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Société

C’est mardi 16 à Nice

Des papis et des mamies en procès pour avoir aidé des migrants

Nous relayons ci-dessous un article vu sur citoyens 06.

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Une belle brochette de papis-mamies qu’ils ont dit quand ils nous ont arrêtés et accusés « d’aider des migrants ». D’abord y’a René le trappeur, il a jamais rien chassé à part les marmottes à la jumelle. Gibi la mousse, la fleur entre les dents mais qui l’empêche pas de se marrer ! Il y aussi Françoise, en public elle ne la ramène pas trop, mais en petit comité, quand ça cogite de travers, elle sait remettre les choses au carré, pis ça file droit. Et puis moi c’est Dan de St Etienne, un copain de longue date, un gars du Nord comme ils disent ici…

Nous on voulait se la couler douce au soleil, taquiner la truite, presser les olives, la retraite dans la vallée de la Roya à 2 pas de l’Italie où tu manges des pizza dans le vieux Vintimille et où tu vas chercher ton pastis et ton tabac détaxé…

Ça a commencé en 2011 avec le Printemps Arabe et les jeunes Tunisiens qui arrivaient au bord de notre oasis. Les autorités ne géraient rien alors on a descendu des plateaux repas. Heureusement ça n’a pas duré longtemps.

En 2015 on a commencé à voir les premiers Africains au coin du tabac en Italie. Des Soudanais, des Erythréens, quelques Afghans et Africains de l’Ouest aussi. Des hommes de plus en plus jeunes, puis finalement des femmes, des enfants… Alors inévitablement on échange un regard, une parole, on rencontre, on comprend. Du coup on passe de la nourriture, des vêtements, on aide quoi, parce que à l’heure de l’apéro, le pastis ça passe moins bien quand tu sais que y’a des gamins qui ont faim et froid.

Et puis on a appris : la dictature en Erythrée, c’est l’enrôlement de force dans l’armée pour des dizaines d’années, au Soudan c’est la répression politique et les tabassages et assassinats d’étudiants, l’Afghanistan c’est la guerre depuis 1979, avec d’un côté les talibans de l’autre Daech et au milieu les bombes Américaines…

On les croisait aussi sur la route sinueuse, la nuit ou le jour, alors on proposait un hébergement, un transport. La frontière ? Ici elle n’existait pas et tu la passais 5 fois par jour sans un seul contrôle.

Au début de l’été 2016 avec la COP21 ils l’ont fermé la frontière. Des gendarmes, des policiers, des militaires avec des fusils d’assauts, des barrages, des drones…

Quand on a vu les rafles d’enfants sous nos yeux, des gamins qu’on avait hébergé, qui avaient commencé à retrouver le sourire, ça nous a fait mal. On a vu les arrestations au faciès, les reconduites illégales à la frontière, l’impossibilité d’effectuer des demandes d’asile, l’absence de protection des mineurs ou des femmes avec des bébés ou l’absence totale d’aide humanitaire côté français. On a entendu ces discours haineux d’élus et des amalgames de comptoir : solidaires-terroristes-aidants-irresponsables. Alors on s’est dit qu’il va falloir s’organiser. La guerre on ne l’a pas faite mais la résistance on a vite compris comment ça marchait.

Janvier 2017 c’était la boue, le froid, et chaque soir le nombre de personnes accueillies dans les villages et chez Cédric Herrou augmentait. Avec 60 personnes il ne pouvait plus faire face et a appelé au secours.

On a constaté combien l’Etat était dans l’illégalité et ne remplissait pas ses obligations : protection des mineurs, possibilité de demander l’asile, d’apporter de l’humanité au nom de notre belle devise républicaine dont le troisième principe est la fraternité. Au contraire, l’Etat fait dans la fermeté, montre du doigt, traque aussi bien les réfugiés que les aidants.

C’est parce que l’Etat est défaillant qu’on a décidé sciemment de prendre la relève et de faire preuve de fraternité pour mettre à l’abri quelques-uns de ces exilés. Mais il y a cette frontière « artificielle » à l’intérieur du département avec ses check-points (PPA – Points de Passages Autorisés) et on a dû prendre un autre itinéraire…

C’est à ce moment-là qu’on s’est fait arrêter. 24h de garde à vue dans une geôle sordide, glacée, transports menottés, et tu te dis « mais qu’est-ce que j’ai fait de si grave et dans quel pays suis-je pour mériter pareil traitement à plus de 60 balais ? »

Plus tard nous apprendrons que c’était suite à une dénonciation. La France a des valeurs mais aussi des cotés bien sombres…

Quant aux réfugiés, les deux mineurs ont été confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance. On ne regrette pas ce qu’on a fait car au moins ces deux-là sont sains et saufs. Par contre les quatre majeurs ont été reconduits manu militari à la frontière sans aucun respect des procédures.

Beaucoup batailles ont été gagnés ces derniers temps pour les exilés comme pour ceux qui leur viennent en aide. Mais ce n’est pas allé de soi et parce que c’est loin d’être fini, nous devons rester debout, justes et solidaires.

A quelques jours de notre procès où l’on encourt 5 ans de prison et 30.000€ d’amende on aimerais bien que la France se dirige vers la lumière, que l’on applique le droit, que l’on tourne le dos à la haine au rejet et à la peur de l’autre.

On passera en jugement au tribunal correctionnel de Nice le 16 mai à 13h30. On sait qu’on est nombreux à croire en la solidarité. On espère que vous viendrez nous soutenir.

Françoise, René, Gibi et Dan.

Pétition de soutien :https://www.change.org/p/solidarit%C3%A9-avec-les-solidaires

Cagnotte pour frais d’avocats :https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-democratie-a-nice-adn/collectes/solidarite-avec-les-solidaires

Rejoindre l’évenement Facebook : https://www.facebook.com/events/1808688082782024/

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