Société

Le harcèlement tue !

A 11 ans, elle se suicide, après avoir survécu au cancer

Publié le 4 novembre 2016

Bethany Thompson venait de rentrer au collège de North Lewisburg (Ohio). Elle avait 11 ans.
A 3 ans, elle avait affronté une tumeur au cerveau. Elle avait subi une opération chirurgicale qui lui avait laissé des séquelles au visage, notamment un "sourire tordu".

Camille Pons

C’était difficile à supporter, mais son entrée au collège a tout changé. Elle y était victime de harcèlement, subissait de nombreuses moqueries sur son visage. « Je pense qu’elle n’en pouvait simplement plus. Elle pensait que personne ne pouvait plus l’aider » explique sa mère.
Le 19 octobre, Bethany avait dit à sa meilleure amie son intention : "Elle lui a dit qu’elle l’aimait et qu’elle serait sa meilleure amie pour la vie. Mais qu’elle allait se suicider quand elle rentrerait chez elle".
En rentrant chez son père, elle trouve l’arme à feu sur une étagère, et la retourne contre elle.

Auparavant, elle s’était plainte à la direction de l’école, dont le directeur affirme qu’il avait alors "résolu le problème" (sic !).

De quoi est morte Bethany ?

La plupart des médias traite l’histoire comme un fait divers, un malheureux fait du hasard, qui est tombé sur cette fille comme cela aurait pu tomber sur une autre.
Et pourtant, le drame de Bethany révèle beaucoup de choses.
Premièrement, il nous rappelle à quel point le harcèlement (scolaire ou pas d’ailleurs) est destructeur. Mais le harcèlement n’agit pas dans l’abstrait. Il s’appuie sur un ensemble normes (physiques, intellectuelles, morales) que l’on est sommé de respecter.

Ici, son suicide nous rappelle la violence des canons de beauté imposés socialement. On doit être beau et belles. Entendez, visages symétriques, taille fine, sourire comme les affiches publicitaires que l’on voit partout, etc... Les préjugés de beauté, fortement ancrés en nous, sont là pour nous rappeler violemment tout écart de la norme un peu trop grand. Le harcèlement scolaire n’échappe pas à cette logique.

Ce suicide nous rappelle brutalement aussi les inégalités, que ce soit face aux canons de beauté, ou face au cancer. Les riches peuvent mieux se soigner, avoir accès à des chirurgies esthétiques, notamment dans un pays sans sécurité sociale comme les Etats-Unis... Ils peuvent aussi plus facilement proposer un enseignement privé à leurs enfants, dans un cas similaire par exemple.
Les pauvres, eux, sont priés de vouloir leur ressembler, ou de souffrir en silence.