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Good cops, ça existe ?

A Paris, contre les violences policières, soutien massif à Théo

A droite on demandait l’interdiction du rassemblement. N’en déplaise à Eric Ciotti et à Marine Le Pen, Paris et la banlieue a répondu présent en soutien à Théo et contre les violences policières. Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblé Place de la République en dépit d'un déploiement policier hors-norme.

  • La logistique des organisatuers facilitée par la Mairie de Paris
  • Interpellation "musclée" - Le matraque frapera "accidentellement" la tête du manifestant
  • Les CRS chargent sur les manifestants - des grenades de désencerclement ouvrent la charge

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Jean-Patrick Clech

Photos : Martin Noda

Le rassemblement de samedi était appelé par une série d’organisations syndicales, antiracistes et de défense des droits de l’Homme. République étant bouclée à double tour par plusieurs cordons de policiers, la station étant fermée, les premiers manifestants sont arrivés avant 15h. Malgré les deux contrôles avant l’entrée sur une place encagée, la fouille des sacs et des vestes, la place s’est progressivement hérissée de drapeaux et de banderoles de la CGT Ile de France, Yvelines et Paris, de la FSU, de la LDH, du MRAP, du PG, de LO et du NPA alors que fusaient les premiers slogans en solidarité avec Théo et contre les violences policières. Au final, se sont 5000 personnes qui ont répondu présent contre les violences policières.

Sur la scène montée devant la statue, les prises de parole étaient néanmoins bloquées par les organisateurs. SOS Racisme, la LICRA et le MRAP ont insisté contreles violences policières et le racisme en évitant au possible d’épingler la police en tant qu’institution. C’était bien pourtant ce qui était au centre des débats et des slogans lancés, sur la place, par tout une partie du rassemblement, les jeunes des quartiers et par l’extrême gauche.

Les familles de victimes de violences policières qui n’étaient pas invitées à prendre la parole se sont imposées sur la scène, précédées par la Brigade Anti-Négrophobie dont l’intervention, qui dénonçait le caractère organique des violences policières, expression du bras armé d’un Etat néo-colonial, a remporté un grand succès.

Amal Bentounsi, pour le Collectif Urgence Notre Police Assassine, a également réussi à intervenir depuis la scène. Il faut, a t-elle dit, « appeler un chat un chat », car « quand la police tue, étouffe, il y a meurtre, mensonge et criminalisation de la victime à titre posthume ». Les non-lieux, les peine avec sursis, les mensonges des policiers assassins et de l’institution qui les couvrent rappellent en effet qu’il n’y a pas, d’un côté, une « police républicaine » et, de l’autre, des brebis galeuse. Les violences policières sont structurelles.

Indépendamment du discours porté par une partie de organisateurs, le rassemblement a permis de mettre au centre des débats la question des violences policières sans les limiter à telle ou telle meurtre ou interpellation violente, qualifiées de « bavure » ou de « dérapages ». SOS Racisme a insisté sur « l’appel au calme » lancé par Théo (alors que Hollande était à son chevet et lançait ses hélicos et ses CRS contre les jeunes d’Aulnay). Mais tant qu’il n’y aura pas de justice, et, pour l’instant, les flics se croient tout permis, il n’y aura pas de paix. C’est ce qu’ont rappelés tous les slogans, massivement repris, rappelant que pour « Zyed et Bouna », tués par la police en 2005, Théo et Adama, tué, quant à lui, cet été, à Beaumont-sur-Oise, il n’y a ni oubli, ni pardon.

En fin d’après-midi, les jeunes qui n’ont pas immédiatement quitté République à la suite de l’appel à la dispersion ont été violemment gazés et matraqués par la police, présente sur place, qui a procédé à 14 interpellations qui se rajoutent aux 14 arrestations d’hier à Rouen et 4 à Rennes cet après-midi.

Avec l’ensemble des rassemblement qui ont également eu lieu, à Rennes, à Dijon, à Nice, au Mans, Nantes, Angers, Poitiers, La Rochelle, Montpellier et Avignon notamment, le rassemblement de République montre plus encore la nécessité de faire converger les forces du mouvement ouvrier, des équipes militantes victimes de la répression, du mouvement de la jeunesse et des quartiers, à l’occasion du 19 mars, pour la manif nationale contre le permis de tuer appelée par les collectifs et les familles de victimes de violences policières.




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