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Monde

La tension continue à monter

Article 155 : après l’ultimatum, Madrid met ses menaces à exécution

Carles Puigdemont, le président de l’exécutif catalan, avait jusqu’à jeudi, 10h, pour capituler sur toute la ligne et se rétracter sur la question de l’Indépendance. Mariano Rajoy, le chef du gouvernement de droite espagnol, n’est pas satisfait de la proposition de main-tendue par Puigdemont et a décidé de passer à la vitesse supérieure : la mise en place de l’article 155 conduisant à la suspension du statut d’autonomie dont bénéficie la Catalogne.

En réponse à cette nouvelle provocation du gouvernement central, qui vient d’officialiser sa position, peu après 11h, ce jeudi, Puigdemont a déclaré qu’une nouvelle Déclaration Unilatérale d’Indépendance pourrait bel et bien avoir lieu pour répondre à ce coup de force madrilène. Depuis 1978, date de l’entrée en vigueur de la Constitution post-franquiste, l’article 155 visant à suspendre les autonomies régionales n’a en effet jamais été enclenché.

Dans un nouveau courrier envoyé à l’exécutif madrilène, jeudi matin, avant que n’expire l’ultimatum fixé par Rajoy en réponse au discours sur l’Indépendance et la République prononcé par Puigdemont le 10 octobre, le chef de la Généralité réitérait pourtant son offre de dialogue avec Madrid, regrettant que le gouvernement central l’ait rejetée. Il demandait également la fin de la répression, en allusion, notamment, à l’arrestation de deux des principaux leaders indépendantistes, Jordi Sánchez et Jordi Cuixart, en début de semaine.

Sourd à toutes ces requêtes et droit dans ses bottes, l’exécutif espagnol a répondu, par la voix de son porte-parole, Iñigo Méndez, ce matin, devant le Congrès, à Madrid. Méndez en a également profité pour remercier les socialistes espagnols ainsi que Ciudadanos de leur soutien à l’option de la mise en œuvre de l’article 155, qui devrait avoir lieu samedi, après consultation des deux chambres. Rajoy se trouve en effet jusqu’à vendredi à Bruxelles, aux côtés de ses homologues de l’UE, pour un Sommet européen qui n’a pas inscrit à son ordre du jour la question catalane. Cette dernière risque, néanmoins, de s’y inviter. Autant Paris que Berlin sont pour une issue négociée sur la question catalane, bien que ni Macron ni Merkel ne puissent l’exprimer publiquement.

Alors que l’offensive madrilène se poursuit, la gauche néo-réformiste, avec Podemos en première ligne, continue à regretter que « les deux parties jettent de l’huile sur le feu » et ne souhaitent pas « mettre fin à l’incendie par des voies démocratiques », selon les propos qu’a tenus son leader, Pablo Iglesias, jeudi matin, au Congrès. Ce faisant, Podemos, de même que Izquierda Unida, continuent à mettre sur le même plan le coup de force post-franquiste et le droit du peuple catalan à disposer de lui-même.

De nouvelles mobilisations, pour le droit du peuple catalan à décider de son avenir, contre la répression policière, pour le respect du mandat du 1er octobre , devraient s’organiser. Toujours sans le soutien, néanmoins, de la direction de Podemos et d’Izquierda Unida et des principaux syndicats de l’Etat espagnol, CC.OO. et UGT, qui refusent de voir que le renforcement de la position de Rajoy ne pourra que conduire qu’à aplanir le chemin de la droite et des socialistes espagnols pour continuer à mener leurs attaques contre le monde du travail et la jeunesse dans leur ensemble.

[Crédit photo // Rajoy et la numéro 2 du gouvernement espagnol, Saenz de Santamaria, au Congrès. E Gutiérrez, LV]




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