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Après plus de 5 semaines de grève, où en est la mobilisation à l’université du Mirail ?

Après plusieurs semaines de grève, la fac du Mirail s’est vidée pour une semaine de vacances universitaire. L’occasion de revenir sur l’état de la mobilisation et de dresser quelques pistes pour la reprise.

Un président affaibli mais qui tente d’organiser ses rangs

Alors que plus d’un tiers des personnels administratifs de la fac du Mirail est en grève, ainsi que plusieurs centaines d’étudiants, depuis maintenant plus de 5 semaines, le président de l’Université Daniel Lacroix, toujours accroché à son poste malgré les appels à la démission des grévistes, est de plus en plus affaibli. La détermination des opposants à la fusion, elle, ne faiblit pas, comme en témoigne le rassemblement combatif et festif organisé avant les vacances pour la venue du jury IDEX.

Cependant, Daniel Lacroix a bien compris qu’il ne pourrait pas gagner seul. Et depuis que la maison de la recherche (MDR) est bloquée, conformément aux votes des Assemblées générales, les partisans du projet de fusion - en première ligne une fraction des Enseignants-Chercheurs qui pensent pouvoir obtenir des financements pour leurs laboratoires de recherche - s’organisent pour tenter de saper la mobilisation. Ils sont venus en nombre, à plusieurs reprises, en Assemblée Générale pour tenter de faire passer le déblocage de la MDR, ont lancé une pétition pro-fusion, tiennent des réunions d’informations pour faire passer leur propagande mensongère sur les « bienfaits » du projet de fusion. Bref, l’adversaire s’organise.

Face à cela, les personnels et étudiants grévistes doivent redoubler d’efforts pour percer à jour l’argumentation fallacieuse des partisans de la fusion, et maintenir le travail d’agitation et d’information qui est fait depuis maintenant plusieurs mois au Mirail. Si la mobilisation s’est construite une base solide avant les vacances, avec des effectifs qui ne descendent jamais en dessous de 800 en AG commune et avec un niveau d’activité important, les grévistes peuvent espérer grossir leurs rangs en continuant ce travail d’information. Et ils ont tout à y gagner car seule une mobilisation massive pourra faire reculer (et tomber) Daniel Lacroix mais aussi Macron et son Plan Etudiant.

Vers des élections anticipées ?

Plus récemment un membre du Conseil d’Administration, élu sur une liste CFDT pro fusion mais qui avait été convaincu sur les dangers du projet et qui s’était rangé du côté des grévistes en faisant passer la majorité du CA du côté de la mobilisation, a subi des pressions de la part de la Présidence et a été poussé à démissionner de son poste d’élu. La courte majorité en faveur des opposants au projet de fusion a donc été perdue, quand par ailleurs il reste toujours le vote sur les statuts de la future université fusionnée (l’Université de Toulouse) à voter courant fin 2018.

Dans ces coordonnées, Daniel Lacroix a appelé une fois de plus à dissoudre l’actuel Conseil d’Administration et à des élections anticipées avant la fin de l’année. Il espère ainsi obtenir une majorité plus claire au Conseil d’Administration pour finaliser le processus de fusion, et faire table rase de la consultation des personnels et étudiants, qu’il avait bafouée en poursuivant le processus alors qu’elle avait donné une large majorité de contre, ce qui avait mis le feu aux poudre en décembre dernier. En effet, à l’heure actuelle, le Conseil d’Administration du Mirail est composé de 18 membres pour la fusion, et 18 opposants au projet. La voix prépondérante de Daniel Lacroix lui donne une majorité extrêmement courte, d’une voix.

Quelles perspectives pour les grévistes dans le cas d’une élection ?

A travers ce potentiel scrutin, qui pourrait avoir lieu si les deux tiers de l’actuel Conseil d’Administration votaient pour sa dissolution lors du prochain CA qui doit se tenir le 13 mars, Daniel Lacroix cherche à canaliser la contestation sur le terrain des élections et à briser les éléments de mobilisation les plus déterminés. Il n’est pas nouveau que le terrain électoral soit agité comme une solution pour faire rentrer dans l’ordre la contestation sociale, en déplaçant le centre de gravité de la lutte aux institutions, comme ce fut par exemple le cas à bien plus large échelle pendant la crise de mai 68, où des élections législatives anticipées avaient été organisées, et où la droite était sortie grande gagnante contre l’attente des partis de la « gauche » et des centrales syndicales.

Si ces élections devaient avoir lieu, les grévistes du Mirail devraient chercher à constituer des listes unitaires dans les différents collèges, dont le contenu devrait exprimer les revendications de la mobilisation contre le projet de fusion mais également contre la mise en place de la sélection. Ces listes communes seraient le seul moyen de maintenir l’arc de force large et unitaire, et de représenter l’ensemble des personnels et des étudiants mobilisés (qu’ils soient syndiqués ou non), en luttant contre tout scénario de division des forces sous prétexte de mener chacun campagne pour sa propre organisation. Pour cela le contenu revendicatif de ces listes devrait être discuté et voté en Assemblée Générale, sous contrôle de l’ensemble des mobilisés.

Dans tous les cas, aucune confiance ne devrait être accordée au futur Conseil d’Administration, et ce même si la majorité était défavorable à la fusion. En effet, les instances de direction de l’Université (CA en première ligne) sont profondément antidémocratiques de part leur composition (présence de personnalités extérieures telles que des représentants du patronat), et aucun contrôle ne peut être appliqué sur les élus et sur le Président, dont les pouvoirs ont été renforcés par la LRU. C’est ce qui a rendu possible que Daniel Lacroix vote POUR le projet de fusion à plusieurs reprises alors même qu’il avait été élu sur la promesse de ne pas fusionner l’université… En ce sens les grévistes du Mirail doivent être conscients que seule la mobilisation et la grève sont, en dernière instance, réellement déterminantes, et peuvent mettre en échec le projet de fusion.

Tendre l’oreille au-delà du Mirail

La mobilisation au Mirail n’est pas déconnectée de la situation plus globale sur les universités où le rapport de force se construit, doucement mais sûrement, depuis plusieurs semaines contre les attaques de Macron et son Plan Etudiant. En effet, si les étudiants des autres facs entraient massivement dans la danse, à l’occasion de la prochaine date de mobilisation nationale dans l’Enseignement Supérieur et dans l’Education prévue pour le 15 mars, la grève sur le Mirail, en rompant avec son isolement relatif, se trouverait grandement renforcée.

De même la situation explosive du côté des cheminots, qui se sont joints à l’appel à la mobilisation pour la journée du 22 qui s’annonce d’ores et déjà comme une journée de grève et de mobilisation réussie dans plusieurs secteurs, est à suivre de près. Car, même si la grève au Mirail dispose de revendications particulières autour de la question de la fusion, c’est bien un rapport de force général qui est à construire pour défendre ce qui reste de nos acquis, et mettre en échec ce gouvernement qui est prêt à tout pour revenir dessus. A ce titre le Mirail aurait tout intérêt à construire des ponts vers d’autres secteurs mobilisés, en premier lieu les cheminots, mais également de la santé à travers le personnel du CHU mobilisé lui aussi contre la casse du service public et de leurs conditions de travail.




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