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Politique

Le fameux « pot-au-feu »

5 mai : Généraliser les manif’ le week-end pour mettre un « Stop à Macron » ?

Le « pot-au-feu » commence-t-il à prendre ? Impulsée par la France Insoumise, cette manifestation du 5 mai, un week-end, a, semble-t-il atteint les objectifs fixés par ses organisateurs : festive, bon enfant et pacifique. Retour sur la manifestation du 5 mai.

Tous les ingrédients semblaient réunis ce samedi 5 mai pour faire la « Fête à Macron ». Plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la rue faisant la jonction entre des profils de « manifestants » plus ou moins variés, des militants rompus à la mobilisation aux salariés moins habitués à battre le pavé, parfois en famille. Dans le cortège, quatre grands chars sur lesquels se tenaient un faux Macron, haranguant la foule avec des slogans sur fond de musiques entrainantes. Les musiciens de la Fanfare invisible faisaient monter l’ambiance avec des chants de lutte. Combativité et pacifisme avec le « citoyen » au cœur, l’osmose est réussie. Les forces de police veillaient cependant au grain. Quelques 2 000 policiers, soit 500 de plus que pour le 1er Mai parisien, étaient mobilisés et avaient pris soin de barricader l’ensemble des intersections attenantes au parcours de la manifestation. Si les forces de polices ont escorté le cortège, elles n’ont cependant pas usé des provocations et de la répression habituelle, une chance que n’ont pas eu, les cheminots en grève, matraqués et gazés le 7 mai pour un rassemblement pacifique, gare Montparnasse.

Cette manif, le week-end, a-t-elle permis de mieux mobiliser ?

La France Insoumise avait dans un premier temps décompté près de 160 000 personnes avant de se raviser avec un chiffre plus raisonnable de 100 000 manifestants. Selon des organisateurs du collectif Fête à Macron, ce sont près de 80 000 manifestants qui ont défilé ce samedi 5 mai d’Opéra jusque place de la Bastille. Le collectif de médias dits indépendants a annoncé, de son côté, environ 39 000 manifestants, un chiffre inférieur à celui de la préfecture de police qui a dénombré 40 000 personnes ce 5 mai. Habituelle, cette guerre des chiffres prend une importance particulière dans ce type de manifestation « citoyenne » le week-end où l’aspect quantitatif est une composante déterminante. L’un des arguments centraux pour manifester, en fin de semaine, étant, selon La France Insoumise, la difficulté pour certains secteurs de la population à se mettre en grève et à participer aux manifestations. Quantitativement, pourtant, ce 5 mai a moins mobilisé que la journée de grève et de manifestation massive du 22 mars, où cheminots et fonction publique avaient convergé à Paris.

Manif’ Nuit Debout ou bus à impériale ?

« Le pot-au-feu mijotait au son des fanfares, aux cris de toutes les revendications, aux mots d’ordre des secteurs en lutte, à la simple joie d’être unis tous ensemble dans une même direction » expliquent deux organisateurs du collectif Fête à Macron dans un billet pour le moins critique de leur propre manifestation. Pour certains organisateurs, l’idée originelle, que la conférence de presse organisée dans un bar de République a confirmé, c’était de rassembler une manif’ de type Nuit Debout, comme en témoigne la composition du cortège. Un « carré des luttes », des collectifs de sans-papiers, sans-logement et chômeurs, une centaine d’étudiants combatifs, des associations comme Attac étaient présentes. Les organisations politiques étaient appelées à se faire discrètes pour laisser place aux « citoyens ». Pourtant, « là, au milieu de cette cuisine populaire, a surgi un resto 3 étoiles, une espèce de lieu gastronomique réservé à certains : un bus à impériale ! » continue le billet.

