie pure » qui n’a jamais existé dans l’histoire. Si, en 1871, les illusions légalistes ont abouti à l’indécision de la Commune, tandis que la contre-révolution répondait par le massacre à grande échelle qui fut le baptême du feu de la Troisième République française « démocratique », dans les années 1930, la stratégie légaliste de collaboration de classe du Front populaire (entre les partis communiste, socialiste et radical) a mis fin à la Troisième République de manière aussi abominable que son origine. Après les accords de Munich (1938) du gouvernement d’Édouard Daladier [33] avec Hitler, en 1940 les nazis envahissent la France. La bourgeoisie française se rend rapidement et installe dans les territoires non occupés le régime collaborationniste nazi de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain. Plus d’un demi-siècle plus tard, Daladier a mené jusqu’au bout l’œuvre de Thiers et Hitler celle de Bismarck. Ainsi meurt la Troisième République.

Un nouveau principe démocratique

150 ans après la Commune de Paris, et malgré son extension sous diverses formes, la démocratie bourgeoise, avec sa conception misérable de la démocratie, n’a jamais été capable de répondre aux interrogations de la Commune. Comme Antonio Gramsci l’a souligné :
« ... nous pourrions écrire une série d’articles intitulés "A la recherche de la démocratie", et démontrer que la démocratie n’a jamais existé. Et en effet, si la démocratie signifie [...] le gouvernement des masses populaires, exprimé par un Parlement élu au suffrage universel, alors dans quel pays y a-t-il jamais eu un gouvernement qui réponde à ce critère ? Même en Angleterre, berceau du régime parlementaire et de la démocratie, le Parlement est flanqué de la Chambre des Lords et de la monarchie. Les pouvoirs de la démocratie sont, en réalité, nuls et non avenus. [...] Et y a-t-il une démocratie en France ? A côté du Parlement, on trouve le Sénat, qui n’est pas élu au suffrage universel mais par deux niveaux de grands électeurs qui ne sont eux-mêmes que partiellement l’expression du suffrage universel, et il y a aussi l’institution du président de la République. » [34]

Gramsci conclut ironiquement que ces institutions existent précisément « pour modérer les excès possibles du Parlement élu au suffrage universel ».

Il ne serait pas très difficile de multiplier ce type d’exemples qui vont jusqu’à aujourd’hui. Sans chercher bien loin, la principale démocratie capitaliste du monde, les États-Unis, fournit un exemple de plus en plus clair des mécanismes auxquels Gramsci faisait référence. À la tête du système représentatif se trouve une institution présidentielle bonapartiste qui n’est même pas élue au suffrage direct, mais par un « collège électoral ». Un système de bipartisme presque incontournable qui établit d’innombrables restrictions rendant tout nouveau parti national presque juridiquement impossible. Un fédéralisme qui permet de restreindre les droits électoraux au niveau des États et d’organiser les élections comme bon leur semble (répartition arbitraire des lieux de vote, « suppression » des électeurs, conception arbitraire des districts). Plus de 21 millions de citoyens qui ne disposent pas des documents requis pour voter. Un Sénat oligarchique et un pouvoir judiciaire en cascade comme « contre-majoritaire », qui constituent le système des « freins et contrepoids » dans le cadre de la myriade de mécanismes visant à garantir la séparation entre « le gouvernement » et les masses populaires.

Cependant, depuis la défaite de la montée des luttes de classe dans les années 1970, et plus encore après la débâcle des États ouvriers bureaucratiques et les discours sur la « fin de l’histoire », l’idée de la démocratie bourgeoise comme seule démocratie possible s’est imposée. En Amérique latine, cet axiome a été particulièrement répandu à la fin des dictatures qui ont balayé la région. Cette conception d’une démocratie « pure » sans contenu de classe imprègne aujourd’hui encore les courants du dit « socialisme démocratique » ou chez les partisans d’une « démocratie jusqu’au bout ». Mais comme l’a montré le développement du néolibéralisme, la démocratie « pure » n’existe pas ; ses différentes formes sont inséparables de la classe dont elles expriment la domination. Aujourd’hui, le rétrécissement des bases de l’hégémonie bourgeoise entraîne la prolifération d’éléments de crise organique sous des formes les plus diverses. Les tendances autoritaires et bonapartistes pullulent, mais aussi des phénomènes de lutte de classes qui, tout en restant dans l’ensemble sous la forme de révoltes, se sont multipliées depuis 2018 et à l’occasion du soulèvement des Gilets jaunes.

Dans ce cadre, l’actualité et l’originalité de la Commune consistent précisément à avoir déployé un nouveau principe démocratique, qui se développera des décennies plus tard dans les soviets russes, d’abord en 1905, puis en 1917 de manière beaucoup plus large, en prenant le pouvoir par le biais des bolcheviks ; ces mêmes soviets dont le stalinisme a du se débarrasser pour imposer la dictature de la bureaucratie. Cette « tendance à la Commune » que Nietzsche craignait, sans parvenir à un gouvernement ouvrier, est apparue avec plus ou moins de développement dans la plupart des processus révolutionnaires sous des noms différents, des Räte allemands aux Shoras iraniens, en passant par les cordons industriels chiliens ; on en reconnaît même des éléments dans les coordinations inter-usines de 1975 en Argentine. Elle a également dû faire face à des ennemis nouveaux et anciens : étouffée par les bureaucraties du mouvement de masse, ou écrasée par la contre-révolution, ou une combinaison des deux. D’où l’importance, face aux nouveaux développements de la lutte des classes, d’articuler les voies pour l’émergence de la classe ouvrière en tant que sujet, de faire sauter les structures bureaucratiques qui pèsent sur le mouvement des travailleurs et des masses, et de déployer la force nécessaire pour la construction d’un parti révolutionnaire de combat.

