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Politique

Grève du 10 octobre dans la fonction publique

A Paris, 50 000 fonctionnaires ont manifesté. Le ras-le-bol, des écoles fermées, des étudiants à leurs côtés.

Plus 50 000 fonctionnaires ont manifesté cet après midi entre la place de la République et de la Nation à Paris, à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales de la fonction publique - CFDT, CGC, CFTC, CGT, FA, FO, FSU, UNSA et Solidaires. Au sein du défilé, surtout aux couleurs CGT, des cortèges d’enseignants auto-organisés, des étudiants des facs parisiennes mobilisés, mais aussi, le retour du « cortège de tête ».

Un prof sur trois en grève, selon le SNES

A cette journée de mobilisation unitaire de la fonction publique, ce sont d’abord les taux de grévistes relativement importants – 14% dans la fonction publique d’Etat, 9.5% pour les territoriaux et 17.5% chez les enseignants –, qui ont donné le ton. Près de 1 enseignant sur 3 a fait grève dans le primaire, 1 enseignant sur deux en Seine-Saint-Denis. Les cantines, les crèches et les établissements scolaires plus généralement ont été perturbés. Fait rare, les organisations syndicales des hôpitaux publics avaient également appelé les médecins à faire grève aux côtés des infirmières et des aides-soignantes, entraînant des « assignations » de l’administration, soit l’obligation de travailler badgé « en grève ».

Dans la manifestation, le carré de tête, où étaient symboliquement rassemblées les couleurs des drapeaux des organisations syndicales - CFDT, CGC, CFTC, CGT, FA, FO, FSU, UNSA et Solidaires- ayant appelé à se mobiliser, deviendra rapidement la coupure entre deux cortèges distincts. A l’arrière, il y a les cortèges syndicaux, CGT en tête. La centrale de Montreuil est clairement la plus visible avec des cortèges CGT Finances publiques, Culture, Déchets, particulièrement visibles. Les forces FO et CFDT, à l’arrière, sont plus disparates.

« A Bobigny, on a réuni en AG, des enseignants de 6 collèges, d’un lycée, et d’une école du secteur »

Parmi les drapeaux rouges, défilent des enseignants, des assistants d’éducation en grève, organisés par établissements. Les collèges Auguste Delaune, Jean-Pierre Timbaud, Pierre Sémard et République, le lycée Louise Michel, défilent derrière la banderole des établissements de Bobigny (93). Une cinquantaine de personnes se sont réunies, le matin même, en Assemblée Générale de secteur à Bobigny et ont appelé à se mobiliser, de nouveau, le 19 octobre, journée à laquelle appelle la CGT ;« Il n’y avait pas seulement des profs, mais aussi des ATTE [Agent territoriaux], des AED [assistant d’Education] des établissements. Des responsables de la CGT territorial, de Sud protection sociale, nous ont également rejoints. Et on a décidé de mener des actions communes et d’appeler au 19 octobre » raconte Pierre, enseignant à Bobigny.

A leurs côtés, on retrouve beaucoup d’établissements de Seine-Saint-Denis, de Drancy, de Stains, d’Epinay, de Saint-Denis, de la Plaine, département dans lequel le taux de gréviste chez les profs était de 50%. Parmi le millier d’enseignant présent dans la manifestation, beaucoup viennent du 93, mais aussi du Val d’Oise (le lycée la Tourelle de Sarcelles), de Paris (collège Voltaire du 11ème, Roland Dorgelès (18ème), le lycée Balzac (18ème)), et de la Seine-et-Marne (Lycée Thibault de Champagnes de Provins). En tout et pour tout, ce sont près de 50 établissements qui ont gonflé les rangs d’un cortège Education Nationale, organisé avec leurs propres banderoles. Partout on déplore le manque de moyen, le sureffectif et une dégradation des conditions d’enseignements et d’apprentissage pour les élèves. « En éducation prioritaire, en terminale, on se retrouve avec des classes de 36 élèves. Ca devient très compliqué de les préparer correctement au bac » raconte Isabelle. Alors bien sûr, la question de la suppression des effectifs dans la fonction publique, en plus du manque de moyens, passe mal. « Et qu’est-ce qu’on veut ? des AED, et qu’est-ce qu’on veut ? des agents, et qu’est-ce qu’on veut ? Des enseignants / et qu’est-ce qu’on veut ? Des moyens ! Quand ça ? Maintenant ! Pour qui ? Pour tous ! », on reprend au micro.

« Le personnel soignant est lui-même en souffrance » (Hélène*, étudiante-infirmière)

A l’avant de la manifestation, se sont installés les étudiants mobilisés des facs parisiennes. « A Tolbiac, raconte Elsa, étudiante à Paris 1, l’assemblée générale du matin a rassemblé une centaine de personnes. Ce n’est pas énorme. Mais l’intérêt c’est qu’elle a fait venir des étudiants, mais aussi des profs et des BIATOSS [personnelle administratif, technique, sociaux, de santé des universités] ».