On pouvait s’en douter

Pour le moins acerbe, ce communiqué de deux organisateurs à charge contre Mélenchon est pour le moins surprenant tant nombre de signes illustraient que La France Insoumise et ses comités du 5 mai avaient pris à leur compte l’initiative de mobilisation par « en bas » de Ruffin et Lordon. Des « groupes d’action » ont été mis en place pour « organiser les déplacements » (cars, trains, covoiturages) » et ont reçu « 1,5 million de tracts, 50 000 affiches et 100 000 autocollants imprimés pour faire de cette initiative un succès ». En début de manifestation, des milliers de pancartes siglées du logo de LFI ont été distribuées. Pour exemple, dans le cortège « jeunes », un étudiant qui tient une pancarte qui indique « Pour le progrès humain » siglée du « phi » de La France insoumise : « Je ne suis pas du tout militant, mais j’ai pris la pancarte parce que je suis d’accord avec le slogan », explique-t-il à Mediapart. L’énorme bus à étage de Mélenchon n’étant en définitive que le couronnement de tout cela.

Construire un « tous ensemble » contre Macron ou un « tous derrière » Mélenchon ?

Selon le plan du cortège fourni aux médias, les organisations politiques étaient censées être reléguées en toute fin de manifestation. Pourtant, l’énorme « bus à impériale » a été avancé dans la première moitié du cortège, affirme Mediapart. Derrière les deux grands cortèges de FI se succédaient les différentes organisations politiques ayant appelé au 5 mai, le PCF, le NPA, et Générations. C’est sur le bus à impériale que les députés LFI ont dénoncé tour à tour le « président des riches ». Pour organiser le « Carré des luttes », c’est même le secrétaire national du Parti de gauche qui était à la manœuvre comme l’affirme Médiapart. « C’est lui, déjà, qui avait organisé le ‘défilé’ de la place Stalingrad en 2016, lançant la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon », continue le journal.

La France Insoumise était donc partout à gérer les moindres détails du cortège d’une manifestation « tous derrière » Mélenchon et sa stratégie de « révolution par les urnes ». Thomas Guenolé, politologue de LFI, l’explique à sa manière : « La manifestation du #5Mai a été un très grand succès : beaucoup de monde, festif, et la convergence des luttes avance. Notre stratégie de construction d’un peuple conscientisé autour d’un projet commun de transformation de système, la ‘révolution par les urnes’, avance. »

Manifester le week-end ou durcir la grève ?

Comme un remake. « 180 000 personnes commencent à marcher. Plus que le 18 mars : énorme !!! » twittait Eric Coquerel le dimanche 5 mai 2013. Cinq ans en arrière jours pour jour, Mélenchon, alors au Parti de gauche, organisait une « marche citoyenne » contre l’austérité, dans le contexte de l’affaire Cahuzac, et affichait déjà son caractère historique. La méthode n’est donc pas nouvelle : le jour change, parfois, le dimanche ou le samedi, mais toujours le week-end. Sous Hollande, les manifestations du dimanche 30 septembre 2012, du dimanche 5 mai 2013, du samedi 12 avril 2014 avaient-elles permis de construire le rapport de force pour le faire reculer ? Il semble que non. Mais, c’est cette même multiplication des manifestations le week-end qu’est en train de ré-instituer Mélenchon, comme un substitut à la généralisation de la grève à « tous les secteurs ».

Nous restons, pour notre part, persuadés que c’est par la grève et par sa généralisation dans un « tous ensemble » qu’il sera possible de stopper le rouleau compresseur du gouvernement et de passer à la contre-offensive. Pour notre part, ce 5 mai, nous avons participé aux côtés des cheminots et étudiants mobilisés et qui ont récolté quelque 16 000 euros pour les caisses de grève des cheminots, une somme importante pour des cheminots en grève, pour certains depuis le 3 avril. Un mouvement de grève qui se doit, cependant, de durcir et de s’élargir, pour arracher le retrait du plan ferroviaire, ni amendable, ni négociable, et faire reculer Macron et son monde.




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