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Monde

Une pause avant un second round ?

Détente dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis

Un accord entre les États-Unis et la Chine a été trouvé aujourd'hui, marquant une désescalade dans la guerre commerciale que menaient les deux pays et qui risquaient de dégénérer.

Pour la première fois Donald Trump a annoncé qu’il diminuerait les droits de douane ciblant les produits d’importation chinoise suite à l’annonce du gouvernement chinois de s’engager à réduire le déficit bilatéral américain. Ce revirement du Président Américain est l’expression des contradictions et conflits au sein de la bourgeoise américaine, dont les intérêts contradictoires les mènent à adopter une politique très différente vis-à-vis de la Chine. Toutefois, loin de résoudre ces contradictions, cet accord n’est qu’une mise en suspens... avant un second round ?

Deux tendances au sein de la bourgeoisie américaine se disputent au sujet de la Chine

Deux tendances se confrontent au sein de la bourgeoisie américaine, tendances qui s’expriment dans la position adoptée par rapport à la Chine et visent deux objectifs antagonistes : réduire le déficit bilatéral et freiner la montée en puissance géopolitique de la Chine d’une part, accéder aux marchés chinois de l’autre en facilitant les investissements – contribuant ainsi à la croissance économique du pays et à sa montée en puissance géopolitique.

La première aile représente les intérêts de la bourgeoise financière américaine et est menée par Steven Mnunchin, secrétaire d’État au Trésor Américain et ancien cadre de Goldman Sachs. Cette partie de la bourgeoise contemple avidement l’ouverture des marchés chinois qui représente une somme formidable non seulement de débouchés pour ses investissements, mais surtout de main d’œuvre peu coûteuse malgré la hausse relative de ces derniers années (le coût horaire de la main d’œuvre est estimée à 3$ de l’heure au maximum dans certaines régions de la Chine, contre un minimum national de 7.25$ de l’heure aux États-Unis).

De plus, Made in China 2025, plan stratégique lancé par la Chine qui prévoit notamment des investissement industriels massifs afin de faire de la Chine la plus grande puissance manufacturière du monde, est vu comme une manne de débouchés colossaux pour les investissements des banques américaines. On comprend donc aisément pourquoi les multinationales américaines cherchent à obtenir de meilleures conditions d’investissement et d’accès au marché chinois plutôt que déclencher une guerre commerciale qui leur coûterait énormément. Pourtant, ce même projet de Made In China 2025 est une concurrence directe à la puissance géo-économique américaine, ce qui déclenche une réaction acerbe de l’aile nationaliste et militaire de la bourgeoise américaine.

Cette seconde aile, nationaliste et militaire, et qui s’appuie sur la partie la plus réactionnaire de la bureaucratie de l’État américain, est représentée par David Navarro et considère cet accord comme une concession accordée de la part des États-Unis face à ce qu’ils considèrent « leur concurrent stratégique numéro un » : la Chine. Autant dire que cette aile de la bourgeoise voit d’un mauvais œil le revirement de Donald Trump. De plus, les principales menaces stratégiques et géopolitiques dont Donald Trump accuse la Chine – le transfert massif de technologie des entreprises américaines vers la Chine et le déficit bilatéral – non seulement ne pourront être réalisées avec de tels accords, mais surtout sont contradictoires avec les intérêts de l’autre frange de la bourgeoise américaine.

Trump accroît l’instabilité géopolitique

De plus, il est à noter que ce revirement de Donald Trump fait suite à la réaction chinoise de taxer les produits agricoles américains, notamment le porc et le soja, déclenchant une vive inquiétude parmi les agriculteurs américains au sujet d’une éventuelle guerre commerciale. La base sociale très fragile de Donald Trump le mène à jouer les équilibristes pour concilier des intérêts contradictoires. Or cette instabilité au sein même de la bourgeoisie américaine pourrait renforcer le bonapartisme de Trump et accentuer ses traits autoritaires afin d’essayer de résoudre les tendances contradictoires qui s’expriment au sein des classes dominantes et étouffer toute montée éventuelle de la lutte de classes.

Toutefois, il est trop tôt pour se féliciter de la fin de la guerre commerciale. Tout porte en effet à croire que loin de marquer la fin de l’agenda réactionnaire et nationaliste porté par une partie des classes dominantes, cette concession ne soit en réalité qu’une pause dans l’escalade des conflits, pause scandée par les conflits au sein des classes dominantes américaines qui se disputent sur la politique à adopter.

La Chine ne reculera pas : un Mexican Standoff entre la Chine et les États-Unis

Car de son côté, la Chine entend bien ne rien céder à son ambition de devenir une puissance géopolitique, et de par la taille de son marché intérieur, elle a très nettement les moyens de survivre à une guerre commerciale. Toutefois, cette guerre commerciale pourrait entraîner une déstabilisation économique qui nuirait à sa croissance, ravivant les tensions à l’intérieur du pays.

On le voit, les États-Unis et la Chine se retrouvent littéralement paralysés, dans une situation d’inter-dépendance et la situation est propice à une montée aux extrêmes. Plutôt que de détente, donc, il faudrait parler d’une véritable situation de « Mexican Standoff » entre les États-Unis et la Chine – les deux puissances se regardent, se menaçant réciproquement mais aucun n’a intérêt (pour le moment) à faire escalader le conflit en tirant le premier.




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