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Notre classe

Licenciements et profits

Airbus annonce 3 700 licenciements pour 2018 (malgré les 2.9 milliards de bénéfice)

Alors qu'il vient de réaliser un bénéfice de 2,9 milliards d'euros en 2017 et la plus grosse commande de l'aviation commerciale en vendant d'un coup 430 appareils à l'américain Indigo Partners, Airbus s'apprête à un nouveau plan social. Les baisses de cadences sur l'A380 et l'A400M auront sûrement raison de 3700 emplois en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne. Les profits valent toujours plus que nos vies.

L’avionneur européen Airbus n’en est pas à son premier plan de restructuration. Alors que le plan Gemini prévoit un plan de suppression d’emplois de 1164 postes en Europe, dont 639 en France, Airbus réalise des bénéfices non négligeables sur l’année 2017 et affiche un carnet de commande généreusement fourni qui taquine les 1000 milliards d’euros. Comme le souligne le président exécutif d’Airbus, Thomas Enders, « Nous avons surpassé tous nos indicateurs clés pour 2017, grâce à de très bonnes performances opérationnelles, en particulier au dernier trimestre ». Il peut aussi se féliciter d’une hausse de 8% du cours de son action en Bourse suite à la divulgation de ses bons résultats. Mais rien n’y fait, le profit l’emporte toujours sur les vies humaines et l’avionneur envisage de licencier jusqu’à 3700 agents supplémentaires pour faire face aux baisses de cadence sur l’A380 et l’A400M.

Depuis quelques années, l’A380 peine à trouver acheteur au point que les chaînes de montage tournent au ralenti. Même la commande de 36 avions par la compagnie du Golfe Emirates ne semble pas suffire à faire prendre son essor à l’A380. Autre point noir au tableau, l’avion militaire A400M accumule les retards et les défauts techniques, ce qui rend sa production coûteuse et incertaine. Et même si le constructeur rattrape largement ses marges par ses ventes des autres modèles, Airbus a ainsi annoncé ce mercredi à Toulouse, où est situé le siège de l’entreprise, vouloir procéder à quelques 3700 suppressions de postes le tout « de manière responsable » afin de « trouver les meilleures solutions possibles pour ses employés ». En réalité, l’entreprise compte procéder à un redéploiement de ses effectifs vers des modèles d’avions qui ont le vent en poupe comme l’A320, de l’A330 ou encore de l’A350 dont les commandes sont « en forte hausse ».

Toutefois, derrière cette opération zéro licenciements en apparence se cache une réalité tout autre, celle des départs en retraite avec des postes qui ne seront pas renouvelés et celle des sous-traitants qui se verront remercier par des « fins de mission » qui vont accentuer la précarité de ceux qui subissent déjà les conditions de travail les moins sûrs. Jean-Marc Escourrou, secrétaire FO confirme que la direction ne réalisera pas de licenciements secs parmi ses employés mais qu’elle va taper dans le « flex, c’est-à-dire les intérims et les sous-traitants ».

Ainsi, les sites espagnols, allemands (Brême et Augsbourg) et britanniques (Filton) risquent d’être les plus touchés. En tête, l’Allemagne avec 1900 postes supprimés, suivie par l’Espagne où le nombre de postes supprimés devrait s’élever à 850. Le site du Filton, en Grande-Bretagne, qui assure la production de l’A400M, voit ses effectifs fondre de 450 postes. Quant à la France, elle va perdre 470 postes sur les chaînes et les programmes, selon les informations de Force Ouvrière. Contrairement à la doxa capitaliste, chez Airbus, on voit bien que les profits, et la bonne santé des entreprises, ne sont en rien une source d’emploi et d’amélioration des conditions de travail des salariés. Bien au contraire, pour Airbus, la vie des salariés constituent une simple variable d’ajustement, et c’est de cette exploitation toujours accrue par l’accélération des cadences et la réduction des postes qui est la source de leur bonne santé financière.

La menace qui pèse sur les salariés sous-traitants d’Airbus montre bien le rôle que joue l’externalisation pour les grandes entreprises : la division de la main d’œuvre et de sa potentielle force de contestation. La situation chez Airbus montre l’enjeu qu’il y a à construire des passerelles syndicales entre les salariés de l’entreprise donneuse d’ordre et les sous-traitants, ainsi qu’entre les salariés par delà les frontières, pour faire reculer ces géants de l’exploitation et de la destruction de vie humaines.

Crédits photo : © John Macdougall/AFP




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