De la Commune à ce jour, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Mais ses deux mois d’existence, et les leçons stratégiques qu’elle a laissées ont montré la puissance de la créativité des masses laborieuses, leur capacité à forger de nouvelles institutions de pouvoir et la perspective d’organiser la société sur de nouvelles bases. Un siècle et demi plus tard, pour paraphraser Lénine, il ne s’agit pas d’ « honorer la Commune en paroles » mais de lutter pour achever son œuvre.

Traduction Flo Balletti, Jean-Philippe Divès et Marina Garrisi

[1] Nietzsche, Friedrich, La Naissance de la tragédie, trad. par Patrick Wotling, Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, 2013.

[2] Nietzsche, Friedrich, Généalogie de la morale, trad. par Patrick Wotling, Paris, Le Livre de Poche, 2000.

[3] Lénine, Vladimir Ilitch, Thèses sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne, 1919.

[4] Marx, Karl, La Guerre civile en France, [1871], cf. Sur la Commune de Paris, Textes et controverses, précédé de Evénement et stratégie révolutionnaire de Stathis Kouvélakis, Les Editions sociales, 2021.

[5] Marx, Karl et Engels, Friedrich, « Préface à l’édition allemande de 1872 », in Le Manifeste du Parti communiste

[6] Poulantzas, Nicos, L’État, le pouvoir, le socialisme, Paris, PUF, 1978, 300 p. (rééd. Paris, Les Prairies Ordinaires, 2013, 387 p.). Cf. l’entretien de Henri Weber avec Nicos Poulantzas : « L’État et la transition au socialisme », Critique Communiste, n.° 16, juin 1977. Voir aussi : Gutiérrez, Gastón et Varela, Paula, “Poulantzas, la democracia y el socialismo” (Ideas de Izquierda N.° 19, mayo 2015), disponible ici.

[7] Artous, Antoine, Marx, l’État, et la politique, Paris, Syllepse, 1999, p. 266.
Pour une critique des approches d’Artous lire Cinatti, Claudia et Albamonte, Emilio, « Más allá de la democracia liberal y el totalitarismo ».

[8] Artous, Antoine, « Democracia y emancipación social (II) », Vientosur, 24/4/2005. Dans le cas de Poulantzas comme dans celui d’Artous – et comme précédemment dans celui de Kautsky - il s’agissait de justifier l’abandon du concept de « dictature du prolétariat ». Le premier accompagnant l’agiornamento social-démocrate des PC à travers la perspective « eurocommuniste », le second, le tournant vers l’ « anti-néolibéralisme » ou l’ « anticapitalisme » vague de l’ex-Ligue communiste révolutionnaire (LCR) française, qui se dissoudra pour fonder le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en 2009.

[9] Lih, Lars, « Kautsky y Lenin sobre la república y el Estado », Sin Permiso, 19/5/2013.

[10] Marx, Karl, La Guerre civile en France, op. cit.

[11] Ibid.

[12] Blackburn, Robin, “Marxism : Theory of proletarian revolution”.

[13] Marx, Karl, op. cit.

[14] Ibid.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Lénine, Vladimir Ilitch, op. cit.

[18] Pour découvrir les événements de la Commune de Paris, voir ici.

[19] Napoléon III avait pris le pouvoir après la défaite de la révolution de 1848.

[20] Kautsky, Karl, Terrorisme et communisme, trad. par Nadine Stchoupak, éditions du Sandre, 2007.

[21] Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920, disponible ici

[22] Karl Marx, La guerre civile en France, op. cit.

[23] Ibid.

[24] Ibid..

[25] Léon, Trotsky, Les leçons de la Commune, 1921, disponible ici.

[26] Léon Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920, disponible ici.

[27] « L’armée politique de Hitler est composée de fonctionnaires, d’employés de bureau, de commerçants, de représentants, de paysans, toutes les classes intermédiaires et peu fiables. Du point de vue de la conscience sociale, c’est une poussière d’humanité. Il est paradoxal que Hitler, avec tout son anti-parlementarisme, soit beaucoup plus fort sur le terrain parlementaire que sur le plan social. La poussière fasciste reste de la poussière après chaque décompte électoral. » (Léon Trotsky, « Sur la victoire de Hitler », 10 mars 1933, Writings of Leon Trotsky vol. 7, Pathfinder, New York, 1972, disponible ici en anglais)

[28] Perry Anderson, Sur Gramsci,Maspero.

[29] Certaines d’entre elles ont été développées dans un article récent : voir, dans RPD, Trotsky, Gramsci et l’émergence de la classe ouvrière comme sujet hégémonique, d’Emilio Albamonte et Matías Maiello.

[30] Programme d’action de la Ligue communiste, juin 1934, https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1934/prog34.htm#N10A5B

[31] Ibid..

[32] Trotsky souligne que « Si le régime parlementaire, même à l’époque de son développement "paisible" et sûr, ne traduisait qu’assez grossièrement l’état d’esprit du pays ; si, à l’époque des tempêtes révolutionnaires, il a complètement perdu la faculté de suivre la lutte et l’évolution de la conscience politique, le régime des Soviets institue un contact infiniment plus étroit, plus organique, plus honnête avec la majorité des travailleurs. Sa signification la plus importante n’est pas d’exprimer statiquement la majorité, mais de la formuler dynamiquement. », in Terrorisme et communisme, op. cit.

[33] Édouard Daladier (1884-1970), chef du Parti radical français, prend la tête du gouvernement après le départ du gouvernement du Front populaire en avril 1938.

[34] Antonio Gramsci, « The peasants and the dictatorship of the proletariat », Il Mondo, 1926, traduit par nous car il n’existe pas d’édition française. Traduit par nous pour le présent article.

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