Autre élément nouveau, la présence des étudiants-infirmières de l’IFSI de Saint-Anne, qui eux aussi, en tant qu’étudiants stagiaires, sont en grève. Hélène [le prénom a été modifié] en dernière année de formation, est très remontée : « là où on fait nos stages infirmiers, à l’hôpital public ou dans le privée, c’est partout la même chose. Manque de personnel, manque de moyens. On voit bien quand on y est que la pression est omniprésente, que les burn-out se généralisent ». Et si, selon ses mots, « le personnel soignant est lui-même en souffrance », celle-ci déteint également sur les stagiaires qui sont la variable d’ajustement surexploitée du système de santé. « Sans nous, les étudiants infirmiers, les étudiants-médecins, les étudiants-aides-soignants, ça ne tourne pas. A côté de ça, en première année de stage, en tant qu’infirmier, on est payé 28 euros la semaine, 40 euros la deuxième année, et 50euros la troisième. Et pourtant, on attend autant de nous qu’un infirmier en poste ! ». Elle manifestera, donc, avec ses camarades de l’IFSI Sainte-Anne, dans le cortège étudiant rejoint par Nanterre, Paris 8 (Saint-Denis), de Paris 7 (Diderot) et de Jussieu.

Un cortège bien dynamique, qui rivalise largement avec celui de l’Unef (ex-première organisation étudiante) qui défile quelques mètres plus haut. L’instauration des pré-requis à l’université est clairement dans toutes les têtes. Mais au-delà des questions universitaires, ce qui ressort des slogans, c’est la contestation de la nouvelle loi travail, taillée pour les patrons, et la politique antisociale, de suppression des APL, de coupes dans les services publics, de cadeaux fiscaux, que mène, le désormais nommé, « président des riches »

La coupe est pleine

Bien entendu, la goutte qui fait déborder le vase, ce sont les nouvelles attaques du gouvernement vis-à-vis de la fonction publique alors que la coupe est déjà pleine. Le plan de suppression des 120 000 fonctionnaires est vu comme une provocation, lorsqu’on sait que, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les administrations, le personnel, souvent non remplacé, manque cruellement, augmente la pression, entraine la dégradation des conditions de travail. Idem pour la réinstauration du gel du point d’indice, qui pèse sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires depuis 2010, et le rétablissement du jour de carence, initiée sous Sarkozy, et qui devraient toucher un peu plus au porte-monnaie des travailleurs du public dont les rémunérations n’évoluent plus.

Comme si ça ne suffisait pas, les annonces de Gérald Darmanin sur la réforme des statuts, n’augurent rien de bon pour les fonctionnaires, pas plus que le dernier rapport de la Cour des Compte commandé par le gouvernement concernant les enseignants : dans les papiers, il y a notamment l’idée d’augmenter le temps de travail des enseignants en l’annualisant. Les réformes annoncées ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg.

Les droits, qui ont été acquis, sont peu à peu remis en cause. Y compris ceux qui ne font pas l’objet de grandes annonces et qu’on rabote le plus souvent de manière insidieuse. Nadine [le prénom a été modifié] est fonctionnaire de la mairie de Paris, originaire de la Martinique. Aujourd’hui elle défile contre la loi travail, la réforme de la fonction publique mais aussi pour défendre le respect des droits des travailleurs originaires des Outre-mer : « Les congés bonifiés permettent aux fonctionnaires originaires des départements d’Outre-mer et qui travaillent en métropole de rentrer chez eux, une fois tous les trois ans. Mais, beaucoup de collègues se voient refusés ce droit, qui est pourtant inscrit dans la loi. Alors on doit le défendre » en rappelant que « la discrimination et le fait d’être considéré comme les autres citoyens, reste encore quelque chose de compliqué, pour nous les noirs ».

Le retour du cortège de tête ?

Devant le carré de tête, devant les étudiants, ce sont d’abord quelques dizaines de K-ways noirs qui ouvrent la manifestation. Le dispositif policier reste relativement discret au regard de l’encadrement répressif du printemps 2016. Les incidents surviennent sur les coups de 16h, au tournant de l’avenue Daumesnil et du boulevard Diderot. La vitrine d’une banque HSBC est fracturée. Les CRS interviennent, créant alors l’événement. Rapidement, le cortège de tête se gonfle, invisibilise le cortège étudiant. Et c’est une foule compacte et dense qui s’engouffre sur le boulevard Diderot et qui arrivera, à place de la Nation.

Le 19 octobre, on remet ça !

Le rendez-vous syndical prévu avec Gérald Darmanin sur les questions salariales, initialement prévu le 10 octobre, a été repoussé au 16 octobre. Mais d’ors et déjà, il apparait contradictoire de vouloir discuter des salaires des travailleurs du public quand toutes les annonces qui ont été faites par ce gouvernement ne vont que dans le sens de leurs réductions.

Pourtant, du côté de l’intersyndical, les choses semblent mal annoncées. Si les syndicats de la fonction publique avaient réussi à se mettre d’accord pour appeler conjointement à la date du 10, ce n’est pas le cas de l’intersyndicale qui s’est réunie hier. En effet, la réunion qui devait permettre de sortir une date d’appel à une mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle, a été loin de satisfaire ses objectifs. Tandis que FO et la CFDT réfléchissent encore, la CGT a décidé d’appeler, mais seule, le 19 octobre.

Cette situation montre bien, comme le souligne Philippe Poutou, porte-parole et membre de la direction du NPA, présent à la manifestation parisienne, que « les directions syndicales ne sont pas à la hauteur pour constituer un état major du mouvement social ». « Il faut renforcer l’organisation de notre camp social » confie-t-il, en citant l’exemple du meeting unitaire tenu au Havre, il y a quelques semaines. Et il pourrait bien faire des petits, à l’image de l’initiative des enseignants de Bobigny, qui d’ors et déjà, ont appelé à se mobiliser le 19 octobre prochain.




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