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Xénophobie. Les Bulgares et les Roumains paieront plus cher leurs visas de travail en Grande-Bretagne

Une mesure démagogique et nationaliste qui augmente le risque de travail surexploité et renforce la dépendance des travailleurs saisonniers bulgares et roumains vis-à-vis de leurs patrons.

mercredi 20 janvier

Crédits Photo : AFP

Le Royaume-Uni a mis en place de nouveaux visas de travail payants pour les travailleurs étrangers à la suite du Brexit. Ces visas seront plus chers pour les travailleurs originaires de Bulgarie et de Roumanie. Comble de l’hypocrisie, ce sont ces mêmes saisonniers qui ont travaillé intensivement durant l’année 2020 dans les champs britanniques en pleine pandémie et en pleine pénurie de main d’œuvre.

Les quotas de délivrance de visas pour travailleurs étrangers, mis en place en 2019 pour les emplois saisonniers, ont été dévoilés en ce début d’année pour le Royaume-Uni, c’en sont 30 000 qui seront délivrés pour 2021 contre 10 000 en 2019. Cette augmentation ne vient pas seule puisqu’elle est accompagnée d’une hausse du prix de délivrance de ces visas. Le prix fixé est de 244 livres mais l’ensemble des pays membres de l’UE bénéficie d’un rabais de 55 livres. Tous les pays membres sauf visiblement la Bulgarie, l’Estonie, Lituanie, Slovénie ainsi que Roumanie.

Au-delà de cette hausse du prix des visas, il est nécessaire que les travailleurs étrangers bénéficient d’un « sponsor » employeur au Royaume-Uni ainsi qu’au minimum 1270 livres sur leur compte bancaire ! Un montant que les travailleurs des pays de l’Est n’ont pas forcément toujours à disposition, ou parfois en liquide, d’autant plus s’ils sont obligés de partir jusqu’au Royaume-Uni pour avoir un revenu. En ce sens, Nelli Shevchenko, responsable de l’immigration chez Taylor Hampton Solicitors soulignait auprès du journal Emerging Europe que « les travailleurs migrants sont le plus souvent à la merci de leurs sponsors qui les ont amenés au Royaume-Uni. Les coûts élevés des frais de demande de visa et l’exigence de preuves financières laissent les migrants vulnérables à la dépendance de leur employeur ».

D’ailleurs, en plus du prix du visa et les fonds exigés, ces travailleurs ne pourront ni changer d’employeur pour la durée de leur visas, ni changer de secteur de travail. C’est ce que souligne une fois de plus Nelli Shevchenko : « De plus, le système de visa ne permet pas aux travailleurs saisonniers de changer d’employeur ou de catégorie de main-d’œuvre. Cela signifie qu’une fois au Royaume-Uni, les travailleurs saisonniers sont liés à leur employeur et ne peuvent pas partir. Cela transfère le pouvoir entre les mains des employeurs et permet le système d’abus et d’esclavage moderne ». Incroyablement, ces mesures ressemblent fortement au système semi-esclavagiste de « Kalafa » mis en place dans certains pays du Moyen-Orient contre les travailleurs étrangers.

Autre mesure restrictive : ces travailleurs devront fournir leur empruntes et des photographies à TLScontact dont les centres se situent très souvent au sein des grandes villes et des capitales, ce qui entraînera des coûts supplémentaires pour s’y rendre.

Selon le Bureau de l’intérieur (Home Office) cette hausse du prix des visas pour ces quelques pays est du au fait qu’ils n’aient pas ratifié la Charte Sociale Européenne de 1961, qui prévoit notamment l’encadrement des travailleurs détachés. Pour autant, le pouvoir britannique aurait pu égaliser le coût des visas sans aucune contradiction avec le texte précité, il s’agit d’un choix délibéré tel que l’affirme Emerging Europe : « Le Royaume-Uni pourrait toutefois appliquer unilatéralement la réduction à tous les pays de l’UE. Il choisit de ne pas le faire ».

Cette mesure discriminante vis-à-vis des travailleurs des pays de l’Est est d’autant plus scandaleuse qu’en 2019, 98% des travailleurs agricoles étaient d’origine étrangère, toujours selon Emerging europe, et principalement bulgares et roumains. Le pays a connu une légère pénurie de ressources alimentaires au cours de l’année 2020 par manque de travailleurs, au vu des restrictions de déplacement entre pays, provenant de l’étranger. En ce sens et pour rajouter à l’hypocrisie de cette révision des visas, les travailleurs roumains et bulgares sont ceux qui ont le plus contribué au maintien de la production, de la distribution et de l’économie Agricole durant la pandémie qui a sévèrement touché le Royaume-Uni.

Cette mesure est purement démagogique et nationaliste de la part des autorités britanniques. Elle renforce la précarité et l’exploitation des travailleurs et travailleuses migrantes d’Europe de l’Est sous prétexte de favoriser l’embauche des travailleurs nationaux. Mais comme l’expérience depuis des années le montre, les conditions de travail dans les campagnes étant tellement dures et les conditions de travail aussi désavantageuses les travailleurs locaux refusent ces postes.

Ainsi, les capitalistes britanniques montrent encore une fois qu’ils considèrent les pays d’Europe de l’Est comme leur arrière-cour semi-coloniale d’où puiser une main d’œuvre bon marché. Evidemment, cela est loin d’être l’exclusivité du Royaume-Uni, l’ensemble des pays impérialistes européen le font, comme on le voit chaque année en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Portugal et bien sûr en France !




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