Politique

Nouveau témoignage à visage découvert

Conférence de presse. Révélations dans l’affaire de l’agression policière en gare de Saint-Denis

Publié le 6 octobre 2016

La salle de la mairie de Saint-Denis (93) où s’est tenue la conférence de presse de jeudi matin autour des rebondissements concernant l’affaire Vadot était presque trop petite pour accueillir l’ensemble des journalistes ainsi que les représentants du collectif dionysien qui a tenu sa première réunion vendredi 30. Un nouveau témoin, lui aussi victime d’agression policière ce même soir, Maurice Makwala, a révélé son identité. Ce n’est pas seulement des éléments nouveaux qui ont été apportés pour mieux comprendre ce qui s’est déroulé le 22 septembre devant la Gare SNCF de Saint-Denis. La conférence de presse a servi également de toile de fond pour réinitier une instruction contre les pratiques de la police dionysienne et, indirectement, contre l’arbitraire et la brutalité policières en ces temps d’impunité renforcée par l’état d’urgence.

Jean-Patrick Clech

Devant Le Parisien, Libération, Médiapart, Le Monde et LCI ainsi que l’ensemble des représentants des soutiens présents, la conférence de presse a été ouverte par Madjid Messaouden, élu dionysien. Après une présentation de la dynamique militante qui s’est enclenchée dès la fin de semaine dernière à la suite de l’impact médiatique de l’affaire, c’est un nouveau témoin clef, victime lui aussi des matraques et de la répression ce soir-là, qui a révélé son identité.

Nouveau témoin, acteur du combat à mener

Maurice Makwala vient en effet corroborer ce qui a été exposé par Guillaume Vadot à ce jour à la presse ainsi qu’à l’IGPN, saisie de l’affaire. Maurice a décrit, par le menu, les agissements de la police ce soir-là, sur le parvis de la gare, qui ont débouché sur l’interpellation brutale d’une femme Noire qui a fait réagir un certain nombre de personnes présentes, dont Guillaume, Maurice se trouvant, quant à lui, de l’autre côté du cordon de policiers qui encadrait l’opération.

Face à ses protestations contre l’interpellation de cette femme appelant au secours et alors que Guillaume était plaqué au mur par deux policiers lui reprochant violemment d’avoir filmé la scène, un agent en civil somme Maurice de « dégager ». Avec sa matraque, et au cri de « cassez-vous, bande d’enculés », il tente de disperser l’attroupement solidaire qui s’est créé. C’est alors qu’un brigadier-chef ordonne de « nettoyer » le parvis de la gare au plus vite. « Sans qu’il y ait eu de sommation », relate Maurice, « les policiers chargent ». L’ayant repéré comme étant « une grande gueule », le brigadier-chef lui assène un violent coup de poing au visage et puis ce sont les coups de matraques, contre l’épaule, la jambe et les côtes. « J’ai réussi à m’enfuir », raconte-t-il, posément. Rappelant les arrestations ayant abouti au meurtre de Lamine Dieng en 2007 et d’Adama Traoré en juillet, « je n’ose même pas m’imaginé ce qui serait arrivé s’ils m’avaient rattrapé ».

En prenant la parole, Vadot a relaté les dernières évolutions de cette affaire qui ne le concerne pas uniquement car son agression, née d’une réaction militante face à l’interpellation violente d’une femme Noire, n’est qu’un « révélateur » de pratiques plus systématiques visant les minorités les plus exposées et fragiles, à commencer par les populations racisées. Contestant point par point les déclarations faites à la presse par les deux agents à l’origine de son agression, Guillaume est revenu sur les prises de position qui ont suivi, tant de l’Université Paris 1 Sorbonne, où il travaille, que de collègues universitaires et doctorants à travers une tribune publiée mercredi dans Libération ; il a insisté sur les suites du combat à mener, à commencer par le meeting du soir contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie auquel participeront Assa Traoré, Mickaël Wamen,Amal Bentounsi, Sihame Assabague, la CGT infoCom, et d’autres, faisant le lien entre l’ensemble des cas de répression.

Zone grise et première case avant le dérapage

Créant un parallèle avec le jugement en cassation du dossier sur le « contrôle au faciès », Slim Ben Achour, l’avocat des deux militant et plaignants, est longuement revenu longuement sur ce « point de contact » ou « zone grise » donnant lieu à tous les abus que sont les contrôles d’identité. Maître Ben Achour a notamment souligné le caractère quasi systématiquement stigmatisant et raciste de la pratique des contrôles en pointant également leur inefficacité totale au regard de ce que sont censées être les missions de la police.

Nouvel appel à témoin lancé en direction de Marie-Florence G.

Maurice et Guillaume sont revenus sur deux autres éléments, au cours des réponses aux journalistes présents, l’échange ayant notamment été complété par deux témoignages de mères dont les enfants ont été victimes de violences de la part d’agents du commissariat de Saint-Denis ainsi que de l’intervention du Collectif des expulsé-e-s du 168 Avenue du Président Wilson. Tout d’abord, les deux militants ont lancé un appel à ce que Marie-Florence G., victime du contrôle le 22 au soir à la suite duquel tout a commencé, se manifeste et se constitue, elle-aussi, en victime, étant fondée à porter plainte.

Continuer et reprendre le combat

Ils sont également revenus, à la demande des journalistes, sur le calendrier à venir, à commencer par le meeting de Tolbiac, ce soir, ainsi que les rendez-vous contre la répression qui visent les manifestants contre la Loi Travail, à commencer par le Cabaret d’Urgence organisé par la Compagnie Jolie Môme, présente en conférence de presse, le 16 octobre, la double date des 19 et 20 octobre à Amiens, en soutien aux Goodyear, mais également celle du 29 octobre, Maurice promettant ce jour-là un rassemblement devant la gare de Saint-Denis, pour montrer combien « vivre dans une totale oppression de la police » n’est pas une fatalité.

« Il y a un effet libérateur à la médiatisation » de leurs deux cas, a souligné Guillaume, pour mener la bataille « contre les intimidations et l’impunité de la police ». Un combat, donc, contre des forces de répression aux pratiques structurées depuis des dizaines d’années, notamment dans les quartiers, mais un combat également qui ne fait que (re)commencer.