Société

« Justice pour Adama »

Adama Traoré. L’enquête dépaysée à Paris, une avancée pour la famille d’Adama

Publié le 26 octobre 2016

Jusqu’alors, l’affaire du meurtre d’Adama Traoré était entre les mains du procureur de Pontoise, Yves Jannier, dont la prise en charge de l’affaire a été remise en cause à plusieurs reprises. Une attitude et des méthodes qu’avaient déplorées la famille d’Adama et leur avocat, pour qui le dépaysement de l’affaire à Paris est aujourd’hui une avancée notable et une satisfaction.

Cécile Manchette

« Le nouveau magistrat instructeur devra tout reprendre depuis le début tant l’instruction menée jusqu’à maintenant a été catastrophique », explique dans la presse l’avocat de la famille Traoré, Me Yassine Bouzrou. Tous les éléments du dossier seront ainsi transférés au nouveau procureur qui devra les réexaminer.

Une nouvelle prise en charge de l’affaire que la famille Traoré attendait, sans être sûre de l’obtenir. Cela fait désormais un peu plus de trois mois qu’Adama Traoré est décédé suite à son interpellation à Beaumont-sur-Oise, le 19 juillet dernier, suivie d’une enquête qui est devenue une affaire d’État. Une affaire qui a mis en lumière les violences policières qui frappent les jeunes racisés des quartiers populaires. Des violences qui ne datent pas d’hier et ne cessent de s’empirer.

Les faits sont là. En effet, un ensemble d’éléments, de preuves, de témoignages, vont dans le sens d’une mort par asphyxie suite à la technique de plaquage ventral utilisée lors de son interpellation. Une hypothèse qui a été construite à partir des procès-verbaux des premières auditions des gendarmes et des révélations de symptômes d’asphyxie mis en évidence par les rapports d’autopsie. C’est également la plainte de la famille contre une gendarme pour «  faux en écriture publique aggravés, dénonciation calomnieuse, modification de scènes de crime » qui sera transférée à Paris.

Autant d’éléments qui – pourtant – ont été passés sous silence par le procureur Yves Jannier. L’institution judiciaire tente de mettre sous cloche cette affaire soutenue par une mobilisation qui s’est exprimée dans la rue en juillet et qui depuis s’exprime à travers la voix de la sœur d’Adama, Assa Traoré. Une affaire qui embête tant, parce qu’elle vient remettre en cause les pratiques de la police dans les quartiers, le racisme structurel de l’État et une justice qui depuis des années n’a fait que « laver » les cas de « bavures policières », comme l’illustre le cas d’Amine Bentounsi, assassiné d’une balle dans le dos.

Une bonne nouvelle, donc, pour la famille Traoré prête à tout pour obtenir la « justice pour Adama » et qui est aujourd’hui plongée dans une bataille juridique qui sera de longue haleine. Une bataille juridique mais aussi politique, menée avec courage par Assa Traoré ainsi que sa famille, pour Adama et pour tous les autres « Adama » qui sont morts suite aux violences et à l’impunité de la police.